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La démocratisation est-elle soluble dans le pétrole ?
Publié dans La Nouvelle République le 16 - 11 - 2019

Les hydrocarbures qui constituent le pétrole brut algérien obéissent tous à la formule générale CnH2n+2. Cette composition chimique est mise à rude épreuve par un « Hirak » dont la nature anti-rentière intrinsèque, au-delà des gesticulations opportunistes contre la loi sur les hydrocarbures mises en avant par ceux-là même qui profitèrent de la rente pétrolière pendant trente ans, soumet les institutions de la République à des épreuves de laboratoires qui interrogent aussi bien une fragilité de l'Etat consubstantielle à la rente pétrolière mais aussi la nature des institutions en devenir de démocratisation. Aussi ces tests sur la République made in « Sahara Blend » seront de véritables indicateurs de la période transitionnelle en cours marquée par une ouverture politique irréversible dans un contexte de dépolitisation des élites conséquence d'un Etat redistributeur d'une part mais aussi par une crispation d'ordre idéologique et culturelle dont la philosophie est d'essence démocratique bien au-delà de nos frontières, dans toute la région pendant plusieurs années encore mais dans dont on peut se demander si elle ne sera pas balisée complètement par la rente pétrolière et les forces sociales transnationales qui en tirent grand profit.
Au moment où l'ensemble des candidats aux élections présidentielles dévoile leur programme il est un constat qui s'impose à tous. La similitude des propositions des uns et des autres, comme par exemple la nécessaire réforme constitutionnelle, la révision obligée du code électoral, la participation citoyenne incontournable à la vie de la République, la lutte continue contre la corruption, la distribution plus juste des dividendes pétroliers de la Nation, sont entre autres thématiques des propositions largement partagées par les prétendants à la direction du pays. Cette similitude des offres politiques est frappante et reflète certainement la domination sans partage aux niveaux idéologiques et culturels de l'instance démocratiques dans les débats politiques alors que paradoxalement jamais les antagonismes sociétaux ne se sont exprimés avec autant de force que depuis le 22 février 2019. En réalité, il n'existe qu'un seul programme aujourd'hui en cours à Alger, c'est celui du Hirak et de ses exigences démocratiques et sociales qui ont su, quoi que l'on pense des évolutions futures du devenir politique du pays, imposer un rapport social à l'Etat duquel il lui sera difficile de s'extraire y compris par le recours à « l'autonomisation relative » de son action par rapport à ses contribuables que lui donne la rente pétrolière. De ce point de vue, celui du mouvement social, le futur Président de la République aura pour tâche essentielle d'appliquer les revendications politiques du Hirak qui se déploient cependant de manière de plus en plus controversée tous les vendredis. A tel point que désormais il n'est plus rare de trouver sous la plume des analystes de la scène politique nationale des caractérisations différenciées du Hirak entre ses revendications premières réclamant plus de justice territoriale et sociale dans la production et la répartition de la rente et ses derniers desideratas comme ceux de la réfutation des institutions de l'Etat, y compris les plus souveraines , exprimée par le slogan douteux « Etat civil et non militaire » ... Et c'est là que commencera bien évidemment un hiatus qu'il sera impossible de lever quel que soit le futur élu qui accèdera aux plus hautes fonctions de l'Etat et qui révèle désormais un nouveau clivage socio-politique, dépassant les catégories de classification habituelles entre berbéristes et islamistes, gauche et droite, modernistes et traditionalistes, gouvernants et gouvernés, civils et militaires, gens du Nord et du Sud, de l'Est et de l'Ouest, pour se partager entre les partisans d'une démocratie soucieuse de la souveraineté de la Nation, thuriféraires de la production croissante de la rente pétrolière et de sa sécurisation dans ses dimensions aussi bien militaires que financières et ceux qui cherchent avant tout à promouvoir une vision fédéraliste à leur principale exigence, défenseurs tous azimuts de la redistribution de la rente pétrolière et de son accaparement non pas en fonction de critères répondant à la justice sociale mais selon des référentiels culturels cachant mal des instrumentalisations à visées régionalistes. Des alliances contre nature A bien réfléchir, ce qui se déroule sous nos yeux ressemble de plus en plus à un débat entre ceux, grandement intéressés qui s‘appliquent à produire la rente en tentant d'élargir son champ de production tout en la protégeant de péripéties sécuritaires et économiques et ceux qui s'érigent en tuteurs alléchés de sa redistribution. D'où la cristallisation originale et le reclassement étonnant des forces politiques en présence ainsi que la convergence nouvelle des islamistes et des berbéristes (traditionnellement opposés) unis comme un seul homme dans un mouvement touchant de patriotisme en partage, là où il n'est question que de leur défense commune de la redistribution de la rente pétrolière, les islamistes via le marché parallèle et les berbéristes par le biais de leurs champions économiques désormais derrière les barreaux. Le tout se réalise dans un contexte de dépolitisation croissante « des forces vives de la Nation », conséquence directe d'un Etat fortement redistributeur et qui assure non seulement l'essentiel mais aussi l'accessoire à ses élites pourvu que celles-ci se montrent légitimistes et s'abstiennent d'alimenter les oppositions politiques en cadres et leaders de qualité. C'est donc sur le fonds de la trame pétrolière qu'il faut lire les décantations et les clivages qui s'opèrent actuellement, le phénomène de la convergence islamo-berbériste étant accéléré par la crise de l'urbanité que vit le pays à laquelle se surajoute une crise sociale et politique en se positionnant sur le versent de la redistribution inégale de la rente et d' autre part le courant patriotique dans ses diverses sensibilités articulé autour du bloc sociologique constitué par les forces de sécurité mais aussi par la Sonatrach et la paysannerie de l'intérieur du pays en butte au déclin sans fin de ses contingents de la ruralité en raison du mécanisme classique de l'exode vers les villes que l'Etat n'arrive plus à juguler de manière satisfaisante par manque d'imagination d'une politique agricole audacieuse et novatrice. Aussi nous nous retrouverons après le 12 décembre avec un nouveau président de la République dont la première tâche, sera toutes affaires cessantes, de prendre la main politique sur les demandes des forces en présence dans un exercice d'équilibre qui s'avère d'ores et déjà difficile à tenir en dehors d'une montée en flèche improbable des prix du baril sur les marchés internationaux ou d'un dépassement de la situation de crise actuelle par la mise en place douloureuse d'une politique fiscale visant à sortir le pays de l'ornière de la rente des hydrocarbures. En effet, la résolution de la question institutionnelle, même de manière idéale en injectant les reformes pertinentes qu'exige la situation que nous traversons, de séparation stricte des trois pouvoirs, de cloisonnement rigoureux entre l'argent et la politique, de pratiques judiciaires désormais libérées et tutti quanti, n'éteindra pas la crise que nous vivons car contrairement aux apparences, elle n'est pas tant d'ordre démocratique que d'ordre national. La démocratie une attitude culturelle anti-rentière De fait, la démocratisation telle qu'elle se présente en Algérie ne pourra satisfaire tous les groupes d'intérêts en présence car pour se faire il faudrait retrouver une situation sur les marchés pétroliers qui dépasserait largement les 100 dollars le baril et en supposant hardiment que dans une telle hypothèse nous ne retomberions pas dans les travers qu'a connu le pays de prévarication généralisée de ses actes économiques comme nous l'avons malheureusement expérimenté pendant plus d'une décennie. En réalité, le pays est entré dans une crise qui est faites pour durer. Non pas que nous nous n'efforcerons pas de reformer l'administration, la vie politique, les medias, la fonction sécuritaire etc. Mais en l'absence de capacités financières supplémentaires qu'il faudrait mesurer très précisément à même de prendre en charge sérieusement la transition énergétique par un effort sur nous-mêmes de restriction sévère du Budget de l'Etat ou alternativement de transfert des rentes externes vers des rentes internes par la fin des subventions finalement mal employées, il sera très difficile de sortir de l'économie politique de la rente pétrolière et de ses corollaires de production de nanisme économique, de dépolitisation des masses populaires ainsi que de leurs élites et d'impasses sociales et culturelles. Et comme la nature a horreur du vide ce sont d'autres projets d'outre-mer qui subrepticement s'imposeront à nous, comme ils l'ont déjà fait dans le secteur des hydrocarbures, celui de la culture, de l'automobile, des mines et demain nous irons acheter avions Rafales et chars Leclerc contre…. nos archives et notre mémoire, retenues en France, otages d'une histoire inique. Le Hirak comme la boussole qui ne se trompe jamais indique la bonne direction en affirmant ses doutes quant à bâtir une Nation sur des fondements aussi fragiles nous faisant dépendre du sort que la mondialisation voudra bien jeter sur une matière première de laquelle nous dépendons totalement. Ces jeunes femmes et hommes, ces millions d'étudiants à la recherche d'emplois, de dignité, de familles heureuses à fonder, ne trouveront pas tous leur place dans une République populaire de la rente pétrolière car il faudrait pour cela que nous ayons l'exceptionnelle chance de découvrir deux autres gisements de la taille de Hassi Messaoud. Il est donc plus avisé d'ores et déjà de s'atteler à traduire, concrètement, nous voulons dire dans la réalité des faits et non pas celui des discours lénifiants, toute politique qu'elle soit sociale, économique, culturelle, éducative, fiscale dans une perspective anti-rentière et de diversifications de nos opportunités de tous ordres, pour non seulement pourvoir aux immenses besoins légitimes de nos populations mais aussi pour établir de réelles traditions démocratiques et populaires issues des seules valeurs qui vaillent pour gagner l'estime de nous-mêmes et des Nations, c'est-à-dire celles du travail productif et créatif. Les solutions existent. Il faut s'en emparer dans tous les domaines, résolument. La lutte n'est pas entre ceux qui cherchent à assurer la production et la sécurisation du Pétrole contre ceux qui souhaite, dans la redistribution de la rente, siphonner le pot de miel pour leur confort matériel personnel. Elle consiste à dénoncer toute politique, toute attitude soumise à la rente et à proposer partout des alternatives pratiques de sortie de logiques mortifères.

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