Si Bejaïa ne tient pas le triste record du plus grand nombre d'accidents enregistrés sur son territoire, la route y fait suffisamment de morts pour que, autorités et société civile, investissent leurs efforts pour sensibiliser sur les dangers qui guettent l'automobiliste. Dans ce cadre, l'association Tariq Essalama-Bejaïa a organisé une conférence mercredi 22 janvier à l'hôtel Cristal, animée par Mohamed Lazouni et le Dr Messaoud Benahlima, portant sur les recommandations faites par le séminaire national sur la sécurité routière qui s'est déroulé le 28 novembre de l'an dernier. Lors de son intervention, Mohamed Lazouni a rappelé que les accidents de la route en Algérie ont fait 4.244 morts en 2012 et occasionné de pertes économiques s'élevant à quelque 150 milliards de dinars. Il a, toutefois, relevé un aspect positif dans le fait que le nombre de décès s'est relativement stabilisé, sachant qu'il était en 1985 de 4.134 morts, alors que le parc roulant est passé de 1,6 à plus de 6 millions de véhicules. Faisant la comparaison avec la France, où le nombre de décès sur les routes a été ramené de 10.000 en 1985 à moins de 4.000 en 2012, il a expliqué cela par la différence dans les moyens mis en branle et la prise de conscience de la société française. « L'éducation, dira l'orateur, est à la base du comportement du conducteur », soulignant que dans ce pays l'éducation routière est enseignée comme matière de base dans les écoles. Il rappellera qu'une telle disposition existe en Algérie, malheureusement non appliquée par le ministère de l'Education nationale, appelant à la mettre en œuvre. Mohamed Lazouni estime également qu'en matière législative, il y a trop de textes, peu pratiques et sujets à interprétation excessive car non élaborés dans la concertation. Il considère, par ailleurs, que l'institution du permis à points est loin d'être applicable dans le contexte actuel, énumérant les différentes incohérences du système, parmi lesquelles l'absence d'une instance de justice pour trancher les litiges, l'absence d'un fichier informatisé pour gérer et contrôler les permis, les recours qui se font devant la commission même qui a pris la décision initiale, l'obligation faite aux contrevenants de s'inscrire dans un centre de formation pendant cinq jours, à leurs frais, pour récupérer la moitié des points perdus, qui peut donner lieu à des pratiques commerciales condamnables, le maintien du retrait de permis... Pour Mohamed Lazouni, la panoplie répressive n'est pas une cure suffisante. Il soutient que pour réduire significativement les accidents de la route, « il faut que le conducteur ait peur de l'accident et non du gendarme. Quand l'Algérien se conduira selon ce principe, on aura fait un grand pas. Encore, faut-il que l'on comprenne que le conducteur est avant tout un être humain ». C'est justement ce côté humain que le Dr Benahlima a évoqué dans son allocution, soulignant que l'Algérien, s'il est familier de la voiture, n'en maîtrise pas encore la culture qui l'accompagne. Il notera, dans ce cadre, moult négligences symptomatiques d'un comportement malsain du conducteur mais aussi des acteurs institutionnels, responsables de l'absence d'une signalisation routière, censée exister pour la protection de l'automobiliste mais comprise dans son caractère répressif, l'uniformité des horaires de travail cause d'encombrements, l'absence de planification pour gérer de manière anticipée l'accroissement du nombre de véhicules et des besoins de transport et de parking, l'importance du nombre de véhicules non conformes qu'il faudrait retirer de la circulation plus par pédagogie que par sanction... Durant les débats, le lieutenant de police, Ferdi Abdellah, a mis l'accent, outre la mise en place d'un dispositif de coordination, sur la nécessité de déterminer toutes les responsabilités lors d'un accident, meurtrier ou pas. De son côté, le capitaine Serraï, chef du bureau sécurité routière de la Gendarmerie nationale, a relevé que pour le mois de janvier en cours, Bejaïa a enregistré 95 morts sur les routes, relevant le peu de réaction pour éliminer les points noirs où se produisent la majorité des accidents meurtriers. Mohamed Lazouni s'est, par ailleurs, interrogé sur la disposition visant à rendre obligatoire pour les véhicules lourds la pose d'un chrono-tachygraphe (recommandée déjà en 1972), à l'heure du Global Positionning System (GPS), de la pertinence de la sensibilisation par la distribution de dépliants ou du simple critère de l'âge pour délivrer le permis poids lourds quand l'illettrisme devrait déjà être un facteur d'exclusion.