Y aurait-il des réseaux professionnels qui exploitent la filière de la mendicité ? La question est posée depuis longtemps et, même si l'on ne doute plus du «professionnalisme» des mendiants, personne n'a apporté des preuves concrètes qui viendraient confondre de telles pratiques immorales. Le simple constat corrobore les avis largement partagés au sein de la population, «la mendicité est devenue une profession épousée par des familles entières. Et le chef de famille fait souvent figure de chef d'entreprise», soutient-on. On sent que l'organisation des mendiants est savamment étudiée, relèvent des citoyens, rien n'est laissé au hasard ou à l'improvisation, les mendiants arrivent tous les matins, certains par véhicules, et chacun prend possession de son coin, sur un espace public où la densité des passants est un critère de choix essentiel, et tout ce beau monde disparaît dans l'après-midi, bien sûr non sans avoir échangé en billets de banque les pièces de monnaie récoltées à longueur de journée chez les commerçants. Et ce qui renforce mieux l'opinion générale qu'on se fait sur les mendiants, c'est la transformation des routines ancrées jusque-là dans les décors urbains. Depuis quelques jours, on assiste médusés à l'apparition d'une nouvelle forme de mendicité à peine voilée par un ingénieux «subterfuge» qui vient encore asseoir la thèse de l'exploitation ou l'immixtion des réseaux professionnels dans ce créneau. Les mendiants se mettent à la vente de papiers mouchoirs. Sans exception, tous les mendiants qu'on a l'habitude de rencontrer sur les lieux publics ne demandent plus l'aumône, du moins pas ouvertement. «Achetez du papier mouchoir, s'il vous plaît, que Dieu vous garde», les supplications des gosses et des femmes qui, hier encore, demandaient quelques pièces aux passants ne sont pas loin de la demande de charité. Des mendiants devenus comme par enchantement des vendeurs très persuasifs en jouant sur la fibre de l'apitoiement et de la compassion des acheteurs, personne ne peut croire qu'il s'agit d'une conversion fortuite. «Ce n'est pas un ou deux mendiants qui se sont perfectionnés en adoptant cette stratégie de vente de papier mouchoir, chose qui aurait pu nous faire croire à une bonne habitude, mais on se met à l'évidence qu'il existe bien un réseau professionnel qui fait tourner la machine lorsqu'on est en face d'une métamorphose totale qui touche tous les mendiants au niveau du centre-ville de Constantine et dans d'autres agglomérations, à l'enseigne de la nouvelle ville Ali Mendjeli», estiment plusieurs avis circonspects. C'est sûr que ces mendiants s'approvisionnent à la même source en papier mouchoir, et c'est sûr qu'ils doivent faire le bilan de la situation des ventes chaque soir avec le «patron» ou celui qui leur a filé la marchandise. Comment ne pas penser alors qu'on est bel et bien dans l'atmosphère d'une entreprise qui emploie des mendiants (officiellement, les services recensent près de 120 mendiants à Constantine) !? En tout cas, devant tant d'indices, cette conversion des mendiants en vendeurs informels de papier mouchoir ne peut être qu'un maquillage de la réalité afin d'échapper aux dispositions dissuasives de la loi qui interdit la mendicité sur les lieux publics, surtout lorsqu'on utilise des enfants pour toucher la sensibilité et la pitié des bienfaiteurs.