Un pur, encore un, vient de nous quitter. Unanimes, normalement, tous les Algériens devraient mettre leurs chapeaux en berne. À commencer par ses ennemis politiques. Cet homme a incarné la résistance à toutes les tentatives de mettre le drapeau national en charpie. Le pays à terre. Il a offert sa chair aux enfants de cette terre. Il a conjugué son destin avec les soubresauts qui l'ont régulièrement secouée. Communiste convaincu et convaincant, il a, au péril de sa vie et au détriment de sa liberté et de celle des siens, attelé à former des bataillons d'Algériens. Le PAGS et son “soutien critique” ont été de faux opposants au dieu FLN ? Qu'à cela ne tienne, ce parti défunt a construit des remparts contre l'obscurantisme, mis des livres dans les mains de générations d'Algériens promis à l'égarement, ensemencé des valeurs qui ont fleuri et qui ont permis de prendre l'islamisme politique à la gorge. El-Hachemi Chérif, cet inébranlable bouclier, infatigable militant de la démocratie et des libertés, porte-parole avec ses cadets de la revendication identitaire est mort, hier, en fin de matinée, de métastases cancéreuses. Les traitements chimio et radiothérapiques tentés à Paris n'ont rien donné. Il se savait parti. Il y a une dizaine de jours, nous l'avons eu au téléphone. On voulait, une ultime fois converser avec lui. Il avait tant encore à dire et à donner ! Son état physique ne lui permettait plus de recevoir du monde. Il n'a pas fermé la porte. Il a juste suggéré de rappeler plus tard. Peut-être une rémission allait-elle lui permettre de commenter encore une fois le quotidien de son pays. Comme pour un baroud d'honneur, il a décidé avant de s'éteindre d'envoyer ses troupes aux élections partielles de Kabylie. Il a été irréductible face au pouvoir et surtout face à l'intégrisme. Il ne faisait pas dans la demi-mesure. Il n'était pas homme de fauteuil. Pas homme d'argent. L'abnégation était une de ses caractéristiques les plus sûres. Il s'est bagarré toute sa vie. Longtemps dans le noir. Les cachots ou les accotements de la République. Il restera un repère pour les milliers d'Algériens qui s'estiment ses élèves. Ses enfants. Si El-Hachemi est parti, il nous restera de lui ce sourire éternel et ce maladif attachement à la patrie que beaucoup de ses concitoyens estiment malheureusement dérisoire. Il a cru à l'Algérie jusqu'au bout. Ceux qui l'ont écouté pendant trois quarts de siècle croiront longtemps à ses nobles idées. MEZIANE OURAD