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Al Hakim : il se rêvait Khomeiny de l'Irak
Publié dans Liberté le 11 - 09 - 2003

L'ayatollah Baker Al-Hakim, assassiné à Najef devant l'entrée de la mosquée Ali, sanctuaire du chiisme, juste après la prière du vendredi, se vouait le Khomeiny de l'Irak. Figure charismatique du chiisme irakien, Al-Hakim était pour l'Administration Bush à la fois son cauchemar et sa planche de salut. Son retour triomphal en Irak a fait perdre aux va-t-en-guerre de la Maison-Blanche tout espoir de voir l'établissement de cet Irak “démocratique et laïc” qu'ils n'avaient pas arrêté de bassiner en direction d'une opinion qui s'interroge toujours sur les motivations réelles de la guerre. Saddam évincé, le chiisme irakien retrouve ses chefs et ses marques, et explose. La fièvre chiite se propage, comme une pandémie, partout, sauf dans le Nord, historiquement, à majorité kurde. Très rapidement, les leaders religieux chiites deviennent, après les Américains, les seuls maîtres de la rue. Le sud du pays ainsi que le quartier populeux de Bagdad rebaptisé, par eux “Sadr City”, du nom de l'imam Badr Al-Sadr, assassiné et dissous dans l'acide en 1980, sur ordre de Saddam Hussein, prennent carrément les couleurs de ce futur état islamique qu'ils piaffent d'établir. Les populations, embrigadées par un vaste réseau associatif, sont tenues en effervescence de façon permanente par des prêcheurs soufflant le chaud et le froid mais promettant tous l'établissement d'une république islamique à l'image de l'Iran. La déferlante chiite prend sa source à Najef et Kerbala, sanctuaires du chiisme ou l'Iranien Khomeiny avait fait ses premières classes et qui, le 23 avril dernier, avaient accueilli plus de dix millions de fidèles venus prier sur le tombeau de Hussein, petit-fils du prophète et troisième imam, revendiquant pour leur communauté un modèle à l'iranienne. Bush, pour rassurer les siens, a essayé de mettre la formidable mobilisation chiite sur le compte d'“un pèlerinage de la liberté” mais l'Amérique a été abasourdie par cette gigantesque procession humaine se dirigeant vers Kerbala. Comme la plupart des chefs chiites, Al-Hakim a fréquenté l'école iranienne. Fils de dignitaires religieux, dont la quasi-totalité a été assassiné par Saddam, il se réfugie à Téhéran où il est couvé par les ayatollahs. C'est tout le portrait de Khomeiny : même allure, même regard, barbe identique et même charisme. D'ailleurs, il sera mis sous terre avec un cérémonial à l'identique avec celui qui a accompagné Khomeiny dans sa dernière demeure à Téhéran. Pour boucler la boucle de la ressemblance avec les ayatollahs iraniens, Al-Hakim épouse une des filles du successeur du père de la révolution islamique iranienne, le tout puissant guide Ali Khameyni. L'Iran le bombarde leader de l'assemblée suprême de la révolution islamique en Irak. Tout un programme rien que dans l'intitulé de la formation. Cependant, après 33 ans d'exil, Al-Hakim se rend compte que son pedigree ne suffit pas pour devenir le nouveau maître de Bagdad. Alors, il a coupé la poire en deux. Aux Américains, il chante la complainte de la modernité, aux Irakiens, pris globalement, il loue la diversité et la tolérance mais, à ses propres ouailles, il continue de semer la graine de la révolution islamique. Ce louvoiement ne lui a pas réussi car, dans la surenchère, il a toujours un plus fort, plus extrémiste. Son assassinat gêne au plus haut point les Américains qui avaient vu en lui une personnalité controversée mais capable tout de même de contenir les débordements chiites. Pour eux, Al Hakim était le seul chef de l'ex opposition irakienne légitime par une grande partie du peuple. Quant aux Iraniens, il semble qu'ils ont perdu avec sa disparition tout espoir de regard sur l'Irak. Téhéran s'est dépensé pour faire de lui le chef spirituel des chiites d'Irak. Qui l'assassiné ? La question demeure ouverte et, il est même probable que le coup ait été décidé au sein de son propre clan. Sa stature a écrasé tous les autres dignitaires chiites et, à l'intérieur du chiisme, la classe moyenne a commencé à manifester sa crainte de voir succéder à la tyrannie de Saddam une dictature religieuse à portée de mains d'Al-Hakim.
D. B.
Bush au secours des ayatollahs !
Pour beaucoup d'iraniens, Bush a prêté mains fortes aux ayatollahs. En classant l'Iran dans l'axe du mal, le président américain aurait donné un coup de pouce au clan des durs au sein du chiîsme dans sa compagne contre les idées réformatrices en vogue depuis l'élection en 1997 du président Khatami. En diabolisant l'Iran, Bush a, d'une certaine manière, donné des arguments aux véritables détenteurs du pouvoir menés par l'héritier de Khomeyni, le guide suprême de la révolution, Ali Khamenei. La réalité est cependant plus complexe. Le mouvement de la réforme qui avait déboulé dan le pays n'a jamais quitté le stade de promesses. Hormis quelques concessions dans les domaines vestimentaire (le jeans est toléré pour les hommes et les filles peuvent colorer leur tchadors et foulards) et musical (les sonorités occidentales ne sont plus interdites), le reste est demeuré en l'état comme l'avait établi Khomeyni. Les basandkis (police des mœurs) veillent toujours à la séparation des sexes et font la chasse aux paraboles. Les réformateurs ont beau tenir la présidence, le gouvernement, le parlement et une partie de la presse, ils n'ont rien pu faire face aux conservateurs qui, maîtres de la justice, des médias publics et des organes d'arbitrage institutionnel, bloquent toute tentative de changement. Tant et si bien que le président Khatami a fini par voir ses électeurs se détourner de lui. En février dernier, son électorat a carrément boudé les urnes, abandonnant la gestion de Téhéran et autres principales villes à des élus proches des ayatollahs. Les jeunes, notamment les étudiants, lassés des luttes de pouvoir entre les deux camps, ont compris qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. en juin dernier, ils ont manifesté à Téhéran contre le pouvoir des religieux, et dans une lettre ouverte, 250 intellectuels iraniens ont réclamé le droit du peuple iranien à chasser ses dirigeants, réfutant l'exercice d'un pouvoir divin et absolu par les ayatollahs. Les manifestations estudiantines ont été durement réprimées mais, après vingt cinq années, la révolution islamique a atteint ses limites. elle est à bout de souffle. Une première dans le monde musulman : le président Khatami a officiellement reconnu avoir déçu les espoirs placés en lui par ses électeurs, mettant en garde contre tout mépris pour les aspirations des jeunes à vivre leur temps. Les ayatollahs n'ont plus où se tourner. Ils sont également mis en cause par la communauté internationale pour leur programme nucléaire. Après Bush, les européens demandent eux aussi à voir. Monsieur sécurité de l'UE, Xavier Solanna, ne s'est pas laissé conter à Téhéran où il a conseillé aux ayatollahs de passer sous la loupe de l'AIEA. Le décompte en Irak de Saddam n'a-t-il pas commencé par une histoire de ce genre ?
D. B.
Abécédaire du pouvoir version ayatollah
Si l'on ne sait toujours pas avec exactitude pourquoi la révolution islamiste a réussi en Iran, par contre, de nombreux indices montrent qu'elle a échoué. Depuis 1999, le pays est secoué après des manifestations qui posent la problématique de l'exercice du pouvoir au nom de l'Islam. Parti des campus, le mouvement de contestation a gagné des pans entiers de la classe moyenne; y compris ces fameux bazars, sans lesquels khomeyni serait resté une simple icône du chiisme. Le mouvement draine également l'ensemble de l'intelligentsia. Comme dans tout système autoritaire, le pouvoir fini par corrompre. L'Iran des ayatollahs n'a pas échappé. Des ayatollahs se sont servis sous couvert de nationalisation des biens du chah et de ses proches, et pour empocher en toute quiétude, ils ont mis au point un système politique fondé sur la primauté du clergé qu'ils ont décrété seul habilité à interprétait les lois coraniques. Les relations interpersonnelles et les rapports avec les autorités, à la virgule près, au nom de la religion et de sa morale. L'Iran baigne dans une culture, celle de la religion ou, plus exactement, dans une dictature islamique. Les institutions élues, la présidence, le parlement et les municipalités sont sous tutelle des religieux dont l'organe de conformité à la charia traque tout ce qui pourrait déranger le statut privilégié des ayatollahs. Pour le clergé, pas de place au gouvernement par le peuple, mais seulement par Dieu. Les électeurs ont d'ailleurs compris : aux yeux des ayatollahs, l'urne ne signifie rien et leurs voix n'ont eu aucun effet et n'en auront jamais. Khatami a été élu par deux fois , en 1997 et en 2001, pour moderniser la société mais, il ne s'est toujours rien passé. C'est que lui aussi est issu de ce système clérical. Les élections ne sont finalement qu'un moment d'exorcisme pour chanter des lendemains meilleurs. Les élections, disent les iraniens, sont une occasion de répéter les mêmes exigences, de rejouer les mêmes conflits, d'ourdir les mêmes manœuvres. Les problèmes de la société qui, eux, s'accumulent ne peuvent, aux yeux des ayatollahs, trouver de solutions que dans un retour “aux vraies racines” de l'isalm. C'est ce qu'ils bassinent depuis 1979. Soucieux de préserver leurs intérêts dans les fondations religieuses qui, on ne le soulignera jamais assez, touchent à tous les aspects de l'économie, les ayatollahs se sont dotés, comme le pouvoir wahabite, d'une police des mœurs(les basandji) chargée de promouvoir la culture islamique à coup d'avertissement, de châtiments corporels et d'emprisonnement. La société manifeste des velléités d'affranchissement, les ayatollahs répondent par un tour de vis supplémentaire. Ces derniers mois, les procès politiques sont devenus la norme, le plus édifiant étant celui instruit depuis 2002 contre Hachem Aghajari qui a constaté la prétention des ayatollahs à gouverner selon un droit divin. Plusieurs journaux libéraux ont été fermés et leurs journalistes traînés devant les tribunaux, dans l'espoir de faire taire toute tentative de dissidence. Sans parler des modernistes assassinés en toute impunité par des “éléments incontrôlés”, en fait, des milices islamiques. Par contre, les ayatollahs se sont trouvés piégés par l'enseignement de masse prodigué aux enfants dans l'euphorie des années Khomeyni.
L'évolution est remarquable chez les filles dont le taux d'analphabétisme est plus évidente que nulle part ailleurs dans les terres d'islam. L'accès au Coran a également relativisé le rôle du clergé. Les prêches des ayatollahs ne sont plus sacrés. Ce sont des éléments essentiels pour comprendre la vitalité actuelle de la société civile iranienne qui aspire à un gouvernement des hommes, c'est à dire à la séparation de la politique du religieux.
D. B.


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