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«Le FNTA, antichambre du théâtre semi-professionnel et professionnel»
Publié dans La Nouvelle République le 26 - 08 - 2016

Aziz Mouats, universitaire, journaliste et chercheur en histoire, est l'auteur de «Tigditt, quand le théâtre s'emballe» retraçant la saga du Festival national du théâtre amateur (FNTA) de Mostaganem. Dans cet entretien, il dresse le bilan de cette magnifique aventure culturelle et humaine, lancée un certain 1er septembre 1967.
50 ans d'existence, c'est presque l'âge de l'Algérie indépendante. Quel bilan peut-on faire du Festival du théâtre amateur de Mostaganem, le plus ancien à l'échelle arabe et africaine ?
Aziz Mouats : A l'analyse de ce bilan, on peut y déceler de réels et puissants signes de vitalité. Une vitalité qui s'alimente à une sincère exaltation chez la quasi-totalité des jeunes amateurs du 4ème art. En effet, depuis la première édition, ses initiateurs ont su donner une image très positive du festival. Plusieurs facteurs ont concouru à façonner cette renommée : l'étonnante et prolifique couverture médiatique des deux premières décades, le bras de fer permanent entre l'appareil du parti et la manifestation, la quasi-totale liberté d'expression que seul le théâtre autorise et la générosité de la population de Mostaganem qui s'est mise en totale symbiose avec les festivaliers.
Sur le plan national, il est incontestable que ce festival a surtout été un catalyseur de toute la sphère culturelle.
Il suffit de voir le nombre de troupe qui ont émergées grâce au FNTA. Timides et souvent timorées dans leurs premières tentatives, ces troupes ont fini par s'imposer, non seulement à l'intérieur mais aussi à l'étranger. En termes de chiffres, on peut estimer qu'avec une moyenne de 12 représentations/an -dans les années 70 on a vu passer plus de 30 pièces par édition- on arrive à plus de 600 pièces, dont certaines ont été jouées plusieurs fois. En nombre de comédiens, le chiffre de 5 000 à 6 000 acteurs ayant transité par le FNTA paraît tout à fait raisonnable. Le FNTA est l'antichambre du théâtre semi- professionnel et professionnel.
La «vie» du festival n'a pas été un long fleuve tranquille. Comment ses initiateurs ont pu dépasser tous les écueils et embûches ?
Dès le départ, la manifestation a été placée sous le signe de la solidarité et de la rigueur budgétaire. L'opulence venant, il y eut beaucoup de déperdition et de gaspillage. Combien de fois la manifestation a failli ne pas se tenir ? Pourtant, hormis une seule fois, le festival a été au rendez-vous. Cette continuité, nous la devons en grande partie aux subventions publiques nationales et locales. Dès le départ, ce sont les Mostaganémois qui ont en fait une question d'honneur. Puis il y eut cet engouement sans pareil des troupes amateurs.
Dont certaines feront partie du décor durant plusieurs années. C'est le cas du CRAC et du GAC de Constantine, de la troupe «Houari Boumediène» de Guelma, du Mouvement théâtral de Koléa, du Prolet Kult de Saïda, de Mahfoud Touahri de Miliana. Ce sont ces troupes qui ont structuré le festival, avec bien entendu l'apport des amateurs de Sidi Bel Abbès, de Boumerdès, d'Oran.
Bien entendu, le festival a eu ses années de vaches maigres. Mais l'engouement des troupes a été toujours plus fort. Dire que dès le début, on a failli le délocaliser vers Alger ! Puis avec le temps, les planches de Mostaganem sont devenues un passage prisé et obligé. En dépit de quelques ratés mémorables, il trouvera toujours un ultime souffle d'orgueil pour le pousser vers l'avant. Parce qu'il reste après tout une simple et attrayante aventure humaine.
50 ans après, quel a été l'impact du festival de Mostaganem sur le paysage culturel national ? A-t-on définitivement réglé la polémique Théâtre mateur/Théâtre professionnel ?
Il est indéniable que l'impact sur la sphère culturelle et celle médiatique a été important. La plupart des journalistes et critiques se sont formés à travers la couverture du festival. Au niveau du paysage culturel national, il est évident que le challenge des planches de Mostaganem a été une formidable rampe de lancement.
Après tant d'années, le festival de théâtre amateur demeure incontournable dans la vivification de l'art dramatique national. C'est lui qui permet, à la plupart des troupes amateurs, de passer sans difficultés le gué agité qui donne accès à un statut intermédiaire ou «théâtre semi-professionnel».
Un statut hybride qui permet aux troupes qui y accèdent de garder un pied dans le festival de Mostaganem et l'autre, dans le festival professionnel. Pour un puriste de l'art scénique, il est parfois insolite de voir que la qualité du théâtre «professionnel» reste en deçà de celui produit par certaines troupes «amateurs». Cette polémique est plutôt salutaire, puisqu'elle favorise le challenge et la créativité. Le théâtre amateur a aussi pour lui le droit à l'insolence. A leur première apparition, les sociétaires de Bordj Ménaïel furent littéralement atomisés par les critiques.
C'est Si Djilali qui viendra alors à leur secours en disant à leurs nombreux contradicteurs «méfiez-vous des ces jeunes acteurs, vous allez longtemps les avoir sur le dos» !
La troupe d'adolescent, sous la conduite d'Omar Fetmouche, venait de signer un contrat de 17 participations sans interruption.


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