Les dizaines de milliers d'automobilistes et passagers ayant eu à emprunter, hier, la RN12 pour rallier la ville de Tizi Ouzou ou Alger ont vécu un véritable calvaire. Pour cause, la route a été, encore une nouvelle fois, coupée à la circulation, durant toute la journée, par des habitants d'Oued Aïssi, à une dizaine de kilomètres à l'est du chef-lieu de wilaya. Les manifestants qui ont profité de cette matinée du grand retour, après le week-end prolongé en raison de la fête de l'Aïd, ont procédé à la fermeture de cette route, très tôt dans la matinée, pour, dit-on, exprimer leur colère suite à une longue coupure d'eau. Des barricades de pneus en flammes et autres objets ont été dressées dans les deux sens de la route empêchant ainsi toute circulation. Des milliers d'automobilistes ont été contraints de rester immobilisés sur place ou de rebrousser chemin. Même des ambulances transportant des malades étaient restées bloquées sur cet axe le plus névralgique qui relie Béjaïa et Tizi Ouzou à Alger. Des milliers de personnes, dont des travailleurs devant regagner leurs postes de travail, des parents traînant des enfants, des femmes et des personnes âgées, étaient contraintes de poursuivre le reste du chemin à pied sous une chaleur de plomb, dépassant les 45°. Les automobilistes, qui ont tenté d'effectuer le long détour par Tamda pour rallier la capitale du Djurdjura, se sont retrouvés coincés dans un embouteillage monstre. Un détour effectué en moins de 6h au lieu de la quarantaine de minutes. Si prompts à recourir à la répression et à l'usage de la matraque lorsqu'il s'agit d'activités à caractère politique, les services de sécurité, l'administration de wilaya et les élus locaux et nationaux étaient les grands absents, hier, à Oued Aïssi où le citoyen lambda s'est retrouvé dans la posture du vrai dindon de la farce. Vers la fin de la journée, les services de sécurité qui ont été d'une incroyable rapidité dans leur intervention lorsqu'il était question de réprimer des militants qui voulaient se recueillir à la mémoire des victimes du printemps noir à Azazga, à Larbaâ Nath Irathen et Aïn El-Hammam, il y a moins de deux semaines, n'avaient toujours pas jugé utile d'intervenir pour rouvrir la route à Oued Aïssi. Pour de nombreux citoyens rencontrés, la démission des services de sécurité devant une telle situation est synonyme d'une vengeance du pouvoir sur la population suite au fort taux d'abstention enregistré lors des élections législatives du 4 mai dernier. Samir LESLOUS