Des moulages de victimes du Vésuve révèlent des manteaux et des tuniques épaisses, relançant le débat sur la saison exacte de la catastrophe... ou sur les habitudes vestimentaires romaines. Certains des habitants de Pompéi tentant d'échapper à l'éruption du Vésuve en l'an 79 portaient des manteaux et des tuniques en laine. Un détail surprenant, quand on sait que la catastrophe s'est produite à la fin du mois d'août, l'un des plus chauds de l'année dans la baie de Naples. Faut-il y voir la trace d'un été particulièrement froid? Une erreur de date? Ou simplement le reflet des habitudes vestimentaires romaines? C'est à ces questions qu'essaie de répondre une équipe dirigée par Llorenç Alapont, archéologue à l'Université de Valence, en Espagne. Lors d'un récent colloque en Italie, les chercheurs ont présenté une étude des empreintes de tissus conservées dans quatorze moulages en plâtre de victimes pompéiennes. «Grâce à notre travail, nous pouvons savoir comment les habitants s'habillaient ce jour-là», explique Llorenç Alapont dans un communiqué, relayé par le site Live Science. Au moins quatre des quatorze moulages ont révélé des vestiges de vêtements en laine, une matière que l'on aurait pu croire trop chaude pour la saison. Les Romains concernés portaient une tunique et un manteau, soit une tenue double, lourde et protectrice. Selon Llorenç Alapont, «nous ne savons pas si ces vêtements servaient à se protéger des gaz ou de la chaleur ambiante provoquée par l'éruption». Peut-être les habitants ont-ils enfilé en urgence leurs épais manteaux contre les cendres brûlantes ou les retombées de lapilli. Cette découverte réveille pourtant une vieille controverse: le Vésuve est-il vraiment entré en éruption en août? Certains chercheurs défendent depuis longtemps une date plus tardive, en automne, en s'appuyant sur la présence de fruits de saison retrouvés sur place, ou sur une inscription murale à l'encre de charbon. La majorité des historiens s'entendent cependant sur la date du 24 août 79, attestée par le témoignage de Pline le Jeune, qui observa l'éruption adolescent avant de la décrire trente ans plus tard dans une lettre à Tacite. Ce qui n'empêche pas quelques doutes: «La tradition manuscrite est solide –le texte ne mentionne que le 24 août, note l'archéologue Allison Emmerson de l'Université Tulane à La Nouvelle-Orléans en Louisiane (Etats-Unis). Mais savoir si cette date reflète bien le jour réel de l'éruption reste sujet à controverse.» Le rôle du textile L'historien Pedar Foss, de l'Université DePauw à Greencastle dans l'Indiana (Etats-Unis), n'est pas convaincu que ces tissus attestent d'un climat inhabituellement froid. «Ils portaient de la laine parce que c'est ce que tout le monde portait à l'époque», rappelle-t-il. Résistante, isolante même mouillée et peu coûteuse, la laine dominait largement la garde-robe romaine. «Environ 90% de tous les vêtements, partout, étaient en laine», précise-t-il à Live Science. Le lin, plus léger, demeurait fragile; la soie et le coton étaient l'apanage des élites. Dans ce contexte, que les Pompéiens se soient habillés chaudement n'a rien d'anormal. Depuis le XIXe siècle, environ 104 moulages ont été réalisés à Pompéi en coulant du plâtre dans les vides laissés par les corps décomposés sous les cendres. Ces reproductions spectaculaires fixent à jamais les derniers instants des victimes, mais les archéologues ont cessé d'en produire, craignant d'endommager les restes humains encore piégés dans cette gangue. Les moulages étudiés montrent d'ailleurs que les morts retrouvés à l'extérieur comme à l'intérieur des maisons portaient les mêmes habits, ce qui semble exclure l'hypothèse d'une tenue domestique légère. Pour l'heure, l'équipe de Llorenç Alapont ne prétend pas trancher la question de la température ou de la saison. Ses résultats suggèrent simplement que ces Romains, surpris par la catastrophe, ont revêtu ce qu'ils avaient sous la main: soit par habitude, soit pour se protéger des cendres, du souffle brûlant ou des gaz suffocants. L'étude, en tout cas, enrichit le portrait de ces dernières heures à Pompéi. «Ce travail établit de manière précise ce que portaient les habitants lorsqu'ils ont été tués, mais il ne change rien à la question du climat, conclut Pedar Foss. Je ne crois pas que cela plaide dans un sens ou dans l'autre.»