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«Le cinéma, un long chemin fait de rencontres»
EMMANUELLE BEART À L'EXPRESSION
Publié dans L'Expression le 30 - 10 - 2008

C'est une Emmanuelle brune et grave, délicate mais toujours réservée et désarmante de sensualité que nous avons rencontrée.
Elle a toujours été au rendez-vous, que ce soit à la «Une» des journaux ou au-devant de la scène, au cinéma ou dans la rue auprès des sans-papiers. Elle est la plus séduisante des membres du jury dans la catégorie long métrage. Rayonnante mais discrète, Emmanuelle Béart, cette comédienne française au long cours est actuellement à Tunis dans le cadre des Journées cinématographiques de Carthage. Un petit entretien express accordé, avec le concours de son manager et nous voilà en tête-à-tête avec cette icône du cinéma de l'Hexagone. Pour l'anecdote, nous avons pu la choper, en exclusivité, lors de la première soirée cocktail de bienvenue. Un coup de maître! Née en 1963, le 14 août, Emmanuelle Béart passera son enfance loin des tumultes à Gassin, dans le Var (sud de la France) avec ses trois soeurs (Sarah Cerieix, Lison Guespin et Charlotte Guespin) et ses trois frères (Olivier Guespin (1965), Mikis Cerieix (1975) et Ivan Cerieix élevés par sa mère. Elle est l'enfant du spectacle et de la poésie, fille du compositeur des airs de chansons et chanteur lui-même. Guy Béart, juif d'origine égyptienne, et de l'ex-mannequin et actrice de cinéma Geneviève Galéa d'origine italo-grecque. Son père quitte le foyer alors qu'elle est encore toute jeune. Petite fille, elle est rebelle et l'école ne l'intéresse pas beaucoup, elle rêve de devenir actrice et imite ses camarades d'école. Son goût pour le voyage et le départ l'amène à faire ce métier qui la fit sortir de l'ombre...
L'Expression: Emmanuelle Béart, vous avez été choisie pour être un des membres du jury dans le cadre de la compétition officielle des longs métrages. Un mot sur votre participation ici aux Journées cinématographiques de Carthage...
Emmanuelle Béart: Je suis un des membres du jury de la compétition officielle des films de fiction et c'est particulièrement passionnant. D'abord par le fait que c'est un véritable festival du cinéma du continent africain. C'est une sorte de tour du monde de ce continent et c'est tout à fait passionnant parce que le jury est composé d'écrivains, de musiciens, de réalisateurs, de comédiens, donc on a vraiment toute la palette artistique qui nous amène vers les films.
Comment cela fait-il qu'Emmanuelle Béart se retrouve comme membre au sein de ce jury pour départager des films arabes et africains?
Nous avons en France une culture d'ouverture sur le monde. Chaque film est une sorte de témoignage de la société, un regard du cinéaste sur la société dans laquelle il vit et de sa vérité. Mon regard s'est toujours porté sur des écritures différentes et le cinéma m'a permis de faire ce voyage là.
Aujourd'hui, on se concentre sur le continent africain. J'ai toujours été voir des films de tous les pays.
Aujourd'hui, Emmanuelle Béart a grandi, mûri, un mot sur ce long cheminement, cette riche carrière?
Un mot cela va être dur pour résumer 25 ans de carrière. J'ai commencé un peu par hasard et c'est devenu aujourd'hui une passion, quelque chose qui me fascine, qui me permet de voyager. Mon rêve était d'être une voyageuse, je le suis devenue grâce à ce métier mais aussi en fréquentant tous les milieux sociaux, les philosophes, la terre étrangère, que je continue à vivre cette passion grâce à ce métier de comédienne.
Il y a des rôles qui vous collent à la peau. Y en a-t-il qui vous correspondent le mieux?
Pas forcément, ça dépend lesquels. Certains ont des points communs avec moi, d'autres pas du tout. C'est un mélange étrange de choses, c'est un vécu qui est le mien, mais c'est aussi une imagination. C'est, aussi, essayer d'aller vers l'autre, de donner un contenu crédible à cet imaginaire. Au départ, un scénario c'est toujours de l'encre sur du papier. On doit lui donner de la chair, du sang, des muscles, une âme à un personnage. C'est tout un parcours vers l'autre en général. Vers l'étranger quel qu'il soit.
Le cinéma français est en pleine mutation. Qu'en pensez-vous?
Il est en mutation comme nos sociétés le sont toutes. Donc tous les cinémas du monde sont en mutation. Pas seulement le cinéma français.
On dit aussi que le cinéma français s'américanise...
Non! je ne suis pas d'accord. Le cinéma français n'a pas encore vendu son âme. C'est vrai qu'il y a une véritable diversité. Nous avons des films d'auteurs purs et durs, difficiles qui sont une sorte de témoins de la société, nous avons aussi des comédies, des films de divertissement, des films d'animation. On ne peut pas cantonner le cinéma français dans une sorte de caricature du cinéma américain. Ce n'est pas vrai.
Peut-on connaître votre actualité?
J'ai un film d'un cinéaste belge qui sort bientôt Viliane. Un autre film avec Catherine Deneuve qui sortira le 30 octobre et l'année prochaine je recommence à tourner...
Que vous a apporté le cinéma en tant que personne?
Il m'a structuré, il m'a aidé, mais ce n'est pas le cinéma. Ce sont les rencontres que j'ai faites qui sont importantes dans le cinéma. J'ai eu la chance de rencontrer de grands metteurs en scène qui m'ont aidé à m'éclairer moi-même, à trouver des zones d'ombre, à labourer cette terre qui est la mienne. Ils m'ont donné du courage et du désir.
Vous rappelez-vous la jeune fille dans le film adapté du roman de Marcel Pagnol Manon des sources?
(Pensive)... C'est très loin...
Et aujourd'hui?
Il y a le parcours d'une femme. Tout simplement. Il y a ce parcours entre une jeune fille et une femme, une mère, une citoyenne, une actrice, tout ce qui compose de façon organique et spirituelle ce que je suis. Il y a un long chemin fait de rencontres c'est pour cela que je suis ici. Pour les rencontres.
Des projets peut-être en vue avec des partenaires maghrébins?
Je ne suis pas venu à la pêche de projets. Ce n'est pas ce que je suis venu chercher. Je suis venu pour entendre des gens, voir des films qui sortent de ce continent. Je crois qu'il y a beaucoup de potentiel mais pas toujours les moyens. Et ça, est à mettre en exergue. On est là pour ça.
Emmanuelle Béart, connaît-elle un peu le cinéma algérien?
Non. Réellement non.


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