Plus proches par leur mode de vie des classes aristocratiques opulentes romaines que des pauvres paysans «Libyques ou Libyens», qualifiés d'ailleurs par Salluste «d'animaux sauvages». Tout comme les élites berbéristes contemporaines algériennes sont plus proches par leur mode de pensée des classes bourgeoises occidentales et sionistes que des prolétaires algériens d'expression kabyle. En tout cas, par son mode de vie sédentaire ou nomade, sa misérable tenue vestimentaire et son habitat rudimentaire, le «berbère» antique était plus proche de son frère Chamite égyptien, et sémite irakien ou palestinien que de ses dirigeants romanisés (de nos jours, on dirait occidentalisés). Par conséquent, il n'a pas existé de peuple kabyle, mais des tribus berbérophones hétérogènes mélangées depuis la nuit des temps aux Phéniciens (Iflissens), aux Marabouts (Imravthen venus de Mauritanie), aux Romains, aux Byzantins, aux Espagnols, aux Italiens, aux Turcs, et même aux Français. Aujourd'hui, les habitants d'expression kabyle sont entièrement algériens, certes avec des spécificités locales, à l'instar de toutes les régions du globe. Seule distingue l'habitant de la région de Tizi Ouzou et un résident d'Oran, de Tlemcen ou de Béchar, la langue vernaculaire, dernier résidu distinctif. Mais une langue vernaculaire ne fait pas une civilisation, ni un peuple. Encore moins une nation ou Etat-nation. Avec de tels postulats irrationnels consistant à justifier la fondation d'un Etat sur l'existence de la langue vernaculaire, on aurait 7.000 peuples, donc 7.000 pays indépendants. Certes, au cours de l'histoire millénaire algérienne (maghrébine), il a existé de nombreuses tribus «berbérophones». Mais les idiomes usités étaient très disparates d'une région à l'autre. Le vocable «berbère» est un terme générique. En raison de cette hétérogénéité linguistique, on ne peut parler de communauté «amazighe», encore moins de l'existence d'une nation berbère ou kabyle (ce serait tomber dans l'anachronisme, les nations étant une création récente). Par ailleurs, autre point important à souligner : tout au long de l'histoire, la «langue tamazighte», tant encensée de nos jours par les berbéristes, n'a jamais connu de période d'épanouissement scripturale. Un âge d'or de rayonnement intellectuel, de production littéraire. Elle n'a jamais servi de vecteur d'expression d'une culture savante écrite. Contrairement à la langue arabe, décriée et méprisée par les berbéristes, qui a rayonné des siècles durant sur une partie du monde, aussi bien dans les registres littéraire et philosophique que scientifique. La langue tamazighte (plus exactement les dialectes berbères) a toujours été en situation de dominée. Contrairement à la langue arabe. Pour information, l'alphabet tifinagh a été créé dans les années 1970, sous l'impulsion de l'Académie berbère à Paris, dirigée officiellement par Mohand Arav Bessaoud, mais encadrée scrupuleusement par Augustin Ibazizen (membre du parti fasciste «Croix de Feu» du Colonel Laroque) et de Mahjoubi Aherdane (ami et plusieurs fois ministre du roi Hassan II). On peut même affirmer, sans risque d'être contredit, que c'est grâce à la langue arabe, massivement diffusée concomitamment à l'islamisation de la société algérienne (maghrébine), que les tribus berbérophones apprirent à communiquer ensemble. Et par voie de conséquence à pacifier leurs relations, à administrer «nationalement» le pays, par le truchement de la langue arabe, unique langue écrite. Ainsi, en Algérie, par-delà les divisions conflictuelles tribales, la langue arabe est devenue un vecteur de cohésion sociale et de référent identitaire «nationale» remarquable. Un marqueur national. Au reste, pendant plusieurs siècles, les différents dialectes berbères locaux s'écrivaient avec l'alphabet arabe. À cet égard, il est important de prendre en considération ce facteur culturel capital : la langue arabe. La diffusion de la langue arabe aura permis la construction de l'identité culturel nationale autour de l'arabité, favorisé la fabrication du nationalisme algérien, couplé à l'islam. C'est autour de l'arabité et de l'islamité que s'est coagulé le nationalisme politique arabe algérien. De nos jours, la langue arabe est la langue maternelle de la majorité des Algériens. Cette réalité linguistique et culturelle arabe est inscrite dans l'histoire de l'Algérie. Aucune instance politique ou idéologique berbériste ne peut le contester ou le nier. L'arabité est consubstantiellement inhérente à l'Algérie, tout comme la berbérité est constitutive de la personnalité de la région kabyle. Et contrairement à la vision tribale racialiste berbériste aveuglée par l'ignorance, par arabité on entend la dimension linguistique et culturelle de cette réalité historique irréfutable, et non ethnique. La nation ne se définit pas par l'appartenance ethnique, comme le postule la conception tribale anachronique berbériste. La nation se caractérise par la communauté d'économie, de langue, de culture, de religion, de politique, de superstructure sociale (Etat), d'histoire, par la communauté des rapports sociaux, aujourd'hui majoritairement dominés par les deux principales classes antagoniques, le prolétariat et la bourgeoisie. En vérité, le paradoxe est que le «Kabyle» est un Arabe qui parle kabyle. En effet, rien ne le distingue, ne le différencie de l'Algérien arabophone. Excepté son bilinguisme. Les deux Algériens (d'expression arabe et kabyle) partagent la même histoire, la même culture, les mêmes mœurs, les mêmes modes vestimentaires et culinaires, la même religion, les mêmes physionomies, la même exploitation au travail, la même aliénation de classe, le même mode de production capitaliste rentier mortifère, etc. Cette fixation obsessionnelle sur la langue kabyle pour se démarquer des autres Algériens est pathologique (œuvre de manipulation de certains oligarques berbéristes et de puissances étrangères ennemies, notamment la France, l'entité sioniste et la monarchie marocaine). Pathologique car, avec leur ethno-différentialisme essentialisant la question identitaire algérienne, certains berbéristes ont sombré dans la folle prétention à se prendre pour un «peuple ontologique». Voire le «peuple kabyle élu» de l'Algérie. Pour rappel, historiquement, après avoir surfé sur l'idéologie identitaire linguistique, matérialisée par les revendications légitimes de la reconnaissance de la langue kabyle, le berbérisme a fini par sombrer, depuis deux décennies, dans l'ethno-différentialisme. Fondamentalement, c'est dans le contexte international de surgissement de la montée des extrêmes droites identitaires et nationalistes qu'il faut inscrire l'émergence de l'ethno-différentialisme berbériste, incarné, en Algérie, par le MAK, qui est une fabrication coloniale. Le discours berbériste ethno-différentialiste se fonde sur une conception biologique de la race, l'éloge d'un enracinement ethnique, la fidélité au sang des ancêtres, la défense des traditions purement kabyles. De manière générale, l'ethno-différentialisme est un concept élaboré par l'extrême-droite néo-fasciste. Selon ce courant ethno-différentialiste, des régions indépendantes divisées par ethnies devraient être instaurées. Ainsi, sous couvert de la préservation de leurs «langues vernaculaires», de leurs traditions, les partisans de l'ethno-différentialisme, notamment les berbéristes, prônent le repliement communautaire ethnique, l'autonomisme, l'indépendantisme. La rhétorique différentialiste s'emploie toujours à valoriser la différence ethnique, la spécificité culturelle, la pureté raciale, en l'espèce, dans le cas de l'Algérie, berbère, kabyle. Au nom de la préservation de la communauté, les chantres de l'ethno-différentialisme refusent tout métissage racial et culturel avec le «Sud», tout en se revendiquant du «Nord» impérialiste. Car, pour ces partisans de la pureté ethnique et culturelle, le métissage avec le «Sud» est assimilé à un génocide organisé à petit feu. Aussi, pour les ethno-différentialistes identitaires, seule une politique de repliement ethnique, matérialisée par la création d'un Etat indépendant, pourrait assurer la pérennité de la communauté, livrée avec facilité aux courants dominants et réactionnaires. Telle est l'idéologie véhiculée par le berbérisme ethniciste, notamment de sa mouvance extrémiste, le MAK, dont le penseur moderne n'est autre que le fasciste-royaliste Bernard Lugan. (Suite et fin)