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Mémoires anachroniques de l'Andalousie perdue
Publié dans La Nouvelle République le 21 - 05 - 2019

Restons dans le domaine de la médecine pour en savoir davantage que le califat de Cordoue a été, en plus de son aspect artistique, l'un des principaux centres scientifiques du Moyen-âge. N'hébergeait-il pas d'éminents savants aux vastes connaissances en médecine et qui, de plus, se caractérisaient par leur avance sur leurs confrères chrétiens qui vivaient sous d'autres cieux ? Ne sommes-nous pas fiers d'apprendre, nous les descendants de cette lignée d'honorables andalous et de grands savants, que le traité de chirurgie d'Abulcasis fait partie des ouvrages médiévaux les plus importants qui aient été écrits en la matière ?
Oui, nous le sommes ! Mais Ecoutons Mohamed Seghir Ibn Arba, un jeune médecin, un autre Andalou de Cordoue, d'origine berbère. Sa maison se trouvait juste tout près du domicile de l'ambassadeur Ahmed Touilledj-Izemis, dont il nouait de bonnes relations avec ses enfants, tous deux de bons cordouans, l'un, officier dans l'armée du calife, l'autre professeur à l'Université, responsable d'une chaire de philosophie. Ce voisinage n'avait rien de secret. La seule raison est que les deux familles étaient de la même origine, toutes deux avaient des ancêtres du Maghreb central. Mohamed Seghir Ibn Arba a été d'abord un de ses contemporains, que dis-je, celui qui le connaissait bien, un de ses assistants, qui l'accompagnait, qui le secondait et qui lui était fidèle, constamment, jusqu'à sa mort. Cet autre médecin qui se faisait appeler Izemis, lui-aussi, pour conserver l'esprit de l'ancêtre, ressemblait à tous ces jeunes andalous de noble descendance, qui se distinguaient constamment par leur acharnement au travail et à la défense des principes pour lesquels leurs arrières-parents ont mené brillamment cette expédition en terre chrétienne d'Ibérie. Ils étaient là, faut-il le rappeler encore, perpétuant des traditions d'édification d'un grand Empire qui allait marquer l'Histoire, les hommes, et imprimer un mouvement aux sciences et à la culture. Remontons le temps avec ceux-là, et faisons en sorte comme si nous avions vécu en cette époque d'Abulcasis. Ainsi, Mohamed Seghir Ibn Arba-Izemis, son fidèle collaborateur, racontait dans les détails la vie et les œuvres de cet illustre homme de sciences. Il a commencé par rappeler qu'«Abulcasis», s'appelait de son vrai nom, Abou El Qasim Ibn Abbas El Zahrawi. Il est né en l'an 936 à «ez-Zahra», cité palatiale des califes omeyyades, dans la banlieue de Cordoue. Ecoutons son récit, jusqu'à la fin…, ne sommes-nous pas dans le récit historique ? - Que les générations futures sachent ce qu'était Abulcasis qui s'élevait par rapport aux autres hommes de sciences. Il a été un grand médecin et un éminent chirurgien. L'Histoire retiendra qu'il a été l'un des fameux praticiens ayant exercé dans Cordoue l'andalouse, dans cette métropole appelée la capitale de l'Empire musulman ou également par ceux qui ne risquaient d'être contredits, «l'Ornement du Monde». Il était considéré comme le plus grand chirurgien arabe de son époque et certainement le plus grand de tous les temps. Son œuvre scientifique était parfaitement connue à travers l'ouvrage qu'il a écrit, «Al-Tasrif». En fait, il s'agit d'une encyclopédie, jamais égalée, de 1500 pages qui est divisée en 30 livres, dont le dernier est consacré entièrement à la chirurgie. Cette encyclopédie a été remarquablement appréciée chez les adeptes de la science et surtout de la médecine. Ainsi, l'œuvre d'Abulcasis a été celle qui a eu le plus d'influence sur tout le Moyen-âge. Son traité de chirurgie, richement illustré, a été traduit en latin, ce qui a permis de renouer avec la science médicale des Grecs et des Romains que l'Occident chrétien croyait à jamais oubliée. Mohamed Seghir Ibn Arba continuait son commentaire en situant le personnage par rapport à d'autres chirurgiens médiévaux. Il avançait qu'Abulcasis se révélait comme un repère important et une source intarissable de connaissances pour tous les chirurgiens qui venaient après lui. Il faut dire, avec une grande fierté, que l'apport scientifique de notre praticien se caractérisait par ses nombreuses productions et découvertes en médecine et, plus particulièrement, en chirurgie. Abulcasis, d'après le commentaire de Mohamed Seghir Ibn Arba-Izemis, pratiquait ses interventions selon un plan préétabli. Il a été, en fait, «le premier à séparer la chirurgie des autres matières médicales pour en faire une science distincte fondée sur l'étude et la dissection des corps vivants et des cadavres. », témoignaient encore les gens de son temps. Cependant, Ibn Arba, était plus précis et rapportait, en bon spécialiste, des faits concrets sur certaines pratiques chirurgicales. Il révélait, tout en confirmant : - J'ai vu le chirurgien El Zahrawi – il l'appelait ainsi – «extraire, par voie vaginale, les calculs urinaires», de même «qu'il a incisé la trachée, au cours d'une opération qu'il devait pratiquer sur son serviteur». Sa maîtrise des sciences médicales lui permettait «d'arrêter une hémorragie en ligaturant les grandes artères». Ainsi, il enseignait aux étudiants «la suture des plaies faite de l'intérieur de sorte qu'elles ne laissent pas de traces visibles, et la manière de suturer au moyen de deux aiguilles et un seul fil fixé entre elles». Mon maître traitait les fistules, pratiquait les cures herniaires, les amputations et même les trépanations. Il connaissait le goitre et l'opérait, de même qu'il pratiquait la résection des anévrismes des membres. Il pratiquait également le morcellement des amygdales et assurait l'hémostase par compression digitale et cautérisation au fer chaud. Il recommandait l'utilisation de l'action mécanique et antiseptique des morsures de fourmis pour assurer la suture des plaies intestinales. Il avait aussi une technique originale d'excision des varices. Oui, mon maître était ce docte praticien qui ne s'arrêtait pas de réfléchir. Il faisait tout son possible pour propulser la chirurgie et la rendre efficace au service du patient. Pour ce faire, «il a dressé le bilan complet de la neurochirurgie à son époque en la confrontant avec sa propre expérience, avec les instruments et les techniques neurochirurgicales des traumatismes crâniens, des traumatismes vertébro-médullaires, de l'hydrocéphalie.» Dans le domaine de la médecine et de l'obstétrique, il a été le premier à parler de la prédisposition de certains corps à l'hémorragie, ou à l'hémophilie, de même qu'il s'intéressait aux ostéo-arthrites tuberculeuses notamment vertébrales. Il a introduit, d'autre part, des méthodes et instruments nouveaux en matière de gynécologie. En obstétrique, mon maître recommandait «plusieurs manœuvres d'accouchement dans les différentes présentations dystociques : épaule, face. Il parlait d'instruments nécessaires pour extirper les fœtus macérés in utero.» En stomatologie, «il a inventé des instruments sophistiqués pour nettoyer les dents et pour arracher celles qui étaient atteintes de carie. Il savait confectionner des prothèses dentaires avec des os de bœuf.» De même que dans sa description de la rage il dit que «celle-ci se manifeste en hiver plus qu'en été ; il constate aussi que le chien enragé a peur de sa propre ombre. En ce qui concerne la rage chez l'homme, il explique que l'hydrophobie provient «d'une extrême déshydratation du cerveau et de l'invasion du corps par la bile.» Ainsi, racontait Ibn Arba son patron et ami Abulcasis, le praticien des califes de Cordoue, celui qui a honoré la médecine et la chirurgie et qui a ouvert la voie à d'autres, dans les écoles de Tolède, Séville et Saragosse, les non moins célèbres Avenzoar et Averroès. Mais saura-t-il (Ibn Arba) en ce temps qu'Abulcasis sera traduit au XIIe siècle, par le philosophe italien Gérard de Crémone qui établira à Tolède une première traduction latine de la «Chirurgie» ? Non, il ne le saura pas, parce qu'il ne sera pas de ce siècle. Mais les autres le sauront et diront, à titre de curiosité, pourquoi Tolède ? Tout simplement, parce que «La ville, reconquise en 1085, était un creuset des cultures. Chrétiens, juifs et musulmans s'y côtoyaient et avaient tous leur part à l'épanouissement de la cité aux XIIe et XIIIe siècles. L'école des traducteurs de Tolède, en particulier, était un établissement à nul autre pareil où des œuvres de philosophie, de théologie, de sciences naturelles et, précisément, de médecine étaient traduites de l'arabe en latin. Elles devenaient ainsi accessibles au monde occidental.», expliquaient les historiens. Saura-t-il également que les Roger de Parme, Guillaume de Salicet, Henri de Mondeville ou Guy de Chauliac, parmi ceux que retient l'Histoire de la médecine, s'étaient amplement inspirés de son travail ? Effectivement, tous ceux-là ont utilisé son œuvre. Guy de Chauliac, par exemple, le cite 175 fois dans ses travaux. Quant à son encyclopédie, plus précisément dans son livre 30, le dernier, il y a, en plus du texte, la représentation la plus ancienne, dans toute l'histoire médicale, de tous les instruments chirurgicaux dont la plupart ont été inventés par son génie. Cet ouvrage, l'encyclopédie d'Abulcasis, «est si important que, pendant cinq siècles il resta inscrit aux programmes de chirurgie des universités de Salerne et de Montpellier.» soutiennent les spécialistes de l'Histoire médiévale. Et c'est ainsi que vivait Cordoue, dans sa splendeur, lorsqu'elle se trouvait au sommet de son apogée…, une cité prestigieuse qui comptait un million d'habitants, et qui s'enorgueillissait de 80 écoles et 50 hospices. Ne vivait-elle pas le lustre de l'âge d'or des sciences arabes ? Oui, en effet, et elle devait conserver pendant longtemps cette prédominance jusqu'en 1226, date où elle a été conquise par Ferdinand III et Isabelle de Castille. Là, elle avait perdu son influence au profit de Salamanque. Mais nous ne sommes pas encore là, profitons des bienfaits de cette vaste culture qui, elle, demeure présente, indestructible, ineffaçable, malgré les vicissitudes du temps et le manque d'intérêt ou de vigilance des hommes. A propos d'hommes, nous ne cesserons de célébrer la mémoire du calife El-Hakam II qui fut le père des lettres. « Il les fit asseoir sur le trône, comme rapporté par des Occidentaux honnêtes, composa sa cour de poètes, d'astrologues et de savants illustres, au milieu desquels il passa sa vie. Une magnifique bibliothèque, enrichie par ses soins et digne de rivaliser avec la fameuses bibliothèque d'Alexandrie ajouta encore un nouvel éclat à son règne […] Il était plutôt fait pour tenir une plume qu'une épée, pour vivre au milieu des savants que des guerriers, pour présider une assemblée de lettrés
que pour commander un champ de bataille.» Cette belle image d'un monarque musulman est de Lucien Renard dans «Histoire d'Espagne», Paris 1855. Pendant son règne, le calife philosophe fit tout pour laisser reposer l'épée, si longtemps infatigable, de ses prédécesseurs. El-Hakam II mourut en 976, après avoir fait reconnaître, pour successeur de son vivant, son fils Hichâm Il. Le royaume était en pleine expansion même si, subitement, il se trouvait divisé sur le plan politique, dès l'annonce du décès du calife. Mais le nouveau souverain, très jeune à l'époque – il n'avait que 11 ans –, ne pouvait régner selon tous ceux qui s'opposaient formellement à son investiture à la tête du califat. Le problème ne put être réglé qu'après moult débats et d'énormes tractations, ce qui n'étonnait personne, dans une situation pareille. Ainsi, il devint le troisième calife de l'Andalousie, sous la tutelle du vizir du palais, le ministre suprême ou le (Hadjib), un genre de Premier ministre, en la personne de Mohammed Ibn Abi Amir, un parfait général, aux grands succès militaires. Qui est ce personnage ? Un de ses compagnons, le lieutenant El Khalil Adounas, un autre enfant prodigue – dans le sens de la fidélité et de l'altruisme –, comme tous les jeunes nés dans ces familles aux profondes origines maghrébines, devait léguer quelques récits le concernant. Il le suivait depuis son jeune âge et, profondément touché par son parcours et sa vie de tous les jours, ne pouvait ne pas raconter à ses enfants qui ont trouvé un immense plaisir de transmettre à leur tour, dans leur entourage, ce que fut cet homme exceptionnel qui mérite d'être connu par les générations futures. Il faut dire que cet autre officier, le lieutenant El Khalil Adounas, qui rapportait ces chroniques, se plaisait de temps à autre, à se comparer à son héros légendaire Izemis, le non moins grand notable de Césarée et héros parmi tant d'autres lors de la conquête de la péninsule ibérique. Il jubilait quand ses amis les officiers le nommaient ainsi. Revenons à notre personnage Mohammed Ibn Abi Amir. Que savons-nous de lui ? Il a fait ses études à Cordoue. Il s'est imprégné du «Hadith» et de la littérature arabe auprès de grands doctes, après avoir pris ce qu'il fallait de l'enseignement général, à l'image des Abi Ali El Qali, Abi Bakr Ibn El Qoutiya, Abi Bakr Ibn Mouâwiya et d'autres encore. Après la fin de ses études, il a entamé sa vie professionnelle sur les marches du palais, en tant qu'écrivain public, rédigeant des lettres et des demandes et confectionnant des dossiers aux différents requérants. Il a été un excellent porte-parole, un conseiller et un remarquable soutien pour ces gens qui voyaient en lui le faiseur de miracles. Sa réputation envahissait le palais. D'abord, c'était les fonctionnaires et les responsables qui s'en emparaient pour la perpétuer chez les autres, ensuite elle parvenait à Sobh, la première dame et la mère du futur calife, qui s'en saisissait avantageusement. D'ailleurs, cette dernière le connaissait bien avant, du temps d'El-Hakam II, quand elle l'avait désigné comme secrétaire particulier, pour lui gérer tous ses problèmes administratifs et d'intendance. Le zèle et la compétence de Mohammed Ibn Abi Amir, dans l'accomplissement de cette mission, lui ont attiré la confiance de cette dame qui ne cachait pas sa satisfaction et son admiration pour celui qui devenait son administrateur. En effet, il la comblait de présents et d'œuvres précieuses, ce qui faisait dire publiquement au calife, le père, El-Hakam II : «Vraiment, ce jeune a changé complètement l'esprit de nos femmes avec ce qu'il leur présente pour les subjuguer.» Mais Sobh, ne désemparait pas concernant la promotion de son protégé. Elle faisait tout son possible pour qu'il progresse et qu'il prenne de l'ascendant dans le califat. C'est alors, qu'Ibn Abi Amir marqua de la distance par rapport à d'autres commis et se saisit directement (ou rapidement) de plusieurs postes relevant de la haute administration de l'Etat. Il fut responsable des deniers provenant de la «Zakat» et des héritages dans le canton de Séville, ensuite chef de la sécurité nationale et du mouvement des citoyens. Ses charges ne faisaient qu'augmenter sous le règne d'El-Hakam II qui le désigna comme précepteur et conseiller de son héritier Hicham et, quelques temps avant sa mort, il lui confia le poste de vizir. C'est à travers cette fonction que Mohammed Ibn Abi Amir eût l'opportunité d'exercer son véritable pouvoir, avec l'audace et l'ambition démesurée qu'on lui connaissait. Les succès et les avantages qu'il enregistrait, n'étaient à ses yeux qu'un début d'un long parcours qui devait le mener vers d'autres cieux et d'autres satisfactions, notamment celle où ses efforts seront couronnés par l'inévitable consécration, lorsqu'il deviendra «l'Homme fort du califat des Omeyyades en Andalousie»…C'était en fait son but principal. Pour ce faire, le général Mohamed Ibn Abi Amir dut se débarrasser de tous ses adversaires potentiels parmi les chefs andalous, tels les Djaâfar El Moshafi, Ghaleb Ibn Abd er-Rahmân, son gendre, et l'autre, Djaâfar Ibn Ali Ibn Hamdoun. Indépendamment de cette ambition démesurée, le général et vizir avait de grandes qualités qui lui ont légué le surnom d'El Mançour, ou (Almanzor) chez les Andalous, c'est-à-dire le (Victorieux). Ne pas confondre avec le Fatimide Abou Tahir Ismaïl appelé «El Mançour» qui a gouverné au Maghreb entre 946 et 953. El Khalil Adounas-Izemis continuait son récit sur El Mançour : - Cet enfant dont le père était originaire du Yémen et la mère de Berbérie, dirigea le califat pendant longtemps, vingt cinq ans, de 977 à 1002 où il eut à reléguer, dans l'ombre, le calife, le vrai, mais un calife livré malheureusement à la débauche et qui, de surcroit, n'aura pas de descendance. El Mançour tenait fermement les rênes du pouvoir. Il excellait dans la gestion de l'administration qui était réputée, comme étant la meilleure qu'ait connue l'Espagne musulmane. Par ce travail, il devait assurer deux décennies de tranquillité à l'intérieur des frontières de l'Andalousie. Mais cela ne l'empêchait pas de maintenir et d'entretenir le «djihad» qu'il avait proclamé dans la péninsule. Il entreprenait des expéditions, en toutes saisons, contre les Etats de León (victorieux de Ramire III en 978), de Castille, de Navarre et du Comté de Barcelone. Le général El Mançour était puissant. Il était dur, sévère et intransigeant. Ce qui lui a fait vaincre les villes d'Astorga et de León, au fond de la Galice, en 984, Barcelone en 985, Coïmbre en 987, et d'investir le riche sanctuaire de Saint-Jacques de Compostelle, en 997. Jusque-là, le rapport des forces demeurait favorable au califat de Cordoue et, à la fin du Xe siècle, les expéditions menées par ce général témoignaient de la supériorité militaire que conservaient encore les musulmans entre Gibraltar et les Pyrénées. El Mançour, reprenait El Khalil, ne se contentait plus du pouvoir réel qu'il exerçait au sein du califat de Cordoue. Il voulait plus. Rien de mieux que de travailler davantage pour faire disparaître toutes les traces de l'Empire des Omeyyades, un Empire façonné au prix d'importantes réalisations et de grandes difficultés. De même qu'il ambitionnait de prendre un jour le titre de calife et, pour ce faire, il œuvrait avec ses conseillers pour arriver à ses fins. Mais le peuple ne voyait pas d'un bon œil ce couronnement, s'il devait s'accomplir, car il connaissait El Mançour, dur et impitoyable avec ses adversaires, malgré d'autres qualités chevaleresques qu'il possédait. D'ailleurs, il l'avait bien montré en éliminant tous ses concurrents et ses émules. Même Sobh, la mère du calife – ce dernier atteignait ses trente ans – n'était plus d'accord avec El Mançour, après l'avoir aidé considérablement. Elle voyait en lui, en cette période cruciale, un homme plein de prétention et d'orgueil et, peut-être plus, capable de forfaiture. À la même période, le fils d'El Mançour et ses généraux se répandaient au Maghreb, plus exactement au Maroc, et propageaient la suprématie des Omeyyades. Cependant, cette fermeté et ce manque de sensibilité, voire cette intolérance à l'égard des autres mozarabes et chrétiens, dont en était avide El Mançour, ne lui ont généré, ainsi que pour le califat de Cordoue, que de fâcheuses conséquences. Car, après la prise de ces villes, déjà citées, les réfugiés ainsi que les gouvernants déchus ne s'étaient pas laissé emporter par les pleurs et la nostalgie de leurs Etats perdus. Ils ont mis à profit leur infortune, comme un stimulant, et l'ont «transformée» en mission évidente pour le devenir de l'Espagne. Deux axes les animaient, dans cette alliance inéluctable, l'un militaire, l'autre culturel. Le premier axe a poussé les Asturiens, les Castillans et les Navarrais à se réunir sous un même front pour infliger en 1002 un sérieux revers à El Mançour, leur ennemi déclaré. Ils ont eu raison de lui, à la grande bataille de Calatanazor. Le deuxième axe, également à l'avantage des Espagnols, se caractérisait par le fait que les vaincus devaient consigner, soigneusement, toutes les connaissances acquises dans le califat et les exploiter pour déclencher «le rattrapage technologique de l'Occident chrétien». Les anciens Etats de la Marche espagnole ont essayé de se muer en puissances pour rivaliser, en tout point de vue, avec les Omeyyades et, plus tard, profiter des désordres régnants en Andalousie et de l'effritement des «petits royaumes» pour commencer la «Reconquista». La Marche d'Espagne carolingienne, dite «la Marca Hispanica», s'établissait pour deux siècles, après l'échec de Louis d'Aquitaine en 809 devant Tortosa, à l'embouchure de l'Èbre, sur le cours du fleuve Llobregat, au sud de Barcelone. A la mort d'El Mançour d'une maladie qu'il n'a pas voulu soigner – les chrétiens d'alors affirmaient que sa mort était consécutive à ses importantes blessures lors de la bataille de Calatanazor – ses enfants prendront la relève et iront
s'accaparer toutes les prérogatives califales. La vie de Hichâm sera saine et sauve grâce à l'affection de la population pour sa dynastie et à la vigilance de sa mère Sobh. Il vivra dans l'isolement avec sa collection de reliques durant des années. A partir de là, reprenait El Khalil Adounas-Izemis, le califat de Cordoue rentrait dans une zone de turbulence. Le sérieux qui le caractérisait, il fut un temps, disparaissait pour laisser place aux pratiques désuètes et à la déliquescence. En d'autres mots, ce n'était plus le califat où l'on concevait d'importants programmes de réalisation et où l'on réfléchissait au développement de l'esprit et la liberté des populations.


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