En effet, après deux mois de présence sur le trône, il a été déposé, et ensuite tué en l'espace de trois jours seulement. Et c'était son neveu, Abdallah, le gouverneur de Murcie, proclamé sous le titre d'El ‘Adel (le Juste), qui a pris le pouvoir et obtenu la reconnaissance de son frère Abou El ‘Ala Idris, gouverneur de Cordoue, ainsi que celle de Grenade et Malaga. Il a eu à peine le temps de contracter quelques alliances avec le roi de Castille, pour la sauvegarde de l'Andalousie, affirmait-il, que d'autres soulèvements de populations ont eu lieu au Maghreb et un mécontentement général des Andalous s'est produit en voyant leur royaume s'effriter sous le prétexte de bonnes ententes pour leur sécurité. El ‘Adel sera tué, en 1227, comme son prédécesseur. Bien avant, Abou El ‘Ala Idris, son frère se rebelle contre lui, se fait proclamer «El-Mamoun» (qui inspire la confiance), suscite et recueille les allégeances de plusieurs gouverneurs Andalous, et à leur tête le gouverneur de Valence, ainsi que d'autres dans le Maghreb occidental, ceux de Ceuta et Tanger. Il prend d'autres assurances avec les notables almohades à Marrakech et leur demande de reconnaître son pouvoir sur cette partie de la péninsule, tout en réprimant sévèrement son frère à qui il reprochait ses alliances infructueuses avec le Castillan Ferdinand III. Ce dernier, c'est-à-dire son frère, a été tué en son palais, ce qui lui a laissé le chemin libre pour monter sur le trône. Mais les dissensions redoublaient d'effort et les clivages se faisaient de plus en plus importants. De là, les réformes introduites par El-Mamoun ne plaisaient pas aux gens du culte, de même qu'une guerre civile a eu lieu, ce qui obligeaient les notables à choisir comme calife Abou Zaqaria Yahia, fils d'An Naçir, qui sera proclamé «El Mo'taçim l'Illah» (celui qui s'appuie sur Dieu) et montera sur le trône. Mais il était encore jeune, il n'avait que seize ans. Ainsi, quand ces informations sont arrivées en Andalousie, chez El Mamoun, ce dernier s'est précipité pour rejoindre le Maghreb à la tête d'une forte armée pour punir ceux qu'il traitait de dissidents. C'est alors qu'il a repris son trône, après avoir châtier ses adversaires politiques et ses contradicteurs parmi les gens du culte qui voyaient très mal ses déclarations et surtout ses mesures de rigueur exagérées prises contre les principaux cheikhs almohades qui n'ont pas tardé à précipiter la chute de l'Empire. Après une grande révolte en Ifriqiya et la prise de Tlemcen qu'il confiait ensuite aux Abdelwad, El-Mamoun est décédé durant sa marche de Ceuta à Marrakech. La rébellion s'était généralisée au moment de sa fin, le 17 octobre 1232, car à Ceuta un de ses frères, Abou-Moussa, s'y était fait proclamer calife. Le fils d'El-Mamoun, Abdelwahed, a succédé à son père sous le nom d'Er-Rachid. Il n'était âgé que de quatorze ans, mais sa réussite à Marrakech, il la devait à la sagacité et à l'adresse de sa mère Lalla Habbab, une chrétienne, imprégnée d'une haute intelligence, qui s'assurait du concours de trois principaux chefs de l'armée, Kanoun-Ibn-Djermoun, Omar-Ibn-Aoukarit, et Francil, qui était le chef de la milice chrétienne. Le nouveau souverain se hâtait d'accorder une amnistie générale en rétablissant certains usages religieux dont la suppression décrétée par son père avait causé en partie la révolte. Son règne, relativement plus long que celui de ses prédécesseurs, a été marqué par de grandes rivalités dont celle de son cousin «El Mo'taçim», même si d'importantes principautés se sont ralliées à son autorité, comme Séville et Algésiras. A sa mort, son frère Essaïd Abou El Hassen Ali «El Mo'tadhid», a pris sa place. Ainsi, avec son installation à la tête du califat, d'autres révoltes, encore plus symptomatiques, l'ont opposé au Zianides et aux Mérinides, ce qui lui a coûté la vie au cours d'une bataille contre les Banou-Ziane le 23 juin 1248. Son trône a été repris par Essaïd ‘Amr Ibn Abi Ibrahim Ishaq qui se faisait appeler «El Mortadha» et qui était un arrière-petit-fils d'Abou Youssef Yacoub El-Mançour. Il n'a régné que sur Marrakech et sa région et a payé tribut aux Mérinides. El Mortadha a essayé tous les moyens pour sauver l'Empire et la dynastie des Almohades, mais d'importantes rivalités et de sérieuses conquêtes au niveau des chrétiens en Andalousie et des Mérinides au Maghreb ont fait chuter le trône et l'Empire peu après son intronisation. C'est son cousin Abou El `Ula El-Wâthiq Idrîs, qui lui a succédé après l'avoir assassiné. Ainsi, la chute de l'Empire almohade est survenue le 8 septembre 1269 après la prise de Marrakech par les Beni-Mérine (Mérinides), dont Abou Youssef Yacoub en était le premier souverain, non sans avoir profondément marqué l'Histoire andalouse. 17- L'apport scientifique et culturel en cette période Izemis Abou Skander n'a-t-il pas promis qu'en plus des chroniques «malheureuses», qu'il devait raconter pour être fidèle aux événements et au temps, il allait nous entraîner vers de belles évocations ? En effet, l'Histoire de l'Andalousie est ainsi écrite. Des larmes, des outrages et des intrigues, mais aussi de la culture…, beaucoup de culture, cet aliment de l'esprit dont les musulmans d'alors en étaient friands. Avec l'avènement des Almohades, la musique sombre et se loge dans les oubliettes car prohibée par le caractère puritain de la doctrine de cette dynastie. Ibn Toumert, fondateur de cette dernière, incitait ses partisans à détruire les instruments de musique. «Le calife Yaqoub El-Mansour ordonna d'arrêter les chanteurs et de les incarcérer partout où on les trouvait. Ils furent obligés de se déguiser et se dispersèrent à travers le pays. Le marché des chanteuses tomba dans le marasme, tant la demande était faible», relevait Mohamed Chérif Izemis Abou Skander, reprenant les affirmations d'un historien. Ainsi, la musique andalouse allait se confiner dans les «madihs», un genre de chants religieux en l'honneur du Prophète, qui devaient connaître une grande vogue par la suite. Ces cantiques puisaient leur inspiration de la musique andalouse. Ibn Khaldoun fournira, bien plus tard, des renseignements précieux concernant la musique au temps des Mérinides. Nous saurons hélas, qu'une partie non négligeable du répertoire musical semble avoir été perdue, et il n'en restait qu'une partie de l'école de Séville. Cependant, après la chute de Grenade, la musique connut un nouvel essor au Maroc car, des réfugiés grenadins qui s'y sont établis ont œuvré pour son renouveau. De même, que les interventions armées des chrétiens sur le sol marocain ont provoqué un mouvement nationaliste qui s'est traduit par un souffle religieux. Le peuple mettait son espoir de libération dans une renaissance de l'Islam. De nombreuses «zaouias» ont été fondées; pour lancer des mots d'ordre et se mobiliser à la guerre sainte. Il ne fallait pas perdre de vue que l'esprit des «croisades» était toujours là et qu'il fallait y faire face. Ces lieux du culte devenaient aussi des foyers d'enseignement du soufisme. Ainsi, la récitation du Coran, les «madihs», les cérémonies du «dhikr» faisaient partie de cet enseignement et tiraient leurs éléments musicaux du riche répertoire andalou. Le chant religieux prenait de l'ascendant sur la musique en général ou le chant profane durant cette période. Mais, sous les Alaouis, la musique andalouse reprenait de nouveau et accédait à son épanouissement en permettant l'éclosion de nombreux talents remarquables. S'il y a eu des embarras et même beaucoup d'ennuis au niveau de cette culture, non méprisable par ailleurs dans plusieurs pays, et dans d'autres domaines de la culture, on pouvait remarquer dans l'entourage des Almohades la présence de poètes célèbres comme Mohamed Ibn Abi El Abbas Assam'ani, Mohamed Ibn Habous, Ibn Charif dit Attaliq Al Marouani et Ibn Sayyed El Ichbili ainsi qu'une multitude de savants et d'érudits. Le calife Abd el-Moûmin El Koumi traitait les hommes de sciences avec beaucoup de déférence, étant lui-même poète de grand talent ainsi que ses enfants Abou Saïd Othmane, gouverneur de Grenade et Abou Omrane, gouverneur de Marrakech. Il aimait ces hommes, les aidait constamment et les rapprochait de lui. Il s'intéressait particulièrement aux sciences humaines et encourageait les historiens et les géographes et prenait en charge également les astrologues et les astronomes. Parmi eux il y avait Abdallah Ibn Mohamed Ibn Abdelmalek El Fassi et El Bétradji. Ce dernier s'illustrait par sa thèse concernant «les corps célestes», un travail apprécié et suivi par les savants de l'Europe, pendant la renaissance. Abd el-Moûmin El Koumi réservait aussi une attention particulière à la géométrie, l'algèbre et l'architecture et il se passionnait pour l'urbanisme ainsi que pour la réalisation d'infrastructures culturelles et religieuses. Les Européens ne disaient-ils pas de son époque : «Nous reconnaissons aux Almohades d'être de grands artistes… leur art est bien hispano-mauresque car il conserve maints éléments venus d'Andalousie. Il se caractérise par son appareillage soigné» ? Les mathématiques avaient également une place de choix dans l'Empire. On citera Ibn Fersoun El Qaïssi El Qortobi, Abdallah Ibn Mohamed Ibn Sehl El Gharnati. Il est à noter que la femme chez les Almohades n'était pas en marge de cette ébullition culturelle et scientifique. En leur temps, de nombreuses femmes brillaient par leur ingéniosité et leur compétence. Elles étaient nombreuses dans l'étendue de l'Empire. Nous nous arrêterons à celles qui vivaient en Andalousie et parmi elles, Oum ‘Amr, fille de l'éminent médecin du Moyen-âge Abou Mérouane Ibn Zuhr (Avenzoar), qui a brillé comme son père dans le domaine des sciences médicales, ou la poétesse Hafça Bent El Hadj El Roukomi dont les Européens en parlent abondamment dans leurs écrits en la glorifiant en tant que «grande poétesse andalouse du temps des Almohades». Ainsi, le mouvement de l'esprit était bien assuré et de nouveaux genres littéraires et artistiques ont vu leur naissance à cette époque. Tout se développait selon la volonté de cette pléiade de savants et d'hommes de lettres qui, malgré le climat politique, souvent très difficile, faisaient des prouesses pour placer l'Andalousie au rang de certains Empires qui se définissaient par leur avance scientifique et culturelle, notamment ceux des pays islamiques qui ont marqué la période médiévale… Les historiens aimaient comparer les souverains almohades à leurs frères les Abbassides. De là, Abou Yacoub Youssef Ibn Abdelmoumen devenait, à l'issue d'un rapprochement évident, le «El Mamoun» des Almohades. Logique et indéniable comparaison, puisque sa cour attirait les meilleurs auteurs et philosophes comme Ibn Tofaïl et Ibn Rochd. Sa riche bibliothèque, à l'image de celles de Bagdad, renfermait des dizaines de milliers de livres dans toutes les sciences et tous les arts. Ainsi, racontait Mohamed Chérif Izemis Abou Skander l'originalité et la grandeur qui n'étaient nullement contestables pendant ce règne des Almohades, un règne austère mais énergique où les forteresses et les mosquées l'emportaient sur les jardins et les palais, la philosophie et la poésie sur la musique et le chant. Il était tellement confiant dans ce domaine qu'il se lançait dans un agréable commentaire qui ne pouvait que relever le niveau de cette dynastie qu'on disait insensible aux plaisirs de la vie. A ce propos, et avant de quitter ce vaste domaine de la littérature, il racontait un fait exceptionnel qui s'était produit du temps de Yaqoub El Mançour qui était poète, lui-aussi. - Je veux que vous reteniez Ibn Zohaïr encore à Marrakech pour qu'il ait la nostalgie des siens à Séville. - Mais pourquoi donc ô respecté calife doit-il subir ce traitement alors que son petit l'attend. Il est resté longtemps chez nous. N'est-il pas opportun maintenant de le libérer pour qu'il rejoigne sa famille en Andalousie ? - Non ! Il n'est pas encore temps. Ibn Zohair est un fin poète. Et il va certainement composer un monument de poème pour se plaindre d'être loin de son petit enfant. Sa réaction va être ardente, fougueuse, et elle va nous dégager une formidable complainte qui fera date dans l'Histoire de la civilisation des Arabes. Je connais ses aptitudes, je connais sa force, son style et sa générosité dans la prosodie. En effet, le poème a été rédigé, un très beau poème que l'émir a beaucoup apprécié. Alors, en guise de récompense, lui a-t-il permis de rejoindre les siens ? Il lui a fait plus que cela, plus que ne pourrait imaginer quelqu'un qui ne connaît rien de cette formidable civilisation arabo-musulmane qui s'est estompée, malheureusement, parce qu'elle n'a jamais été entretenue. El Mançour, reprit Abou Skander, ordonna tout de suite d'honorer son hôte de la plus belle manière. - Je veux dit le calife qu'une équipe d'architectes parte à Séville pour voir et copier la demeure d'Ibn Zohaïr et le quartier environnant. Je veux que dès leur retour à Marrakech, les architectes se mettent au travail avec une autre équipe de constructeurs expérimentés pour reproduire la maison et le quartier à la fois. Rien ne sera laissé au hasard. Il faudrait que tout soit reproduit dans les moindres détails. Les travaux ont commencé aussitôt. Tous les moyens étaient mis à la disposition des constructeurs. Et, une fois les travaux finis, El Mançour amena avec lui Ibn Zohair qui retrouva, stupéfait, non seulement sa demeure mais aussi toute sa famille. Sa surprise avoisinait le rêve ou un conte des Mille et Une Nuits. La seconde moitié du XIIe siècle a été également une époque d'opulence pour l'Espagne musulmane, confirmait Abou Skander. Elle a été tellement riche de ses diverses productions agricoles et artisanales, que le règne d'Abou Youssef Yaqoub El Mançour s'est penché sur la réforme monétaire en même temps qu'il a doublé le poids de métal précieux du «dinar» d'or. Le calife El Mançour a été incontestablement à l'origine du «doublon». Le pays a atteint la prospérité, et plusieurs grandes villes ont connu un essor particulier, comme Séville, devenue sous les Almohades la capitale de l'Andalousie, Cordoue, Almeria, dont le géographe Al-Idrisi nous a donné une superbe description, Grenade, Majorque, Saragosse, Malaga et Valence. «Les fouilles des résidences rurales réalisées à Mertola, près de l'embouchure du Guadiana, et à Cieza, dans la province de Murcie, révèlent ce qu'était la qualité de la vie dans l'Espagne des Almohades où les plus fortunés consacraient beaucoup de temps aux plaisirs de la chasse ou de la table et perpétuaient, malgré le rigorisme religieux importé par les nouveaux maîtres du pays, un art de vivre hérité du califat omeyyade», reprenait notre conteur. Mais Mohamed Chérif Izemis Abou Skander, sans vouloir ignorer cet aspect nécessaire du monde de l'évolution, s'attachait à raconter un autre aspect florissant du temps des Almohades. Il remontait l'Histoire, en nous faisant revisiter ce temps de l'éclipse de Cordoue pendant le règne de ces derniers et l'avènement des Taïfas. Il était indéniable que dans cette ancienne capitale, avec ses trois cents mosquées et ses soixante-dix bibliothèques, dans une splendide ville qui était devenue, à la fin du Xe siècle, l'une des villes les plus brillantes du monde, ne naissent pas de grands savants qui feront date dans l'Histoire de l'Humanité. En effet, sont nés deux de ses plus grands enfants, ceux qui incarnaient le modèle du «vivre-ensemble» : le musulman Ibn Rochd, (Averroès) en 1126, médecin, juriste, mathématicien, astronome et philosophe aristotélicien qui nourrira la civilisation européenne jusqu'à la fin du Moyen Âge ou jusqu'à la Renaissance, et le juif d'expression arabe, Maïmonide, en 1138. «Ces hommes sont des fils posthumes, mais légitimes de la civilisation omeyyade d'Espagne. Et l'Alhambra de Grenade ne découle-t-il pas d'elle ?», écrira bien plus tard Jean-Paul Roux. Abou El Walid Ibn Rochd (Averroès) et Moussa Ibn Maïmoun Ibn Abdallah El-Qortobi El-Israïli (Maïmonide), deux enfants de Cordoue, produit d'une même civilisation, d'une même société symbiotique, d'une culture qui a atteint à l'époque un très haut degré de raffinement et qui était à son apogée. Ils ont été, incontestablement, deux maîtres de la science juridique, deux médecins et deux philosophes. Ils ont vécu à la même période, sous le même régime, celui de la dynastie des Almohades. Pour ce qui est d'Ibn Rochd, il a commencé sa carrière en exerçant les fonctions de Qadi, ensuite il a été promu «Qadi el Qodhate» – une fonction éminemment religieuse dans la société musulmane – «en rapport étroit avec la connaissance de la loi révélée, de ses développements théologiques et ses prolongements juridiques et jurisprudentiels». Le jeune n'a rien inventé en choisissant cette carrière juridique, puisque déjà ses parents, son père et son grand-père, ont formé une grande lignée de magistrats cordouans, et ont servi fidèlement les Almoravides. Ibn Rochd était également philosophe et a reçu du calife la mission d'enseigner Aristote. Il en était le commentateur et l'interprète de cette sommité de la philosophie de l'époque. Ainsi, «le commentaire qu'il fait prolonge avec tant de profondeur et d'originalité la pensée du maître grec, que beaucoup s'en saisissent pour approfondir leurs conceptions philosophiques. Le savant musulman devient ainsi, après sa mort, l'introducteur d'une vraie méthode philosophique dans les universités chrétiennes, à commencer par celle de Paris. De cette manière, il parachève la transmission des savoirs du monde islamique médiéval au monde chrétien médiéval, qui se trouve ainsi re-hellénisé par ce transfert.», affirment avec honnêteté les historiens. Il a laissé beaucoup d'idées et d'importantes œuvres dans le domaine philosophique. Les plus connues, son Traité décisif sur l'harmonie entre la religion et la philosophie (Kitab façl el-maqal), avec ses deux annexes : le Damina, l'«Appendice» et «Manahidj el adilla» qui infirment les sophismes concernant les fausses interprétations de la foi. Parce que Ibn Rochd, en philosophe conscient, marqua nettement la différence qui le séparait d'Aristote : «le moteur immobile, qui attire vers lui tous les êtres, et qui est pensée de la pensée, n'a rien à voir avec le Dieu du Coran, Transcendant et Créateur, disant à chaque chose : Sois ! Et elle est». Cela n'empêchait pas certains, dans l'entourage du calife de l'époque, de l'accuser d'hérésie, de brûler ses livres de philosophie et de le bannir. En plus de la jurisprudence et de la philosophie, il convient d'ajouter qu'il était un grand médecin, attaché à ses débuts à la personne du souverain Abou Yacoub Youssef. Ses études dans le domaine de la médecine l'ont amené à produire un traité encyclopédique, d'une rare importance. Il a été également le premier à émettre «l'idée fondamentale de l'immunologie». Quant à Maïmonide, cet enfant issue d'une famille de Rabbins et de hauts dignitaires juifs, il deviendra un personnage d'une grande renommée. Son parcours était presque identique à celui de son contemporain Ibn Rochd. Homme de religion, philosophe et médecin, trois fonctions capitales dans sa biographie le faisaient maître de la pensée juridique, de l'esprit universel réconciliant dans son «Guide des égarés» la tradition juive et la sagesse d'Aristote, et enfin pratiquant la doctrine d'Hippocrate en laissant de côté cette conception fidéiste au profit d'une conception expérimentale. A conter toutes ces figures illustres de l'Histoire andalouse, l'on comprend que le XIIe siècle fut rayonnant pour cet Occident musulman, malgré les discordes et les querelles des Taïfas et leurs alliances, souvent sous fond de forfaiture, confiait Mohamed Chérif Izemis Abou Skander. Encore une fois, reprend-il, je ne terminerai pas mon exposé sur cette période sans vous entretenir de deux autres géants du prosélytisme, deux Andalous qui firent parler d'eux dans le monde ô combien mystique de l'ascétisme. Il s'agit de Abou Médiène et son élève spirituel Mohieddine Ibn ‘Arabi.