Les cours du pétrole, les traders ayant déjà anticipé les frappes américaines sur le Venezuela, n'ont connu aucune modification et ayant été coté le 5 janvier 2025 à 60,67 dollars le Brent (51,93 euros) pénalisant les pays qui importent en euros et 57,28 dollars le Wit (49,02 euros). Le Venezuela, paradoxe pays très riche, mais une économie qui vit sous perfusion de la rente des hydrocarbures, a une population relativement faible (28,5 millions d'habitants) pour un PIB estimé en 2024 de 83 milliards de dollars dépendant pour plus de 95% de ses ressources en devises des hydrocarbures. L'inflation avec une sphère informelle dominante due à la crise économique bien qu'il n'y ait pas de chiffre précis et récent pour le pourcentage du PIB informel, selon des estimations récentes, suggèrent que le secteur informel est massif, reflétant le fort taux de chômage, représentant potentiellement plus de 50% , voire jusqu'à deux tiers de l'économie, avec des estimations entre 2024/2025 avec des sources divergentes, plus de 270 % (Statista) ou 180 % (Coface), Quant à la valeur de la monnaie le Bolívar vénézuélien (VES) face au dollar (USD) entre 2000 et 2025, il connaît une chute vertigineuse avec des dévaluations successives due à l'hyperinflation, passant début des années 2000, autour de 2 à 3 bolivars pour 1 USD, ayant été coté en 2018 de ~10 VES/USD à ~2400 VES/USD, avec plusieurs reconversions (retrait de zéros) et début janvier avant l'intervention américaine, 1 dollar US entre un maximum de 304.299 le 02-01-2026 et un minimum de 290.988 le 27-12-2025. Les réserves internationales brutes (en USD y compris l'or) étaient estimées à environ 10,3 milliards de dollars en 2024 et les estimations pour 2025 sont de 13,5 à 13,6 milliards de dollars. Quant à la dette extérieure, elle varie légèrement selon les sources, où en 2024, elle est estimée à plus de 164 milliards de dollars, avec un ratio dette/PIB autour de 146-164 %, malgré une légère amélioration du solde courant. La production pétrolière du Venezuela est relativement faible entre 850.000/900.000 barils par jour dont plus de 50% en direction de la Chine et très accessoirement Cuba à des prix en dessous du prix international pour contourner l'embargo.. Paradoxe, le Venezuela possède le premier réservoir mondial de pétrole lourd (300 milliards de barils) avant l'Arabie saoudite et 5500 milliards de mètres cubes de gaz naturel de réserves 10e rang, ainsi que d'importantes richesses naturelles en gaz naturel, minéraux (or, bauxite, fer, nickel, charbon) et un grand potentiel agricole et hydraulique. Cela montre que la richesse d'une nation ne se mesure pas à ses ressources naturelles mais à son mode de gouvernance et la valorisation du savoir. Le Venezuela peut facilement porter sa production actuellement très faible à cause des sanctions américaines qui ont eu comme impact la faiblesse de l'investissement et le délabrement des sites pétroliers, au même niveau que celui des USA entre 13,2 et 13,8 millions de barils jour, de la Russie (10,3 à 10,75 millions de barils jour) et de l'Arabie saoudite entre (9, 5 à 10,9 millions de barils jour), soit près de 33% de la production mondiale évaluée à plus de 104 millions de barils par jour. Et cela est fonction de l'évolution du cours du pétrole dont les déterminants sont les tensions géostratégiques, le niveau de la croissance de l'économie mondiale qui détermine la demande, du coût d'exploitation, (pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables), l'évolution du développement des énergies substituables renvoyant au rythme des économies d'énergie et de la transition énergétique. La leçon de l'intervention américaine montre qu'au XXIe siècle, dans les relations internationales c'est le primat des intérêts et des rapports de force qui modèlent le nouvel ordre mondial, l'ONU étant devenue impuissante à faire respecter le droit international. La réaction est mitigée à l'initiative US des dirigeants des grandes puissances européennes comme l'Allemagne, la Grande Bretagne, la France, l'Espagne, et surtout l'Italie qui a apporté son soutien. Les réactions sont beaucoup plus diplomatiques que coercitives contre les USA, tant de la Chine que de la Russie dont les présidents américains et russes tissent des liens sous-tendant en contrepartie une entente pour une solution en Ukraine. Cette expérience montre la vulnérabilité d'un pays qui dépend d'une rente et que toute puissance militaire et sécuritaire est sous tendue par la puissance et d'une adhésion sans faille des différentes couches de la population, tenant compte de leurs différentes sensibilités renvoyant à la bonne gouvernance. Dr Abderrahmane Mebtoul