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Le journalisme empuanti en putréfaction avancée
Manipulation
Publié dans La Nouvelle République le 13 - 01 - 2026

À la fin du 19e siècle, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche écrivait : « Encore un siècle de journalisme, et tous les mots pueront. »
La postérité lui a aura donné raison. La puanteur journalistique semble infecter tous les médias. À force de servir le pouvoir, la langue médiatique a fini par sentir son maître. La gestion narrative de l'ordre existant, appelée improprement information, ne s'embarrasse plus de fioritures pour déverser ses immondices informationnelles.
Les mots des journalistes ne sentent plus l'encre de la vérité, mais celui du mensonge.
À force d'être manipulés par les éditorialistes stipendiés, les mots ont fini par sentir la servitude volontaire. La langue du journalisme n'a plus besoin d'être censurée : elle s'auto-corrompt spontanément. À force d'être confiée aux éditorialistes professionnels, aux experts en plateau, aux commentateurs appointés par le capital, la langue journalistique s'est changée en déjection idéologique. Ce ne sont plus des mots qui circulent, mais des effluves de pouvoir.
Le capital n'exerce pas seulement sa domination par l'économie et la police, mais par le langage journalistique qui rend l'économie « naturelle » et la police « nécessaire ». Le journalisme est devenu une machinerie à mots chargée de produire du consentement, de neutraliser la lutte des classes et de rendre l'ordre bourgeois respirable – même quand il asphyxie. Il transforme la violence sociale en fatalité technique, le conflit en dysfonctionnement, la colère populaire en « inquiétude ». voire il l'accuse de complot.
Pire. Il rend les dominés responsables de leur sort et les dominants indispensables à l'équilibre. Il inculque l'idée que le monde tel qu'il est ne peut être autrement – et que toute contestation relève de l'irrationalité, du populisme ou du danger.
Le journalisme contemporain n'écrit plus : il désinfecte la réalité pour la rendre présentable aux puissants. Il ne décrit pas le monde, il le désodorise. Il ne nomme pas les rapports de force, il les parfume.
De nos jours, les éditorialistes ne sont pas des journalistes : ce sont des agents de normalisation. Leur fonction n'est pas d'informer, mais de discipliner le réel, d'enjoliver la misérable réalité. Ils expliquent pourquoi les guerres sont nécessaires, pourquoi les licenciements sont inévitables, pourquoi la répression est raisonnable, pourquoi les pauvres exagèrent et pourquoi les riches rassurent.
La presse exhale l'odeur rance
de la domination naturalisée
Dans la presse sanctifiée où la déontologie a été sacrifiée, chaque mot est un alibi.
« Réforme » sert à camoufler le pillage social. « Responsabilité » à faire accepter l'austérité. « Maintien de l'ordre » à justifier les mutilations. « Dérapage » à absoudre les crimes d'Etat. Le lexique est propre, l'intention est sale. Plus la langue journalistique se fait hygiénique, plus elle empeste.
À force d'être mâchés par les rédactions, prémâchés par les agences, régurgités par les éditorialistes de service, les mots ont perdu leur sens et gagné une odeur. Celle de la soumission. Celle du renoncement. Celle d'une langue qui a choisi le confort des euphémismes plutôt que la vérité brutale des faits sociaux.
Les médias dominants ne mentent pas par excès de zèle, mais par fidélité à leur mission de classe. Ils produisent une langue amputée de toute conflictualité, une langue désarmée, domestiquée, rendue inoffensive pour le capital et toxique pour les dominés. Ils n'informent pas : ils désorientent. Ils ne décrivent pas : ils prescrivent. Ils neutralisent. Ils anesthésient. Ils transforment le réel en prose inoffensive, acceptable, digeste – donc inodore pour les consciences dominantes, pestilentielle pour quiconque respire encore hors du consensus.
Quand Marx écrivait que les idées dominantes sont les idées de la classe dominante, il parlait déjà de la presse. D'un langage qui ne reflète pas la société, mais l'organise idéologiquement. D'une langue qui ne sent pas l'encre, mais le pouvoir. Et plus ce langage prétend être neutre, professionnel, « objectif », plus il exhale l'odeur rance de la domination naturalisée.
Le journalisme contemporain ne s'effondrera pas sous le poids du mensonge, mais sous celui de sa propre puanteur. Car lorsqu'une langue cesse de nommer l'exploitation, la violence et la domination, elle ne devient pas neutre : elle devient complice. Et une langue complice finit toujours par sentir la charogne.


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