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Edward Saïd, un palestinien hors normes
Publié dans El Watan le 21 - 04 - 2005

D'autres ouvrages ont suivi comme Culture et Impérialisme ou encore Commencements. Mais ce jeudi je vous parlerai de ses Mémoires A contre-voie, livre traduit du titre anglais beaucoup plus parlant Out of Place, et que je traduirai plutôt par «Déraciné», ce qui correspondrait plus à la vie d'Edward Saïd telle que décrite dans cet ouvrage fascinant de vérité.
A Contre-voie comporte 430 pages.
Pourtant, Edward Saïd ne parle pas de toute sa vie. Edward Saïd raconte son enfance, son adolescence, ses premières années de vie d'adulte, de vie d'étudiant. Si aujourd'hui n'importe quelle personnalité ayant une vie publique se sent obligée de mettre sa vie au grand jour, Edward Saïd écrit plutôt cette autobiographie dans la douleur, pratiquement sur son lit de mort, car il se savait condamné à cause d'un cancer insidieux qui l'a emporté en 2003 à New York. Palestinien, il semble qu'il a voulu s'écrire pour dénouer quelques nœuds avec ses parents et pour laisser un témoignage véridique d'une famille palestinienne forcée à l'exil comme tant d'autres qui n'ont pas la possibilité de s'exprimer. Dans cette autobiographie, il y a deux niveaux d'écriture et de thème. L'un très personnel et l'autre historique, les deux s'entremêlent forcément. En effet, Edward Saïd nous fait pénétrer dans le monde intime de sa famille, à la rencontre d'une mère particulièrement possessive, d'un père très soucieux de la réussite de ses enfants, surtout de son seul fils Edward, au point qu'il néglige de démontrer son amour paternel, obsédé uniquement par ses affaires et la réussite de son fils qu'il veut en fait protéger de la politique. La surveillance étroite de ses parents a beaucoup inhibé le jeune Edward, et l'on a du mal à concevoir que derrière le personnage international qu'il est devenu se cache une enfance certes bourgeoise, aisée, mais si solitaire, si triste, à la limite castratrice. Par exemple, il décrit un épisode de son enfance où un été sa mère lui donne des courses à faire toute la journée dans le seul but était de l'occuper jusqu'à épuisement afin qu'il ne fasse pas de «bêtises», en sachant que l'épicerie la plus proche de ce village libanais était à six ou sept kilomètres. La famille n'avait plus le droit de retourner à Jérusalem, leur ville ancestrale. Ce qui est frappant dans cet ouvrage, c'est la facilité avec laquelle les détails les plus intimes de cette famille sont révélés, mis à nu. Dans cette autobiographie, il montre comment il a souffert de son nom, prénom Edward et nom Saïd, Palestinien chrétien, il est suspect des deux côtés. Etudiant aux Etats-Unis, on lui rappelle constamment son origine malgré son prénom et malgré les efforts fournis par son père pour qu'il soit parfaitement américain, car il n'a fréquenté que les écoles britanniques et américaines au Caire, dont il dresse une description détaillée, soulignant l'archaïsme et le ridicule d'un enseignement qui ne correspondait pas du tout à la réalité et à l'environnement cai rote. Ainsi donc, Edward parle à sa mère, à son père, essaie de comprendre une enfance vécue dans des exils géographiques réels et des exils intérieurs à cause de parents croyant bien faire et le protéger, le transformant en machine à réussite dans tous les domaines, parfait pianiste, docteur d'Etat en littérature, critique littéraire, écrivain… A l'intérieur de cette enfance et adolescence, Edward Saïd nous raconte, par le biais d'une histoire personnelle, l'histoire du peuple palestinien que le traité de Balfour de 1948 a obligé de quitter les terres palestiniennes, les maisons, les biens, les ancêtres pour laisser place aux juifs nouveaux arrivés, donnant un lieu à ces derniers, en mettant en errance tout un peuple autochtone. Edward Saïd, qui écrit son histoire, écrit l'histoire de tous ces Palestiniens qui ne peuvent pas s'exprimer. Il raconte comment le Palestinien s'est éparpillé dans le monde ; il démontre un vécu, par exemple celui de son père, qu'il comprend mieux sur son propre lit de mort. Edward Saïd comprend que l'obsession de son père était de tirer un trait sur cette Palestine qu'on lui avait volée en échange de la nationalité américaine. Ce père ne souhaitait qu'une chose : que son fils soit totalement, uniquement américain. Et toutes les douleurs de cette famille, ses faits et gestes, les décisions, les éloignements pour études et autres, les errances s'expliquent par ce manque d'un pays ancestral qu'on leur a volé, une douleur qui persiste jusqu'à la mort, un goût amer chez Edward Saïd qui écrit : «Je vis un déchirement au sujet de la Palestine que j'ai seulement réussi à comprendre et à résorber… l'ambiguïté à l'égard de ce lieu, la complexité de son arrachement, sa perte douloureuse exprimée dans tant de vies brisées, y compris la mienne, et son statut de pays admirable pour eux (mais bien entendu pas pour nous) réveille toujours en moi la souffrance et la conscience d'être désespérément seul, sans défense, sensible à des agressions insignifiantes qui deviennent soudain graves, menaçantes et contre lesquelles je n'ai pas d'armes (pp 216-217).» Une autobiographie dure à lire, mais si enrichissante, qui dit l'éparpillement et le déchirement des Palestiniens à travers le monde.


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