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Chronique d'un conflit sans fin
Publié dans La Nouvelle République le 15 - 07 - 2012

Les Figues rouges de Mazâr parlent de l'Afghanistan. Les quatorze nouvelles de ce recueil de Mohammad Hossein Mohammadi sont des variations sur la guerre, la mort et l'amour en temps de turbulences. Un volume époustouflant de talent et de maîtrise.
La littérature moderne de l'Afghanistan est une littérature de l'exil. Ses principaux représentants, issus des 2,5 millions de réfugiés afghans dans le monde, ont pour noms Khaled Hosseini auteur de Les Cerfs-volants de Kaboul ; Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008 pour son roman Syngué sabour ; Spôjmaï Zariâb, auteur de deux recueils de nouvelles Ces murs qui nous écoutent et La Plaine de Caïn ; Asef Soltanzadeh, auteur de pièces de théâtre et de recueils de nouvelles dont Perdus dans la fuite, pour ne citer que les plus connus. Réfugiés en Occident, mais aussi pour certains en Iran ou au Pakistan, ces écrivains afghans d'une nouvelle génération se sont fait connaître en publiant de mémorables récits de guerre, d'éloignement et de nostalgie du pays natal. Trente ans de guerre cataclysmique et d'atrocités continuent de peser douloureusement sur l'imaginaire des écrivains, comme en atteste le remarquable recueil de nouvelles qui vient de paraître en traduction française, sous le beau titre Les Figues rouges de Mazâr. Mazâr sous les obus Son auteur, Mohammad Hossein Mohammadi est journaliste de formation. Il dirige le département du journalisme de l'université populaire d'Avicenne à Kaboul. Né en 1975 à Mazar-e-Charif, la grande ville du nord de l'Afghanistan, il a grandi en Iran. A l'âge de six ans, avec toute sa famille, il avait fui son pays natal secoué alors par la guerre civile. Auteur de deux romans et d'un recueil de nouvelles, Mohammadi revisite dans son quatrième livre (le premier à paraître en traduction française) la ville de son enfance. La nostalgie de la douceur de vivre d'un Afghanistan perdu à tout jamais est signifiée dès le titre (Les Figues rouges de Mazâr). Un titre évidemment ironique, car les 14 nouvelles qui constituent ce volume ont pris le parti de raconter la beauté et la magnificence du passé sur le mode de l'absence, mettant en lumière les terribles ravages perpétrés par la guerre. Sous la plume alerte et inventive du nouvelliste, les «figues rouges» deviennent le symbole du sang versé et de la tragédie afghane. La nouvelle éponyme du volume est emblématique du chaos apocalyptique qui a pris possession du quotidien dans le pays du commandant Massoud. Mohammadi donne à voir avec sobriété et une étonnante économie de moyens une ville sous les obus, ses rues désertes, ses hommes et ses femmes qui tentent de survivre, de s'organiser, de s'entraider malgré le péril qui risque de s'abattre sur eux à n'importe quel instant. La vie défie la mort, tout comme le figuier en pleine floraison résiste contre les moineaux menaçant de se ruer sur ses fruits mûrs. Des figues rouges comme les joues de la petite Zara, l'héroïne de la nouvelle. Celle-ci s'attarde sous le figuier qui luit sous le soleil dans la cour de sa maison. La petite est à la recherche d'une figue mûre qu'elle aimerait offrir à sa grand-mère. «Parce que sa grand-mère raffole des figues. Quand elle met une figue dans sa bouche édentée, Zara ne la quitte plus des yeux. Dans ces moments-là, le visage de sa grand-mère lui semble agréable, très agréable.» La petite fille finit par trouver exactement ce qu'elle cherchait. Mais, lorsqu'avec la figue rouge serrée dans sa main, elle arrive chez l'ancêtre, il est trop tard. La vieille dame s'en est allée. Aussi incongru que cela puisse paraître, on meurt aussi de vieillesse dans un pays en guerre ! Des récits finement ciselés La mort est le thème central de ce volume. Elle est racontée par les survivants des tueries, mais aussi parfois par les morts eux-mêmes, comme dans la nouvelle qui ouvre le recueil. Ses personnages sont des zombies, des morts-vivants qui reviennent sur les lieux où ils ont été abattus d'une rafale de kalachnikovs. Un père, son fils et son frère sont ressuscités lorsque les leurs viennent retirer leurs cadavres du puits où leurs meurtriers les avaient jetés. Ils se remémorent entre eux les circonstances de leurs meurtres sanglants aux mains d'un jeune qui voulait venger les siens. Le fantastique se mêle au comique lorsque l'un des trios ressuscités éclate de rire en découvrant qu'il ne boîte plus comme il le faisait de son vivant ! Dans une autre nouvelle, à la stratégie narrative finement ciselée, un vieil homme est abattu par des soldats sous les yeux de ses petits-fils terrés dans la cave de la maison. Juché sur les épaules de son frère, le plus jeune des deux garçons raconte ce qu'il voit par la vitre de la petite fenêtre qui donne sur la cour. Il voit les soldats attacher son grand-père à leur Jeep avec une corde. Alors que retentit le cri du vieillard traîné à travers la ville, le jeune Golow court vers la porte en sanglotant, mais est rattrapé à temps par son frère aîné qui, lui, sait ce qu'ils risquent s'ils sont découverts par les militaires. «Aucune lumière ne pénétrait de l'extérieur.» C'est sur ce constat à double entente que se clôt cette histoire dramatique et poignante. Le désert des tulipes Comme dans les contes traditionnels persans dont ces récits en dari (persan parlé en Afghanistan) sont héritiers, l'histoire et la politique ne sont jamais très loin. Notamment dans la nouvelle intitulée Le désert de Leyli qui s'inspire d'un drame survenu dans les premiers mois de l'invasion américaine. En 2001, suite à la prise de Mazar-e-Charif, plusieurs milliers de prisonniers talibans furent transférés vers l'intérieur du pays. Enfermés dans des conteneurs, beaucoup périrent asphyxiés pendant le transfert. D'autres furent capturés et exécutés par les troupes du puissant seigneur de guerre local lors du passage du convoi à travers la région désertique que les Afghans appellent le Dasht-e-Leili, la steppe ou le désert des tulipes. C'est ce terrible massacre que raconte Hossein Mohammadi dans son texte construit au plus près de l'atroce où la voix du narrateur sonne comme un long et poignant appel au secours. «Je sens des coups contre les parois du conteneur. Les hommes frappent avec n'importe quelle partie du corps. Peu à peu, le dong dong des coups donnés par les pieds et les mains liés et les têtes restées libres résonne. Tous les hommes hurlent et le dong dong des têtes heurtant la paroi retentit de plus en plus fort. J'ai du mal à respirer. Je hurle. Je frappe ma tête contre la paroi du conteneur. Dong dong... Tous crient et frappent contre la paroi. Des coups de poing, des coups de pied, des coups de tête. Dong, dong.» Chronique d'un conflit sans fin, les nouvelles de Mohammad Hossein Mohammadi frappent par leur force, leur lucidité et leur stupéfiante intensité. Le lecteur est saisi d'emblée par l'art narratif de ce jeune conteur qui mêle avec un époustouflant brio le souffle de Shahrazade avec la sophistication des narrations modernes. Il est urgent de découvrir cet auteur talentueux et prometteur.

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