Les statistiques macabres de la circulation qui suivent un trend haussier continuent de susciter des interrogations sur les voies et moyens à mettre en œuvre pour diminuer le nombre d'accidents sur nos routes. Le phénomène a besoin d'approches et de visions qui ne doivent pas s'accommoder de bricolage ou de laisser place au fatalisme pour obtenir les résultats escomptés. L'Algérie se place à la 12e place dans le monde arabe en matière de nombre de victimes de la route avec plus de 4 000 morts et 50 000 blessés par an, ce qui doit faire songer à réduire sa place dans ce classement macabre, a indiqué le représentant de la Direction générale de la Protection civile, à l'occasion d'une journée de sensibilisation organisée, hier, au niveau de l'unité principale de la Protection civile. Invité à donner une conférence, le célèbre Mohamed Lazouni a fait quelques rappels sur les nombreux paradoxes qui caractérisent le conducteur algérien qui apprend un code pour passer son permis, mais qui utilise plusieurs codes après son obtention. L'animateur de la célèbre émission Le motard invisible de la radio Chaîne III vers les années 1970, et dont le concept a été transposé à la télévision nationale en 1985, déclare ne pas croire à la force de la trique pour discipliner les chauffards. "Je crois à la sensibilisation, mais pas à la sanction qui n'est pas toujours efficace. Parce que si j'arrive à convaincre une personne, celle-ci peut, à son tour, être un vecteur de sensibilisation." Pour ce faire, il faut, dira-t-il, mettre les moyens appropriés, citant au passage le cas de la France qui a pu réduire le nombre de morts de 17 000 à 3 900 entre 1985 et 2013, en dépit de l'augmentation exponentielle de son parc de véhicules et de sa population. L'état du réseau routier chez nous est mis en cause, car on sait que par endroits les véhicules se heurtent à des montagnes appelées "dos d'âne" ou ralentisseurs ou s'enfoncent dans de véritables cratères. L'excès de vitesse, qui est souvent cité comme principal facteur d'accidents, n'est pas seulement imputable au conducteur qui, est-il expliqué, est victime lui-même de celui qui l'a formé. Le spécialiste s'en prendra aux auto-écoles qui n'en font pas assez pour leurs candidats, vu qu'elles sont gérées par des personnes auxquelles il doit être exigé la licence pour les patrons, le bac pour le moniteur et le niveau de terminale pour l'obtention du permis de poids lourd. "Il est inconcevable de donner un bus à quelqu'un qui n'a aucun niveau. Ce n'est pas l'âge biologique qui compte parce qu'on peut être débile à n'importe quel âge. C'est l'âge mental, c'est-à-dire le quotient intellectuel qui compte. Car, l'on risque de mettre en péril plus de 80 vies humaines avec un conducteur qui ignore que le véhicule est soumis à la loi de la physique, à l'énergie cinétique, au centre de gravité, à la force centrifuge, etc." Outre l'apprentissage de ces notions aux candidats au permis de poids lourd, le conférencier émettra le souhait de voir se confier la formation aux établissements de la formation professionnelle, car comment exige-t-on une année à un peintre pour barbouiller un mur et rien à quelqu'un qui conduit un véhicule transportant plusieurs personnes, s'est-il interrogé ? "Il faut qu'on nous entende pour épargner des vies humaines !" M. EL BEY