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Sidi Safi: Khalti Mama, la doyenne boucle ses 110 ans
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 02 - 10 - 2011

Pour «Le Quotidien d'Oran», c'est devenu une tradition de lui rendre visite, chaque année autour du 20 septembre, jour de sa naissance en 1901. On l'avait «découverte» en 2006. A l'époque, elle avait déjà 105 ans. Comptez vous-même combien, elle a en fait cette année. On est passé, jeudi dernier chez elle pour lui souhaiter «Joyeux anniversaire». Khalti Mama, c'est d'elle qu'il s'agit, habite chez son fils cadet Bouziane, à Sidi Safi, plus précisément à la cité «08 Mai 45». C'est son petit-fils Miloud qui nous a ouvert la porte. Et comme l'année dernière, Khalti Mama nous attendait dans une pièce dite «d'invités». Il était environ 16 h.
Les années passent et repassent et notre centenaire n'a presque pas changé d'une ride. C'est une femme encore «debout» que nous retrouvons. Elle a toujours cet esprit alerte et un cœur d'acier. Elle n'a rien perdu de sa lucidité sauf ses yeux, de leur clairvoyance. A peine, lui avoir révélé ma profession et que je suis celui qui lui a rendu visite l'année passée, que Khalti Mama commence à mettre à nu mon identité. Elle me cita les noms de mon père, de ma mère, de mes sœurs, mes grands-parents… (Je suis natif de la région). Son petit-fils est trop jeune pour lui avoir soufflé tout ça. Son père Bouziane, non plus, il n'était pas là. Je vous laisse en juger : mon père, s'il était encore en vie, il devrait avoir aujourd'hui 98 ans, mon grand-père est mort en 1924. On s'échangeât quelques chroniques, que j'enchaîne sur l'incontournable question : «Quel âge as-tu yâ yâmâ? », lui dis-je. Elle répond sans façon : «miâ ouâ âchrâa (comprendre 110 ans)». La bonne femme s'appelle bien Mama Saidani née Chikh. Elle vient de faire ses 110 ans. Elle est bien née le 20 septembre 1901 à 09h, dans la commune de Béni-Saf comme c'est mentionné sur son livret d'état-civil ou de famille. (Bien enregistrée sous l'acte n°94). Elle avait vu le jour près de Sidi Mehdi, un hameau situé à 10 km à l'ouest de Béni-Saf. Son père se nomme Si Abdelkader Ould Si El-Mehdi et sa mère, Nouia Messaouda bent M'Barek. Nombreux de ses aïeux étaient « tolbas » (hommes qui apprennent par cœur le Coran), aimerait-elle, souvent le préciser. A croire ou ne pas croire, cette créature humaine est bien encore en bonne forme. Notre étonnement ou plutôt notre admiration était qu'à chaque question s'affichait une réponse toute instantanée et surtout toute mesurée. Khalti Mama montrait une clairvoyance et une lucidité incomparables à cet âge. Ce qui étonne chez elle c'est qu'elle garde encore une bonne ouïe et un esprit clair. A chaque fois qu'on échangeait bassement quelques mots avec Miloud, elle intervenait pour apporter des détails sur la réponse fournie par son petit-fils. «Ce Ramadhan, elle a fait une chute due à une hypertension, ce qui lui a fait rater une bonne partie des prières des «Taraouih» à la mosquée. Sinon elle aurait été présente au milieu des femmes comme les années précédentes. Encore que, et à l'inverse des autres années, Khalti Mama, cette année n'a pas observé le jeûne exceptionnel habituellement observé après Ramadhan (06jours du mois de chaouel). Malheureusement encore, elle ne sort plus comme avant à cause des séquelles de sa chute. Rarement pour aller notamment chez l'épicier du coin. Son petit-fils Miloud confirme les propos de son père «A chaque fois qu'on lui dit qu'il revient aux enfants de faire des commissions, elle lui répond «me voyez-vous déjà vieille ?» Depuis près d'un siècle, elle a toujours habité Sidi Safi, 08 km à l'ouest de Béni-Saf.
Nous autres, les jeunes du village, à chaque fois qu'on la croise dans la rue, avons été ébahis par sa démarche toujours élancée, nous a dit Saïd, un villageois. Si l'on vient à décrire brièvement Khalti Mama, c'est une femme petite de taille et très mince. Ses yeux semblent un peu perdre de leur acuité, mais son visage, au vu de son âge, semble moins ridé. Son ouïe et son esprit, qui sont en parfait état feraient rougir un sexagénaire ! Khalti n'a certes plus ses dents mais elle n'a pas eu trop de problèmes de santé dans sa vie, ni encore aujourd'hui. De ses secrets alimentaires, elle dit ne manger que du naturel durant tout un siècle, à titre d'exemple, beaucoup de soupe de légumes et du couscous au lait de vache. On raconte que Khalti Mama a un cœur gros comme ça, qu'elle a toujours su garder le sourire, qu'elle ne se mêlait pas trop des affaires des autres. Ce qui lui a donné une vie moins mouvementée encore moins tourmentée. A Sidi Safi, elle était, jusqu'à un âge avancé, l'accoucheuse du village. Durant plusieurs décennies, Khalti Mama était venue en assistance à un nombre incalculable de femmes lors de leur accouchement. Khalti Mama a eu 06 enfants dont 04 sont toujours en vie qui lui ont offert plus d'une soixantaine de petits et arrières petits enfants. Quand on lui évoque les temps de la Révolution algérienne, elle nous cite de suite les noms de djounouds qui se sont battus dans la région comme Miloud « Ravage » (de son vrai nom Bensafi Miloud), les frères Bendaoud, les frères Bentata, Djelloul le frère de Miloud, Boukraa, Bensalah… Elle raconta qu'un jour elle les avait invité à un grand couscous. Les autres fois, elle leur préparait des galettes et du pain. Elle se rappelle aussi de l'état de siège du douar imposé pendant une semaine par l'armée coloniale. C'était en 1957 et elle avait déjà 56 ans. Dire aussi, qu'elle n'a jamais cherché à déposer un dossier pour devenir membre de l'OCFLN. Khalti Mama prétend aussi qu'elle n'a jamais failli à son devoir de citoyenne tel l'acte du vote. Quant à son rêve, un voyage aux Lieux Saints, il s'est envolé. «Je n'ai plus les yeux d'antan et le physique pour y aller», nous dira t-elle avec amertume. Son vœu aujourd'hui, c'est d'avoir une rente plus décente, si l'on peut dire, qui lui permettra de faire face à ses nécessités notamment d'ordre médical. Khalti Mama suit un traitement lui permettant de réguler sa tension artérielle. Elle perçoit 6.000 DA par mois d'aide de l'Etat (indemnité de vieillesse). «C'est insuffisant !», dira-t-elle. L'entretien aura duré près d'une demi-heure et de peur de fatiguer notre doyenne, nous lui fîmes, comme d'habitude, nos adieux, lui souhaitant (lui promettant aussi) longue vie et espérant de revenir l'année prochaine pour ses 111 ans (inchâ Allah). Pour être plus complet dans cette histoire de centenaire, la localité de Sidi Safi compte parmi sa population un homme qui devrait être centenaire en janvier prochain. Il s'appelle Bensafi Baghdadi ould Benmoussa. Aujourd'hui cet homme fait toujours des apparitions dans le village notamment pour aller à la mosquée. Qu'Allah le Tout Puissant prolonge la vie à tous ces providentiels.


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