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Deux religions, deux mesures
GENOCIDE EN ARMENIE ET MASSACRE DU 17 OCTOBRE 1961
Publié dans L'Expression le 19 - 10 - 2006

«L'Histoire me justifiera, en particulier, parce que je l'écrirai moi-même.» Célèbre boutade de Churchill
Initiée par le groupe socialiste, la proposition de loi «tendant à réprimer la contestation de l'existence du génocide arménien», repoussée le 18 mai dernier, a finalement été adoptée à une très large majorité des...129 (sur 577) députés présents. Soit 106 pour, face à 19 contre. S'étaient ainsi retrouvés des parlementaires de tout bord pour adopter l'ensemble du texte: sur les 106 députés pour, on comptait 49 UMP et 40 socialistes. La France se retrouve aujourd'hui au ban des nations. Le président de la République, le Premier ministre, le président de l'UDF ont condamné cette initiative des députés sur le génocide arménien, c'est également le commissaire européen à l'élargissement, Olli Rehn, qui s'est ému que les parlementaires français puissent empêcher par cette loi «le dialogue et le débat nécessaires pour la réconciliation sur ce sujet». La Convention européenne des droits de l'homme a jugé cette loi comme faisant «d'énormes dégâts aux relations UE-Turquie et, au passage, aux relations turques avec l'Arménie».
Pour rappel, dix-neuf personnalités, (notamment Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Pierre Nora, Pierre Vidal-Naquet, Michel Winock) avaient demandé publiquement, le 13 décembre 2005, dans l'appel paru dans Libération, l'abrogation des lois Gayssot qui punit ceux qui remettent en cause la Shoah, Taubira sur l'esclavage et la loi de 2001 reconnaissant le génocide arménien: «Toutes ces lois ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Ces lois sont indignes d'un régime démocratique».
Aucun mouvement d'opinion, ni en France, ni en Europe, ni en Arménie, ne s'est jamais fait entendre avec insistance pour réclamer pareille disposition. Et on ne comprend pas bien le président du groupe socialiste au Palais Bourbon, Jean-Marc Ayrault, lorsqu'il affirme «faire oeuvre utile sur notre passé commun».
De quel passé commun s'agit-il? La France, n'est pas arménienne, il est vrai qu'elle n'était pas impliquée directement dans les massacres de 1915, bien que par sa politique impérialiste, elle a contribué au dépeçage de l'Empire ottoman et à l'exacerbation des tensions. Jacques Chirac juge que la proposition de loi socialiste relevait d'une «polémique» inutile, voire opportuniste, destinée qu'à séduire la communauté arménienne de France, estimée à 500.000 personnes. Pour les Arméniens de Turquie, première concernée: pour elle, l'initiative française est une «imbécillité». «Ceux qui nuisent à la liberté d'expression en Turquie et ceux qui cherchent à lui nuire en France ont la même mentalité». La France se met à dos le reste du monde. Ses historiens se retrouvent aujourd'hui menacés de poursuites judiciaires par ces groupes franco-arméniens qui font un forcing important, notamment lors du voyage du président Chirac en Arménie, l'obligeant à conditionner l'entrée éventuelle de la Turquie à sa reconnaissance du génocide arménien.
Certes, la mesure doit encore passer au Sénat pour être ou non adoptée, cependant, il est triste de constater à quel point les députés français sont sensibles aux questions éthiques, particulièrement en période préélectorale. Pour certains, l'adoption de cette mesure est totalement démagogique et inutile, Certes, ce texte donne satisfaction au lobby arménien qui n'a de cesse que d'attiser la haine. La France se mettrait à dos quasi quatre-vingt millions de Turcs, les Français s'autoproclamant les princes de l'éthique, les ambassadeurs de la morale ou encore les inventeurs de la fraternité universelle. Pourtant, de l'avis même des Arméniens/kurdes les choses qui se sont déroulées n'étaient pas aussi claires. Ce n'était pas la faute à la Turquie mais à celle des pays voisins de la Turquie qui ont tenté de la déstabiliser en finançant des groupes terroristes qui ont tué, d'une façon aveugle, des Arméniens, des Kurdes et des Turcs, en moins grand nombre.
Par réciprocité, des députés turcs ont débattu, sans conclure, d'un projet de loi visant à reconnaître un «génocide algérien» perpétré par la France, en représailles à une proposition de loi française qui propose de condamner toute négation du génocide arménien. La commission parlementaire turque de la Justice a discuté d'un texte qui interdirait de nier que la France s'est rendue responsable d'un «génocide» en Algérie à l'époque de la colonisation. Le texte instaurerait une journée de commémoration du «génocide algérien» en souvenir des massacres perpétrés dans les localités de Sétif, Guelma et Kherrata le 8 mai 1945.(2)
Pour le Premier ministre turc, «au lieu de formuler des mensonges et de répandre des contre-vérités, a-t-il dit au gratin de son parti, Justice et Prospérité, la France ferait mieux de s'attarder sur son passé de colonialiste qu'illustrent ses multiples crimes, en Afrique». «En adoptant ce document, le Parlement français a jeté une ombre noire sur l'histoire du pays, sur sa démocratie et ses libertés», Même le patriarche arménien de Turquie, Mesrob II, a critiqué l'adoption de la proposition de loi. Il a estimé que l'attitude de la France «sabotait» les efforts de dialogue entre les Turcs et les Arméniens «Les Français, qui ont, dans le passé, placé divers obstacles sur la voie de la Turquie vers l'adhésion à l'Union européenne, ont, à présent, porté un coup sérieux au dialogue déjà limité entre la Turquie et l'Arménie».(3).
Les Ottomans (la dynastie date de 1299) ont conquis l'empire byzantin comme leurs prédécesseurs Byzantins, les Romains, ont conquis le royaume macédonien qui régnait sur Byzance. A travers le monde, des Etats se sont anéantis sans état d'âme, rendant très difficile de déterminer quel peuple est le «légitime» possesseur d'une terre. La Turquie est une vieille terre de civilisation, de culture et de religion. Elle porte mieux que tous les pays européens, la plupart des valeurs judéo-chrétiennes de l'Europe, les apôtres tels que Paul ou la mère de Jésus (qui aurait fini sa vie près d'Ephèse), le mont Ararat (de l'arche de Noé). Pourquoi la Turquie ne ferait-elle pas partie de l'Europe?
De 1915 à 1917, au cours de la Première Guerre mondiale, le gouvernement Jeunes Turcs de l'Empire ottoman a fait déporter et tuer une grande partie de la population arménienne. La Turquie, qui ne nie pas les tueries, en conteste l'ampleur et rejette la qualification de «génocide». Le 15 mars 1921, Talaat Pacha, le responsable des tueries des Arméniens, est abattu d'une balle de revolver dans une rue berlinoise. Le tireur est arrêté sur les lieux du crime. Il s'agit d'un jeune Arménien de 23 ans, Soghomon Tehlirian qui sera acquitté par le tribunal de Berlin Le génocide est défini comme un ensemble d'actes «commis dans l'intention de détruire en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux». Le terme de génocide est employé pour la première fois par le juriste américain, Raphaël Lemkin, en 1944 à propos des crimes de l'Allemagne nazie. Les historiens sont partagés; Bernard Lewis, Pierre Nora, Gilles Veinstein, Justin Mc Carty, Andrew Mango, ont développé des études niant le génocide arménien. Cependant, des historiens spécialisés dans l'étude des génocides, ont publié une lettre ouverte adressée au Premier ministre turc le 13 juin 2005, afin de lui rappeler la réalité du génocide arménien.
La discussion porte moins sur la réalité des massacres, même en Turquie, que sur l'utilisation du terme juridique «génocide». Ce qui complique la lecture des faits, c'est que, contrairement aux Allemands, les Turcs, à la même période, étaient, eux aussi victimes de massacres, et que toute la politique des Etats chrétiens, et surtout de la Russie tsariste, était de démembrer l'Empire ottoman en provoquant des insurrections. Dans les Balkans, notamment, des milliers de Turcs musulmans ont été victimes de massacres. Il ne faut pas oublier non plus que, vingt ans plus tôt, d'autres massacres ont visé les Arméniens. Il ne faut pas oublier que la Grèce a voulu s'emparer d'une partie de la Turquie en 1920, cela ne se fit pas, grâce à la ténacité de Mustapha Kémal. Les Occidentaux ont souvent du mal à appréhender la complexité turque, c'est un pays véritablement revenu de loin, qui a failli disparaître, après avoir été au centre d'une des plus brillantes civilisations. En même temps, l'identité turque moderne, laïque et républicaine se double d'une mémoire orientale à la fois vantée et refoulée.
La République turque refuse de reconnaître l'existence d'un «sözde ermeni soykýrýmý» (prétendu génocide arménien). L'argumentation repose essentiellement sur trois axes: Une contestation de l'ampleur du nombre de victimes (évalué entre 300.000 et 500.000 alors que les estimations arméniennes sont de 1.500.000 morts); la remise en cause de l'existence d'une préméditation; l'indignation face à l'occultation des représailles des milices arméniennes sur les populations civiles turques. Plusieurs pays ont pourtant refusé de considérer les massacres arméniens comme un génocide. Sans remettre en cause l'atrocité ou l'ampleur des faits, ces pays ne considèrent pas qu'ils répondent à la définition d'un génocide. C'est, par exemple, le cas du Royaume-Uni. La question de la reconnaissance officielle du génocide est, en outre, très politisée. Les partisans de la reconnaissance considèrent que les pays la refusant cherchent uniquement à préserver de bonnes relations avec la Turquie. Les opposants considèrent que les pays ayant reconnu le génocide ont cédé à la pression d'influentes communautés arméniennes. Qu'il y ait crimes de masses, il y a consensus là-dessus, mais ce qui est à noter est l'entêtement des Arméno-Français à vouloir, à l'instar des Juifs, se singulariser. La définition du génocide est due, il faut le rappeler, à un Américain d'origine juive qui a circonscrit ce crime contre l'humanité. Il vient que l'Occident dictant la «norme» a tôt fait d'imposer cette définition du mot génocide. Imaginons que dans la définition, il y ait mention de la volonté permanente et assidue de l'oppresseur d'éradiquer le vaincu sur une grande période, alors rentreraient dans cette appellation de génocide tous les crimes coloniaux et notamment, ceux commis en Algérie, les enfumades, les famines, les maladies imputables à l'invasion et, outre, la guerre 54-62, les massacres du 8 mai 1945, et naturellement ceux du 17 octobre 1961. «Si, comme l'a écrit Karl Marx, pour éviter d'être ´´condamné à la revivre´´, le politique ne peut conduire son action sans connaître l'Histoire, il ne doit pas chercher pour autant à imposer une vérité officielle». Ce n'est pas à la Loi d'écrire l'Histoire. C'est une dérive que l'on constate dans les Etats soumis à des tentations totalitaires Alors que, selon Pierre Nora, «l'heure est à une dangereuse radicalisation de la mémoire et de son utilisation intéressée, abusive et perverse», «notre responsabilité de parlementaires est de ne pas alimenter dans les hémicycles et les prétoires, une guerre des mémoires déclenchée par des associations communautaristes qui se servent des lois mémorielles». Les plus réalistes des Turcs s'interrogent même, désormais, sur l'opportunité de l'entrée de leur pays «musulman», dans un collectif d'Etats, où le racisme gagne du terrain et où la doctrine du clash civilisationnel fait de plus en plus florès. On ne peut qu'être interpellé par le fait que les députés français, si prompts à faire la morale aux autres, ne se soient pas penchés sur le «17 octobre 1961» quarante-cinq ans après. «A ce jour, écrivent Nordmann et Vidal, les crimes du 17 octobre 1961 n'ont fait l'objet d'aucune reconnaissance officielle; aucun monument, aucun lieu de mémoire ne leur est consacré. C'est qu'il y a, de 1961 à maintenant, une certaine continuité des pratiques de l'Etat. Les réseaux étatiques qui ont permis qu'aucun des crimes commis ne reçoive de sanction, sont toujours actifs. La réticence de l'Etat et de la société civile à reconnaître les crimes du 17 octobre 1961, témoigne plus profondément de ce que l'histoire de la colonisation reste à faire.».(4)
Pour conclure, ces mots de Pierre Bourdieu nous paraissent, à bien des égards, courageux et intellectuellement honnêtes: Ecoutons-le: «J'ai maintes fois souhaité que la honte d'avoir été le témoin impuissant d'une violence d'Etat haineuse et organisée, puisse se transformer en honte collective. Je voudrais, aujourd'hui, que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la guerre d'Algérie, soit inscrit sur une stèle en un haut lieu de toutes les villes de France, et aussi, à côté du portrait du président de la République, dans tous les édifices publics: mairies, commissariats, palais de justice, écoles, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste».(5) Il a mille fois raison.
1.Encyclopédie Wilkipédia: Le génocide arménien 2006
2.Susan Fraser: Des parlementaires turcs débattent d'une loi visant à reconnaître le «génocide algérien» Associated Press 11 octobre 2006
3.Le patriarche arménien de Turquie dénonce le vote français le génocide http://www.armenews.com. 15/10/2006
4.Charlotte Nordmann & Jérôme Vidal. 45e anniversaire des crimes du 17 octobre 1961: l'oubli et la mémoire. Site Oumma.com. lundi 16 octobre 2006.
5.Pierre Bourdieu Le 17 octobre 1961, un crime d'Etat à Paris, Paris, éditions La Dispute, mai 2001.


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