À l'occasion de la Fête nationale française, le président Bouteflika a écrit un message au président Hollande dans lequel il l'appelle à “exorciser le passé" en faisant “un examen lucide et courageux" et “à œuvrer ensemble (...)", “en vue d'établir un partenariat qui s'appuie sur les potentialités que recèlent nos deux pays...". On observe que l'épreuve de la réalité a ramené les ambitions algériennes en matière de relations avec la France à de plus modestes proportions. Côté français, le même réalisme semble s'être imposé : le 5 juillet, Hollande écrivait à Bouteflika, appelant à la même lucidité et préconisant d'aller “ensemble au-delà (de l'Histoire) pour construire ce partenariat que vous appelez de vos vœux". Depuis 1999, les relations algéro-françaises ont oscillé sans cesse entre l'enthousiasme grisé et la détérioration querelleuse. C'est que Bouteflika en a fait un dossier “présidentiel" et la gestion de ces relations a pris l'allure d'une “diplomatie de mandats". Elles ont commencé par prendre un mauvais départ quand Paris exprimait “sa préoccupation" au vu de la fraude qui marqua le scrutin présidentiel d'avril 1999 : Bouteflika rappelait alors vertement à Chirac qu'il “n'accepterait jamais ni tutelle ni ingérence". Chirac profitera du référendum sur la “concorde civile", en septembre 1999, pour appeler Bouteflika et saluer “sa victoire sur les prêcheurs de la haine et de la confrontation". Depuis, les relations Alger-Paris connurent une longue lune de miel : le 14 juin 2000, Bouteflika fait un voyage d'Etat en France ; début décembre 2001, Chirac visite Bab El-Oued éprouvé par les inondations et reçoit un accueil triomphal ; à Paris, pour une réunion du Nepad, Bouteflika rencontre Chirac, le 8 février 2002 ; Chirac revient en visite à Alger le 3 mars 2003, une visite dont on conserve la creuse “déclaration d'Alger". Chirac, venu féliciter Bouteflika pour “sa brillante réélection", préconise le fameux projet de pacte d'amitié, resté depuis à l'état d'incantation. Il évoquait alors “la construction d'un partenariat d'exception". Après plusieurs rencontres sans résultat, l'épisode de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le “rôle positif" de la colonisation, dénoncé par des enseignants et historiens français, mit fin à ces interminables retrouvailles et à leur lot de déclarations d'intention. La même fièvre diplomatique reprit après l'élection de Sarkozy. Après son élection, en mai 2007, Sarkozy reçoit ce message de Bouteflika : “Vous accordez comme moi la plus grande importance aux relations entre nos deux pays." Sarkozy répond à son tour : “Comme vous, je suis convaincu que l'approfondissement de la... relation d'exception entre l'Algérie et la France doit constituer une priorité commune." Même rythme de rencontres et de rencontres, au gré des sommets et survols de territoire. Mais la question de la repentance, vite vouée à l‘usage politicien interne, et à laquelle Sarkozy a donné une réponse sans équivoque, posait les limites de la “refondation" qu'on dit souhaiter. Le rôle marginal dévolu à l'Algérie dans le projet UPM finit d'éloigner les deux présidents. Après l'élection pour le troisième mandat, l'Algérie est comme parvenue à “la fin de l'Histoire". L'idée même de perspective n'est plus à l'ordre du jour. D'où ces échanges d'amabilité distantes entre Bouteflika et Hollande. M. H. [email protected]