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"Se vacciner ne dispense pas des gestes barrières"
Dr Rachid Chahed, spécialiste en pneumologie
Publié dans Liberté le 14 - 07 - 2021

Le confinement total comme cela a été fait avant est une erreur. Nous avons bien remarqué que même dans les pays développés, le confinement total n'est pas la meilleure solution", soutient le pneumologue Rachid Chahed.
Liberté : Avec plus de 800 cas quotidiens, nous constatons un rebond des contaminations ces dernières semaines. Cette 3e vague est-elle plus inquiétante que les précédentes ?
Dr Rachid Chahed : Tout le monde est unanime pour dire que nous sommes en pleine 3e vague et les chiffres que nous avons sont sûrement sous-estimés parce que ce ne sont pas tous les patients qui sont testés. Mais 800 cas déjà est un chiffre important qu'il faut revoir à la hausse. Il y a des indices indirects et très précis : les structures de santé sont débordées, que ce soit en médecine libérale ou dans les hôpitaux, et ce qui nous inquiète, c'est que tous les lits dédiés à la réanimation sont complets. J'ai même suivi une émission sur une chaîne de la Radio nationale où la commentatrice appelait les patients à se déplacer dans les wilayas limitrophes d'Alger où il y a de grandes structures, mais qui sont dépassées par cette 3e vague.
Maintenant, ce qui nous inquiète, c'est surtout le variant Delta, parce que c'est un variant qui est 60 fois plus contagieux que le variant précédent. Cela nous inquiète dans la mesure où l'on risque d'avoir beaucoup plus de malades et, probablement, cette 3e vague sera encore plus importante. Mais pour rassurer quant à la mortalité, le virus ne tue pas autant que le virus précédent, même si on enregistre beaucoup de cas. Donc indirectement, nous aurons également beaucoup de décès, non pas par rapport à la gravité du virus lui-même, mais par rapport à l'augmentation du nombre de cas. Justement, concernant le variant Delta, je dois rappeler que depuis l'apparition de la Covid-19 à Wuhan en 2019, il a muté plus de 6 000 fois : le virus Alpha, c'est le variant britannique, le virus Beta le variant sud-africain, le virus Gama le variant brésilien et le virus Delta est la variant indien qui a touché dans un premier temps l'Angleterre en raison des relations intenses entre les deux pays et qui touche aujourd'hui plus de 100 pays, dont le nôtre. Les projections des experts disent qu'à la fin du mois d'août, 95% des souches circulantes seront celles du virus Delta dont la caractéristique est qu'il est 60 fois plus contagieux que les précédents virus.
Qu'en est-il de la situation dans la wilaya de Tizi Ouzou ?
Au CHU, les structures sont saturées, nous avons même rouvert les structures initialement dédiées à l'endocrinologie ou à la rééducation fonctionnelle pour accueillir le flux des malades qui déferlent chaque jour. Même les structures périphériques regorgent de malades, et le gros souci justement, ce sont les services de réanimation. Malheureusement, nous n'en avons pas suffisamment, et malheureusement aussi, la crise ne nous a pas servi de leçon pour ouvrir d'autres services. Lorsque l'on sait que nous sommes toujours à 5 000 lits de réanimation alors que l'une des prérogatives importantes de la tutelle, c'est d'ouvrir des services de réanimation.
D'aucuns disent que le relâchement général quant aux mesures de protection serait à l'origine de cette situation. À votre avis, n'est-elle pas due aussi au retard accusé dans la vaccination et au recul en matière de sensibilisation ?
Nous ne pouvons pas tout mettre sur le compte du relâchement dans le respect des gestes barrières, je pense que les causes sont multiples, soit multifactorielles. Le relâchement en est une cause effectivement, puisque nous avons observé ces dernières semaines un relâchement flagrant, et c'est préjudiciable surtout à l'approche de l'été où il y a beaucoup de fêtes et les rassemblements sont plus importants et nombreux. Par conséquent, le non-respect des mesures barrières aggrave et favorise l'éclosion de l'épidémie. Le second facteur, c'est que nous accusons un retard criant dans la vaccination. Nous avons tout tenté au début, ensuite, il y a eu ce retard, et ce n'est que maintenant que nous réceptionnons une importante quantité de vaccins, et il n'est jamais trop tard pour bien faire. Aussi, il faut souligner que nous ne pouvons rien face à l'évolution cyclique de ce virus : nous avons remarqué des accalmies et des reprises dans tous les pays du monde parce que jusqu'à présent, nous ne connaissons pas encore le fonctionnement de ce virus. Il y a beaucoup de zones d'ombre. Ce n'est pas comme le virus de la grippe saisonnière dont nous savons quels mois il sévit, la période du pic de l'épidémie et quand et comment nous faire vacciner.
Au début de la campagne de vaccination en février dernier, les personnes étaient réticentes, mais ces derniers temps, nous observons un engouement de la population. Est-ce un effet de panique ou une prise de conscience ?
Je pense que c'est un mélange des deux ! Il y a un effet de panique et une prise de conscience, même si elle n'est pas encore générale, mais on sent quand même l'engouement et une curiosité chez de nombreuses personnes qui nous contactent pour se renseigner sur la vaccination, c'est déjà bien. Maintenant, beaucoup de choses ont été dites sur les vaccins, mais il serait judicieux de faire un rappel de l'évolution des choses. En fait, il y a trois types de vaccin : il y a ce qu'on appelle le vaccin conventionnel inactivé où l'on tue le virus, et à travers ce virus tué, on fabrique un vaccin qu'on injecte à la personne puis on a une réaction de défense qui va protéger le patient, c'est le cas de la grippe par exemple ; le 2e type, et c'est toujours dans les vaccins conventionnels, nous avons les virus vivants mais atténués, il n'est pas très agressif mais très immunogène comme le BCG, le vaccin contre la tuberculose, mais il s'agit d'un vaccin qui ne peut être injecté à tout le monde ; puis comme 3e type, nous avons ces nouveaux vaccins à ARN et ADN. C'est une technique très innovante où l'on utilise l'ADN pour les vaccins comme le Sputnik V, l'AstraZeneca et Johnson & Johnson. C'est ce qu'on appelle les vaccins à vecteur ADN. Ensuite, nous avons la catégorie de vaccin à ARN utilisés, notamment en France et aux USA.
Beaucoup d'encre a coulé concernant ces vaccins. Pourquoi ? On sait que ce sont des vaccins qui entraînent une très très bonne immunité cellulaire et humorale dans le sang et dans les cellules, mais le devenir à long terme n'est pas encore connu parce que ce sont de nouveaux vaccins, et c'est comme cela qu'on a eu quelques accidents avec le vaccin AstraZeneca où il y a eu quelques cas de thrombose. Il est bon de préciser qu'en France, sur 5 millions de personnes vaccinées, il y a eu quelque 50 accidents avec 13 décès, pour le vaccin ARN, il a été noté que sur 40 millions d'injections faites en France, il y a eu une trentaine de cas de myocardite, tout cela nous devons le savoir. Mais d'après les scientifiques qui sont pour ces vaccins, ils disent que la balance bénéfice-risque est en faveur de ces vaccins, donc les accidents à court et à moyen termes sont très rares, mais pour les accidents à long terme, nous ne pouvons pas nous prononcer car nous n'avons pas le recul nécessaire.

Le gouvernement a annoncé une série de mesures telles que l'interdiction des fêtes et des rassemblements, le renforcement des contrôles quant à l'application des mesures sanitaires. Est-ce suffisant pour affronter cette 3e vague ?
Bien sûr que ce n'est pas suffisant, mais la contagion est devenue importante au sein de la population et c'est pour cela que nous invitons les gens à un niveau de conscience et au civisme. Normalement, nous n'avons pas besoin de mesures du gouvernement pour appliquer les mesures barrières, mais malheureusement, nous constatons qu'il y a un relâchement, donc ces mesures ne seront qu'utiles pour, justement, essayer de maîtriser la situation car, comme je l'ai dit précédemment, le virus est 60 fois plus contagieux que le virus habituel. D'ailleurs, nous avons constaté que dès qu'une personne est malade, elle contamine toutes les autres. Les mesures de ce type sont utiles lorsqu'elles sont associées à une prise de conscience de la population.
Certains spécialistes préconisent l'exigence d'une carte de vaccination pour accéder à certains espaces publics et indirectement rendre le vaccin obligatoire. Êtes-vous de cet avis ?
Certains pays comme la France semblent exiger actuellement dans les espaces publics, tels que les cinémas et les théâtres, un certificat de vaccination, mais cette mesure peut être perçue de deux manières : tout d'abord, comme une forme d'exclusion qui peut entraîner de la violence, mais aussi démotiver les gens. Personnellement, je ne suis pas pour ces mesures. Chaque pays a ses spécificités et je pense qu'on ne peut pas extrapoler ce qui se passe en Europe pour l'appliquer chez nous. À notre niveau, je pense qu'il faut accélérer la vaccination, mettre à la disposition des populations les vaccins, avec une remarque importante : en cette période de forte contagion, il faut être très prudent. Toute personne suspecte ne doit pas se faire vacciner parce que si on se vaccine alors qu'on a le virus, la maladie risque d'être explosive. Pour les gens qui ont déjà contracté le virus, il faut un minimum de trois mois après la guérison pour se faire vacciner, puis, pour augmenter les chances de réussite, faire le vaccin et le rappel. La personne qui doit se vacciner doit être en bonne santé.
Le ministre de la Santé a déclaré tout récemment qu'il préférait une vaccination massive et exclut un retour au confinement. Estimez-vous que la vaccination suffit pour faire face à la situation actuelle ou faut-il durcir davantage les mesures comme le préconisent certains spécialistes ?
Je pense que le confinement total comme cela a été fait avant est une erreur. Nous avons bien remarqué que même dans les pays développés, le confinement total n'est pas la meilleure solution. Cela a été appliqué au début parce que nous ne connaissions pas la maladie et nous avons vu toutes les conséquences sur la population, il ne faut pas se voiler la face, nous sommes dans un pays où il y a beaucoup de personnes qui travaillent à la journée, et si nous leur supprimons leur moyen de subsistance, déjà difficile, nous risquons de nous retrouver dans des situations vraiment particulières. Nous avons vu que beaucoup de secteurs ont souffert et aujourd'hui encore, ils éprouvent beaucoup de difficultés à sortir la tête de l'eau. Les deux mesures salutaires à mon sens sont la vaccination massive et le respect strict des gestes barrières, et là, j'invite les personnes à restreindre les fêtes à la famille proche et en finir avec toutes les attitudes de relâchement, sinon, nous attiserons l'épidémie. J'incite également ceux qui se sont fait vacciner à continuer d'observer les gestes barrières car jusqu'à aujourd'hui, tous les vaccins anti-Covid ne permettent pas d'éviter la contagion. C'est-à-dire que la personne vaccinée n'est pas à l'abri de la maladie et surtout présente un risque d'essaimer le virus dans la collectivité. Le but de la vaccination, c'est d'éviter les formes graves de la maladie et les hospitalisations dans les services de soins intensifs pour soulager, un tant soit peu, les structures de réanimation. Donc, se vacciner ne dispense pas des gestes barrières.


Entretien réalisé par : Samir LESLOUS


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