Le Qatar claque la porte et quitte l'Opep. La nouvelle a été donnée, hier, par le ministre qatari de l'Energie, Saâd al-Kaâbi, lors d'une conférence à Doha. Le Qatar veut de se concentrer sur sa production de gaz dont il est l'un des principaux exportateurs au monde, explique son ministre de l'Energie, qui tentait de justifier le retrait de son pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole. "Le Qatar a décidé de se retirer comme membre de l'Opep avec effet en janvier 2019", a déclaré Saâd al-Kaâbi, ajoutant que l'organisation en avait été informée préalablement. Il a expliqué que cette décision n'a aucun rapport avec l'embargo imposé à Doha depuis la rupture des relations diplomatiques en 2017 avec l'Arabie saoudite et ses alliés. Le retrait est plutôt "technique et stratégique", souligne- t-il. Bien que son poids sur l'échiquier pétrolier mondial soit marginal avec, comme seule force de frappe, une production journalière de seulement 600 000 barils jours et une part de 2% dans les réserves mondiales d'or noir, le Qatar comptait politiquement au sein de l'Opep et constituait, jusqu'à 2017, avec l'Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe, un puissant lobby pétrolier aussi bien au sein de l'Opep qu'à l'extérieur de l'Organisation. L'année 2017 a été marqué par une tension diplomatique sans égale, opposant le Qatar à l'Arabie saoudite dans un premier temps, et au reste des monarchies du Golfe et à l'Egypte dans un second temps. Les tensions se sont soldées par la rupture des relations diplomatiques avec l'Arabie saoudite qui accusait le Qatar de financer des organisations terroristes. Les Saoudiens ont aussitôt imposé un embargo sur le Qatar, joints par les autres monarchies du Golfe et par l'Egypte. Les analystes, qui commentaient, hier, le retrait de l'émirat du Golfe de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, ont évoqué une décision éminemment "politique". Le Qatar voudrait prendre davantage ses distances avec l'Arabie saoudite à un moment où le royaume wahhabite se trouve au creux de la vague après l'affaire de l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. En dehors des structures de l'Opep, dans lesquelles le Qatar siégeait depuis 1961, l'émirat continuera à produire du pétrole et à nouer des partenariats avec notamment le Brésil — premier producteur de pétrole en Amérique du Sud — mais se concentrera davantage sur le gaz, a expliqué Saâd al-Kaâbi. "Nous n'avons pas beaucoup de potentiel (dans le pétrole), nous sommes très réalistes. Notre potentiel, c'est le gaz", a souligné le ministre qatari, par ailleurs à la tête de Qatar Petroleum. Dans le gaz, l'émirat du Golfe occupe confortablement la première marche du podium parmi les plus grands exportateurs mondiaux de GNL. Il avait annoncé en septembre dernier qu'il envisageait d'augmenter sa production de gaz à hauteur de 110 millions de tonnes par an d'ici à 2024. La décision de quitter l'Opep est surtout symbolique. Elle aura, néanmoins, peu de conséquences sur le marché où les trois poids lourds, l'Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis en l'occurrence, tiennent les principaux leviers de l'offre et de l'influence. La prochaine réunion de l'Opep, prévue le 6 décembre, sera la dernière rencontre à laquelle participera le Qatar. A. Titouche