Qui n'a pas, quelquefois pour des raisons valables, n'a pas menti dans sa vie ? Les gens peu scrupuleux en font un moyen de parvenir au succès. Mentir est un acte banal qui s'impose pour arriver à ses fins, résorber un problème, tromper sans gêne. C'est une question d'éducation, de comportement vis-à-vis des autres dans un milieu bigarré où les uns luttent pour la survie et où d'autres ne font aucun effort pour baigner dans l'abondance. La vie est faite de différences et d'injustices. C'est un besoin naturel pour compenser des manques, sinon des insuffisances qui portent préjudice pour une bonne majorité, mentir est un mal contre lequel il convient de lutter avant qu'il devienne épidémique et ce, pour sauvegarder sa renommée en tant que personne, avoir un comportement irréprochable. Un thème de prédilection en littérature Mentir pour mieux se servir auprès du monde qui nous entoure comme le font les Philanthropes qui n'ont nul souci que l'on découvre leurs pratiques illicites. Ce qui compte, c'est de vivre et si possible dans l'aisance. « La pauvreté n'est pas un vice mais le mensonge en est un grand ». On se met en colère parce que d'autres mentent aussi facilement qu'ils respirent comme les personnages des comédies de Molière, universelles puisqu'elles traitent du thème sans heurter personne. Les Philanthropes se servent sans gêne en se faisant passer pour ce qu'ils ne sont pas. Mais peu importe, ce qui compte, c'est d'arriver, c'est ce type de langage qu'on entend souvent dans quelques sociétés où les principes de moralité sont bannis : gagner au mérite, réussir par l'effort, avec la conscience tranquille, aider autrui dans ses difficultés pour l'aider à se construire et à considérer le succès comme le fruit d'un travail tenace. Et dans les romans, que de personnages malhonnêtes qui servent avant tout à donner du piquant au roman. L'auteur de « J'accuse », Emile Zola présente les menteurs comme des « sans gêne ». « J'accuse » est un texte journalistique assez copieux, écrit sur un ton de dénonciateur pour apporter la preuve que celui qui a été accusé de traitrise, l'a été sur la base d'un complot monté de toutes pièces. En réalité, le type « menteur » revient souvent dans les œuvres passionnantes mettant en relief des situations conflictuelles, soit dans les couples qui ont bâti leur union sur le mensonge, soit dans les relations amicales qui ne durent qu'un temps parce qu'il y a un manque de sincérité qui finit par se découvrir. Le mensonge, est un sujet de prédilection au théâtre qui se veut réaliste. Les menteurs sont de tous âges Plus grave encore le mensonge lorsqu'il est lié à l'escroquerie. Il faut écouter les gens pour s'en rendre compte. Un chauffeur nous raconte qu'un jour un monsieur bien habillé est venu à la station de taxis, lui demander de transporter une femme à Hydra, une course de 2 000 DA ; il fallait la pendre d'une autre wilaya vers Hydra. « J'ai eu confiance pour sa parfaite tenue vestimentaire lorsqu'il m'a dit qu'il m'apporterait la somme dès mon retour. Il s'est avéré que le bâtiment d'où il était sorti avait deux portes et il m'a assuré qu'il habitait là face à la station de taxis. A mon retour, quelle a été ma déception de ne pas le voir venir me remettre la somme. Le lendemain c'était pareil et les jours suivants, cela a duré depuis deux mois, le mensonge a été suivi d'escroquerie. Le ment est devenu synonyme d'escroc et c'est monnaie courante. On marie son fils avec l'argent des autres : du marchand de légumes et fruits et du boucher qu'on ne paie pas. Cela s'est passé tout récemment et lorsque ceux qui vous ont procuré de quoi faire la fête, vous leur montrez du doigt le chemin du tribunal. Les créanciers finissent par être convaincus qu'il est vain de les poursuivre puisque vous n'avez aucune preuve. Aucune preuve pour ce bonnetier qui a accepté d'habiller de neuf les enfants d'un menteur escroc, une affaire de 2 millions de centimes qu'il a promis de payer après la fête. Le propriétaire de bonneterie a été obligé de fermer pour changer de métier. Il n'a pas reçu un sou de l'escroc qui ose même, sans le moindre regret, le regarder en face. C'est le volé qui baisse la tête parce qu'il n'ose pas affronter le voleur escroc. Pour agrémenter ces histoires fantastiques, il faut en ajouter celle du marchand de volailles escroqué par un vieux qu'il a dû croiser plusieurs fois à la mosquée. Le fervent pratiquant s'est présenté à lui un vendredi et ce n'est pas un hasard. Ya khouya, de la famille est venue chez moi, des beaux-parents. Peux-tu me choisir deux gros poulets, les plus gros possibles. Mis en confiance, le marchand lui prend les meilleurs, il les pèse et les remet au vieux qui lui assure que demain la poste va s'ouvrir, qu'il irait retirer l'argent nécessaire pour le payer et qu'il n'avait rien à craindre pour percevoir ses 2 400 DA. Il a attendu son client toute la journée, le dimanche, les jours suivants, les mois suivants. Il a été escroqué. Une histoire inimaginable mais vécu douloureusement par le pauvre marchand.