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Sauvegarder l'esprit sportif
Publié dans El Watan le 21 - 11 - 2007

Un plan qui ne saurait se suffire de simples mesures conjoncturelles ou d'effets d'annonce, mais procéder d'une politique sportive nationale qui s'insère pleinement dans le cadre de priorités telles que l'éducation, la formation, la recherche, etc. Cette action ne peut également se concevoir qu'en liaison avec celles conduites, par ailleurs, par le gouvernement, tant le sport interfère maintenant avec toutes les séquences de la vie sociale : l'éducation, bien entendu, mais aussi la santé, la culture, la prévention, l'emploi, la vie locale, l'économie, l'entreprise, l'aménagement du territoire, etc. C'est à cette condition que le décalage entre son impact dans le corps social et l'attention dont il fait l'objet, pourrait enfin disparaître. La pratique sportive représente aujourd'hui un phénomène de société d'une ampleur sans précédent. Le sport est un fait social total et omniprésent dont l'univers participe à la paix sociale.
Les champions ont valeur d'exemple ; une exemplarité qui vaut, certes, par rapport au respect de la règle mais également par rapport au respect de l'esprit de la règle. Les sportifs qu'il s'agit de montrer en exemple à toutes les couches de la société sont surexposés et se retrouvent en fait prisonniers et boucs émissaires d'un système et de problèmes de société complexes et écrasants. A cet égard, il paraît souhaitable de réaliser les diagnostics et les analyses nécessaires à la bonne connaissance de la situation et à la définition des actions à conduire. D'une manière générale, les collectivités locales qui sont au cœur de la démarche, doivent être mieux associées et être totalement parties prenantes tant au niveau de la réflexion que de l'action. Une approche rigoureuse et méthodique suppose que l'ensemble de ces points découlent d'une politique nationale sportive conduite, elle-même, à partir d'un projet politique global. C'est à ce prix que la promotion de l'esprit sportif, la lutte contre la violence et le dopage pourront être soutenus par des mesures rationnelles et efficaces.
Lorsque l'objectif fondamental est la compétition, comme dans le sport, il faut, pour exister, battre l'autre et quelquefois, malheureusement, à n'importe quel prix : dopage, corruption, violence, mise en cause des institutions régulatrices, etc. Pourtant, l'adversaire n'est pas l'ennemi ; il est le partenaire indispensable. Sans lui, on ne joue pas, comme on ne peut jouer sans l'arbitre. La méconnaissance des règles, le refus de les appliquer, le refus des décisions de l'arbitre, les fins de match souvent difficiles, les agressions d'arbitres qui ont conduit certains à démissionner, le comportement inacceptable de certains dirigeants, entraîneurs et supporters créent un climat permanent d'insécurité qui, de l'avis de tous les acteurs du sport, est devenu intolérable. Il y a donc une nécessité impérative pour le ministère chargé des sports, du mouvement sportif et les collectivités locales à se mobiliser et à être des acteurs permanents de la lutte contre la violence et les incivilités dans et autour du sport. Les rencontres sportives exacerbent une foultitude de rivalités, de symboles et de significations ! mais, peut on s'en étonner ?
Dans Les Lois et selon Platon, «les compétitions gymniques avec les exercices qui les préparent, si elles ont un but, ne doivent pas en avoir un autre que celui-là : l'apprentissage de la guerre et la célébration des fêtes.» Le sport n'est pas une fin en soi ; il est mis au service de la cité. Les premiers philosophes avaient déjà introduit l'idéologie du sport d'Etat avec toutes les dérives que cela engendrera. Lorsqu'ils sont incapables de résoudre les problèmes politiques, bien souvent, les gouvernants demandent aux sportifs de le faire à leur place. Le modèle sportif de par sa médiatisation, ses tentatives d'instrumentalisation, s'est érigé en modèle comportemental, parce qu'il devient l'exemple. Les propos, les gestes diffusés autour et le jour de la compétition provoquent dès le lendemain, les mêmes propos et gestes répréhensibles de la part du pratiquant de base et des supporters. Parce que le sport est le référent, il est aujourd'hui l'un des derniers liens matériels palpable, l'un des derniers vecteurs susceptible de ramener à la vie sociale une catégorie de la population en déshérence, en un mot, pour reprendre la formule consacrée : la réinsertion sociale. Mais que serait le sport sans l'esprit sportif ? au mieux, un moyen d'essouffler l'asocial, un moyen de canaliser son agressivité pour l'étouffer sans suffire à créer ou à recréer un citoyen. Le respect de l'éthique sportive est bien souvent un premier pas vers le respect de l'éthique citoyenne. L'apprentissage, la connaissance et le respect de la règle sportive sont les premiers pas vers l'apprentissage, la connaissance et le respect de la loi républicaine.
Le respect de l'arbitre, des partenaires, des adversaires est le premier pas vers l'acceptation des règles élémentaires de socialisation. Dans un système idéal, le respect de l'esprit sportif devrait être d'abord suscité par le respect de l'éthique citoyenne que l'on suppose déjà acquise. Malheureusement, c'est loin d'être le cas pour le moment. Ce qui se joue dans la sauvegarde de l'esprit sportif, apparemment corporatiste, engage en réalité un avenir commun. Ce sont tous les acteurs, absolument tous les acteurs du sport, qui sont concernés : Etat, collectivités locales, dirigeants, pratiquants, supporters et les divers partenaires ; cette unité, ce lien, c'est notre lien citoyen. La pratique sportive quotidienne doit être l'occasion de mener des actions d'éducation et de prévention en profondeur et en partenariat, de rassembler tous les acteurs autour d'actions communes d'information et de sensibilisation. C'est ainsi que le sport occupera toute sa place en tant que véritable outil de lutte contre les incivilités et la violence. Plus que la règle sportive, c'est d'esprit sportif dont il faut parler : comme étant un dôme essentiel de valeurs éducatives à partir duquel peut s'élaborer la règle et sans lequel la règle sportive est complètement vidée de son sens.
Face à cet enjeu, ni un discours conjoncturel, ni des pétitions de principe ne peuvent suffire. Si l'on veut que l'esprit sportif ait force de droit, si l'on veut qu'il soit entendu comme tel et qu'il ait un réel impact sur la société, il serait nécessaire et utile de lui donner la force d'opposabilité au sens juridique du terme. Qui mieux que l'Etat, lui seul, Etat puissance publique, pourrait donner du sens, une légitimité, une opposabilité à l'esprit sportif ? Il est temps que l'on rende à l'esprit sportif un statut et une force attachés à la nature même du sport. Donner une légitimité à l'opposabilité de l'esprit sportif serait également la preuve d'un sursaut de salut public parfaitement justifié et d'actualité au regard des multiples atteintes portées, aujourd'hui, à la déliquescence du lien social et de l'éthique citoyenne. Une telle démarche passe par le développement de l'expression démocratique du monde sportif et au sein du monde sportif. Une démarche peu compatible avec l'archaïsme de certains phénomènes de cooptation. Il faudra s'interroger sur les modalités de fonctionnement et de progression à l'intérieur des Fédérations qui sont tout de même porteuses de l'expression d'un service public. Il faudra, également, s'interroger sur les modalités de la médiation fédérale, sur les modalités de règlement des litiges, qu'ils soient fédéraux ou pas, dans la mesure ou l'on admet le principe d'une «réintégration» de l'Etat et du droit.
Si l'éthique citoyenne est affaire d'Etat, affaire de démocratie, sa sauvegarde dépend aujourd'hui de la sauvegarde et de la promotion de l'esprit sportif. La lutte pour l'esprit sportif est une œuvre de longue haleine et un enjeu majeur qui fait appel au sens du devoir républicain. Le sport constitue l'une des activités qui tissent notre lien social, en permettant de valoriser la notion de règle et surtout l'intelligence de cette règle. C'est par le biais de l'esprit sportif et de la portée de ses valeurs que le citoyen en déshérence sociale peut être ramené vers le chemin de la loi républicaine. Il y a du point de vue de la mise en jeu de l'éthique citoyenne, urgence à redonner du sens, à redonner de la cohésion, urgence à rappeler l'intérêt et la portée de la règle commune. Pour paraphraser Lacordaire : «entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère» ; faut-il encore rappeler que c'est dans le cadre d'un Etat de droit que l'utilité de la règle et son respect ne sont pas frustratoires mais libératoires.
L'auteur est ancien responsable de l'éducation préventive
et du sport à l'Unesco


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