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Le vieux pêcheur ne prend plus la mer
baghdad s'efforce de maintenir à flot son sardinier à oran
Publié dans Liberté le 30 - 04 - 2020

Son petit-métier presque retapé et prêt à reprendre la mer, Baghdad espère la fin de la crise sanitaire.
Debout sur le quai de Kristel, casquette de marin sur sa tête grisonnante, le vieux pêcheur supervise la réparation du "Razkellah 5", un petit-métier de type sardinier, au milieu duquel deux de ses enfants s'activent. Pêcheur toute sa vie, Baghdad n'a pas pris la mer depuis plus d'un mois."Nous aurions pu sortir mais le bateau est tombé en panne au tout début de la crise et nous n'avions pas trouvé de magasin pour acheter le matériel de réparation", explique-t-il, tandis que son fils Fethi applique de la résine sur le plancher du petit-métier.
Amarré au milieu d'une flottille de bateaux de pêche sous un ciel maussade, le sardinier de Baghdad et fils semble avoir connu des jours meilleurs. "J'ai acquis ce petit-métier à Jijel il y a vingt ans, grâce l'intervention de gens de bien et non pas grâce à l'administration. Pourtant, j'ai toujours été dans le métier", maugrée Baghdad en évoquant sa longue carrière qui l'a conduit dans plusieurs ports, l'a impliqué dans de nombreuses opérations de sauvetage de harraga, aux côtés des garde-côtes, et entraîné dans la formation des enfants de Kristel aux métiers de la mer. "Vous pouvez demander aux professionnels de la pêche des ports de l'Ouest… Ils vous diront qu'ils me connaissent depuis de très longues années", continue-t-il, non sans quelque fierté.
Né au milieu des années 1950 dans ce village portuaire situé à 25 km à l'est d'Oran, Baghdad a écumé les ports sans jamais vraiment quitter Kristel, devenue, entre temps, une destination touristique que les autorités locales n'ont jamais su exploiter. "J'y ai vu le jour, j'y ai grandi et j'y ai fondé une famille", continue l'homme dont les cinq enfants ont tous été biberonnés aux métiers de la mer. "Mais leur situation précaire m'inquiète", continue le vieux pêcheur qui ne comprend pas que les enfants de Kristel ne bénéficient toujours pas de l'aide des pouvoirs publics et continuent de faire face aux pires difficultés, pendant que des dispositifs d'aide à la création d'emplois accordent des soutiens financiers à des jeunes qui n'ont aucune expérience en matière de pêche. "Je continue de lutter, avec mes enfants, pour garder mon vieux bateau à flot, tandis que des jeunes, inexpérimentés et incapables de naviguer, ont réussi à obtenir des chalutiers neufs grâce aux dispositifs d'aide à la création d'emplois. Pour en fin de compte les délaisser ici, au port de Kristel", s'emporte Baghdad en désignant deux ou trois bateaux qui, dit-il, ne sortent plus, leurs propriétaires les ayant abandonnés après avoir constaté leur incapacité à affronter le dur métier de la pêche.
Sans expérience, sans encadrement et sans accompagnement, les apprentis pêcheurs ont vite "lâché l'affaire", continue Baghdad, amer, alors que des pêcheurs aguerris sont pris dans des problèmes sans fin. Pendant que ses enfants continuent de retaper le sardinier familial, Baghdad s'en prend à la pandémie qui a aggravé la situation des pêcheurs de Kristel, déjà précarisés par plus de 50 ans de marginalisation. Car même si le bateau est retapé, Baghdad n'est pas sûr de pouvoir reprendre le travail en raison de l'impossibilité d'obtenir l'autorisation de circuler en période de couvre-feu.
"Nous avons demandé le document aux différentes autorités mais aucun officiel n'a voulu endosser la responsabilité de nous le délivrer", déplore-t-il, en soulignant que plusieurs pêcheurs ont été verbalisés par la Gendarmerie nationale alors qu'ils tentaient de transporter par route leur marchandise à Oran. "Les soucis des pêcheurs en ces temps de coronavirus ne se retrouvent pas tant en mer que sur la terre ferme", résume-t-il, en assurant que l'absence de l'autorisation de circuler en période de couvre-feu entraîne un important préjudice aux pêcheurs : "Au lieu de livrer la marchandise la journée même, ils doivent la conserver dans la glace jusqu'au lendemain.
Ce qui occasionne une grosse perte de temps et d'argent." Le même constat est dressé par un autre pêcheur de passage avec deux cageots de poissons sur les bras, qui s'indigne de l'impossibilité de travailler dans les conditions actuelles. "En temps normal déjà, nous sommes confrontés à toutes sortes de problèmes, mais avec ce satané virus, ça devient franchement impossible", jette-t-il en traversant le quai pour aller ranger sa marchandise à l'arrière d'une fourgonnette.
Pour Baghdad, le drame du pêcheur algérien relève de la mauvaise gestion de ceux qui officient depuis leurs bureaux, sans aller à la rencontre des professionnels, particulièrement ceux de son village qui ne vit que de la pêche et de l'agriculture. "Il y a l'expérience, le savoir-faire et la main-d'œuvre. Il manque juste la bonne stratégie et des hommes responsables dans les différentes directions", assure-t-il. Son petit-métier presque retapé et prêt à reprendre la mer, Baghdad espère la fin de la crise socio-sanitaire et la restructuration d'un secteur de la pêche qui permettra à son fils Fethi, à ses autres enfants et à tous les pêcheurs de Kristel de bénéficier de l'aide qui leur permettra d'appréhender l'avenir sous de meilleurs auspices.
Le vieux pêcheur ne le cache pas : il en a assez de voir des responsables se "pavaner" dans les médias en annonçant des mesures d'aide aux pêcheurs sans que les enfants de Kristel en profitent. "Avant de prendre des décisions, les dirigeants doivent descendre sur le terrain et discuter avec les hommes du métier. Cela évitera la perte de temps et d'argent et permettra de développer le secteur et de sortir les professionnels de la pêche des difficultés dans lesquelles ils continuent de se débattre", termine-t-il.


S. Ould Ali


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