«Depuis 1957, l'Afrique organise tous les deux ans la coupe d'Afrique des Nations. Mais ils disent aujourd'hui qu'elle aura lieu tous les quatre ans. Ce n'est pas normal, il faut respecter l'Afrique» (Claude Leroy). La Confédération africaine de football envisage de faire passer la Coupe d'Afrique des nations d'un rythme biennal à une organisation tous les quatre ans. Une réforme majeure, annoncée en décembre 2025 par le président de la CAF, Patrice Motsepe, officiellement pour «harmoniser le calendrier du football africain». Mais la décision est loin de faire l'unanimité. Pour plusieurs anciens dirigeants, techniciens et experts économiques, ce changement pourrait fragiliser durablement l'économie du football africain. «Passer d'une CAN tous les deux ans à une CAN tous les quatre ans, c'est comme passer d'une messe par semaine à une messe par mois», résume un professionnel du secteur. Une compétition vitale pour les finances de la CAF Suivie par plus d'un milliard de téléspectateurs à travers le monde, la CAN constitue la principale source de revenus de la CAF. Selon plusieurs estimations, elle représenterait aujourd'hui entre 40 % et plus de 80 % de ses recettes. Pour Junior Binyam, ancien responsable de la communication et ex-chef de cabinet du secrétaire général de la CAF, le danger est clair. «La faisabilité n'est pas le problème. La vraie question est celle du fondement économique de cette décision. Existe-t-il une étude sérieuse montrant qu'un passage à quatre ans générerait plus de ressources ? Rien ne l'indique», avertit-il, évoquant même un possible «suicide économique» en l'absence de revenus alternatifs solides. Une réforme sans consultation ? Au-delà de l'aspect financier, la méthode interroge. Plusieurs fédérations africaines dénoncent une décision prise sans réelle consultation ni vote des membres, alimentant la colère des acteurs du football sur le continent. L'ancien sélectionneur Claude Le Roy se montre particulièrement critique. Opposé à une CAN tous les quatre ans, il parle d'une réforme «contre le développement de l'Afrique» et pointe l'influence de la FIFA. «Depuis 1957, l'Afrique organise la CAN tous les deux ans. Dire aujourd'hui que ce n'est plus normal, c'est un manque de respect pour le continent», affirme-t-il, rappelant l'impact direct de la CAN sur les infrastructures sportives, l'emploi et la visibilité du football africain. Ligue des Nations africaine : une solution encore floue Pour compenser la perte financière, la CAF évoque la création d'une Ligue des Nations africaine, inspirée du modèle européen. Mais là encore, le flou domine. «Personne n'explique comment cette compétition sera organisée, financée ou structurée», souligne Junior Binyam ex-responsable de la communication et ancien chef de cabinet du secrétaire général de la CAF, qui met en garde sur les conséquences de cette révolution. Pour lui, cette dernière met en péril la vie financière de la CAF. «Sur la faisabilité, le débat ne se pose pas. Si la CAN peut se jouer tous les deux ans, elle peut aussi se jouer tous les quatre ans. La vraie question est celle du fondement de cette décision. Existe-t-il une étude démontrant que ce passage à quatre ans permettrait à la CAF de générer davantage de ressources ?», s'interroge-t-il et d'ajouter «Sans étude claire, difficile de croire qu'elle pourra combler le manque à gagner». En attendant, la CAN reste biennale. La prochaine édition est maintenue et se déroulera comme prévu au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. La réforme, si elle se confirme, ne serait pas appliquée avant plusieurs années. Reste une question centrale : la CAF peut-elle se permettre de toucher à la compétition qui fait vivre son écosystème ? Pour de nombreux observateurs, le débat est loin d'être clos.