La mosquée El-Amen, située au cœur de l'ancienne ville de Souk Ahras et réhabilitée pour une somme qui a dépassé les cent milliards de centimes, n'arrive pas à dissimuler, une année après son inauguration, les traces d'une grande transaction où toutes les supputations sont permises. Le projet fut lancé, la première décennie du siècle, après moult débats autour de ses objectifs et du budget important prévu pour améliorer ses commodités. On parla même d'un «joyau architectural» et on annonça pompeusement l'arrivée à la rescousse d'artisans turcs et de maçons qualifiés d'outre-mer, qui seront payés au prix fort. Nenni. Du béton et rien que du béton, des manœuvres made in Souk Ahras et quelques alibis pour justifier une opération de réhabilitation au prix d'un mégaprojet. Des dizaines d'arbres furent saccagés pour y ériger des commerces hétéroclites, des espaces non exploités furent improvisés, deux voies publiques furent éliminées et des fidèles ont failli passer de vie à trépas le jour où le lustre principal qui pèse plus d'une tonne a perdu ses relais de suspension. «Le carnage fut évité de justesse le jour où ce corps énorme s'est effondré en pleine salle de prière», a commenté un fidèle de la mosquée qui n'est pas à son unique critique. Il a relevé, tout comme d'autres gens, des anomalies urbanistiques et une gestion qui ne sied guère à ce lieu de culte. Les habitants des rues mitoyennes se disent outrés par l'installation de caméras de surveillance orientées vers leurs fenêtres et patios, portant atteinte, de fait, à leur intimité. «Nous savons tous que l'utilisation des caméras de surveillance est réglementée par des textes et que celles-ci ne doivent en aucun cas dépasser le champ de l'édifice concerné. Or, nous avons dans ce cas précis un zoom qui s'étend jusqu'à 300 mètres et qui surplombe, en plus des maisons privées, des édifices étatiques, à l'instar des banques et du siège du premier arrondissement de la sûreté urbaine», s'en est inquiété B. Abdelouahed, un habitant du quartier, qui y voit une mesure en contradiction avec les lois en vigueur. L'utilisation démesurée des haut-parleurs est l'autre atteinte contestée par lesdits habitants, qui évoquent un excès de zèle que les préceptes fondamentaux de l'islam répriment. «Il n'y a que la mosquée El-Amen qui lâche à l'extrême ses décibels sans égard pour les nouveau-nés, les personnes âgées et autres grabataires», a fait savoir à El Watan un étudiant en théologie. Lequel étudiant dénoncera, dans la foulée, l'installation à l'entrée principale de la mosquée de blocs en béton pour interdire le stationnement aux automobilistes. «L'islam qui porte en lui les meilleurs exemples d'urbanisme et d'urbanité ne saurait se reconnaître à travers tels comportements», a-t-il ajouté. En effet, pas moins de huit blocs en béton sont installés à même la chaussée en guise d'obstacles pour le stationnement des véhicules, a-t-on constaté. Ce même problème de stationnement est aussi posé avec acuité par rapport à l'inexplicable transformation de deux rues en piétonnière, pénalisant ainsi les dizaines de fidèles qui trouvent du mal à s'acquitter de leur devoir religieux en l'absence de parkings surveillés, prévus pourtant dans le projet aux mille entorses. Il s'agit d'un sous-sol aménagé comme aire de stationnement et qui a pris en dernière minute l'aspect d'un grand espace commercial avec un flux supplémentaire de véhicules. Passé les transactions, la mosquée El-Amen entre en phase de critiques.