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Point de vue
Qui se souvient du 16 janvier 1992 ?
Publié dans El Watan le 16 - 01 - 2005

Oui, c'est vrai ! Qui se souvient encore de ce 16 janvier 1992 qui nous vit revenir Mohamed Boudiaf après son long exil de 28 ans ? Une date que beaucoup d'entre nous ont vite oublié, car tant d'événements se sont succédé dans cette pauvre Algérie qui n'en finit pas de souffrir et de compter ses malheurs !
Et pourtant, rappelons-nous le, ce lointain 16 janvier 1992 avait été perçu par la majorité des Algériennes et Algériens comme une véritable bouée de sauvetage, une bien belle éclaircie dans un ciel particulièrement chargé de sombres nuages. Son arrivée remarquable à l'aéroport « Houari Boumediène », ses premiers pas sur le sol algérien, son émotion difficilement retenue et la présence de beaucoup de ses anciens compagnons venus lui souhaiter la bienvenue, avaient été, selon lui, parmi les plus beaux moments de sa vie. Il retrouvait enfin son pays. Sa chère Algérie, son peuple et ses enfants ! Il était fou de joie. Il avait réussi, il avait accompli son rêve, il était de retour parmi les siens. Après quelques minutes de repos, après le rituel des dattes et du lait offerts gentiment par cette gamine aux joues roses, fort intimidée, il se dirigea vers le salon d'honneur où l'attendait une meute de journalistes venus de tous les horizons, impatients, curieux de voir « ce Président importé », surgi de nulle part ! D'entrée, Boudiaf comprit qu'il devait plonger dans le vif du sujet : il n'était pas là pour faire le figurant ou pour jouer les seconds rôles. Ce n'était pas une marionnette. Il revenait en Algérie, au chevet d'une Nation moribonde. Il était parfaitement conscient de la tâche qui l'attendait. Il ne se faisait aucune illusion. Il devait rétablir l'ordre, éteindre l'incendie qui ravageait « la maison Algérie ». Les défis, les combats, les batailles livrées étaient inscrits au programme. Il se battrait avec toute son énergie et sa détermination ! Des âmes charitables lui avaient, pourtant, déconseillé de retourner au pays, de relever le défi. Un défi insurmontable. C'était trop dangereux, lui avaient-ils susurré à l'oreille ! L'ennemi d'aujourd'hui n'avait pas de morale. Cet ennemi s'attaquait au peuple, aux femmes, aux enfants et aux vieux. Le pays entier était livré aux terroristes, aux hordes sanguinaires qui circulaient en toute liberté et en toute impunité. L'autorité de l'Etat était inexistante. Non, décidément l'ennemi d'aujourd'hui ne ressemblait en rien à celui que ses glorieux compagnons et lui-même avaient affronté, combattu et vaincu ! Cet ennemi-là ne reculait devant rien et faisait preuve d'une violence inouïe ! Boudiaf en arrivant à Alger, savait tout cela. Il livrerait bataille. Son amour pour le pays, son courage, son patriotisme et son « Algérie avant tout » étaient bien plus forts que le danger que représentaient à ses yeux ces hors-la-loi, ces bandits des grands chemins ; ces apprentis sorciers. Un peu comme un certain 1er Novembre 1954 dont il s'inspirait, il allait remettre cela. Il tendait sa main aux Algériens et les invitait à se joindre à lui. Il comptait surtout sur la fierté et la dignité de tous pour livrer bataille à l'ennemi. Quel espoir ! Il ne faisait pas dans la dentelle. Il savait parler au peuple, trouver les mots exacts, rassurer, remonter le moral des troupes, foncer dans le tas. Il devait anéantir, s'attaquer à tous ceux qui avaient décidé de mettre le pays à feu et à sang ; C'était son combat ! Il en avait les moyens, puis, il savait que la jeunesse algérienne allait le suivre, l'accompagner dans son entreprise. Ce Boudiaf, que beaucoup de jeunes découvraient pour la première fois, inspirait le respect, l'admiration. C'était pour bon nombre d'entre eux, un vrai Algérien, pur et dur, fier et impétueux, animé d'une force et d'un courage indescriptibles. Bien plus, il parlait bien, annonçait la couleur, dénonçant en termes violents la mafia politico-financière, les corrompus, les saboteurs, les rapaces et autres vautours qui vampirisaient l'Etat algérien en imposant leur loi. C'est donc ce Boudiaf que nous découvrions en ce mémorable 16 janvier 1992 à sa descente d'avion. Revenu parmi nous avec beaucoup, beaucoup de rêve, d'espoirs et d'illusions. Des espoirs et des illusions qui nous auront bercé six mois durant. Puis, il y eut ce lundi funeste de Annaba, un certain 29 juin de la même année où Boudiaf tombait sous les balles d'un assassin, d'un illuminé préparé et dressé pour tuer ! Aujourd'hui, treize ans plus tard, comme de coutume, nous nous retrouverons à El Alia pour nous souvenir, pour commémorer, pour nous rappeler ces douloureux événements. Nous nous recueillerons sur sa tombe, comme de coutume.

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