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El Alia : le plus grand cimetière d'Algérie fait peau neuve
Publié dans El Watan le 08 - 05 - 2009

C'est le plus grand cimetière d'Algérie, ce qui fait de lui la plus grande concentration de morts du pays, anonymes et officiels, mais dont l'emplacement résume bien des batailles de pouvoir. Enquête sur la terre des morts actuellement en rénovation. Le 15 avril, des travaux de réfection ont été entamés à El Alia.
Pourquoi ? Pour qui ? La rumeur avait donné Larbi Belkheir. Homme de l'ombre, sa mort se devait d'être entourée d'ombre. Mais il n'est encore pas mort et le quotidien Al Nahar a annoncé avoir reçu un coup de téléphone du « Cardinal ». Alors ce n'est pas lui. En fait, le 19 avril, le président Bouteflika est venu se recueillir ici, après sa prestation de serment. Tout simplement. Au cimetière d'El Alia, Alger Est, coincé entre la route de l'aéroport, Chinatown, le quartier chinois de Bab Ezzouar, et la cité de jeunes filles. Al Alia, du nom de la donatrice de ce terrain de 78 hectares, qui avait fait le vœu de voir tout le monde enterré ensemble, musulmans et chrétiens, algériens et étrangers. Le 2 mai d'ailleurs, c'est Jean Jacques Deluz, architecte suisse et grand amoureux d'Alger, qui y a été enterré, comme le voulait El Alia. Mais la tombe d'El Alia est-elle à El Alia ? Non, aux dernières nouvelles, elle serait vivante, centenaire, mais en Syrie. Va-t-elle finir comme l'Emir Abdelkader, enterré à Damas comme il le voulait, à côté de son maître Ibn Arabi et rapatrié à El Alia en 1966 ? De toutes les façons, il n'y a plus de place ici, dans ce cimetière où se serrent plus de 250 000 tombes. « Ils vont nous expulser pour faire de la place aux morts », annonce ammi Ali, 74 ans, le plus ancien fossoyeur du cimetière, qui vit avec sa famille entre des carrés de tombes dans une baraque de fortune depuis 1976.
Ammi ali ou la mémoire des défunts
La grande porte, puis l'entrée. Un chemin bien goudronné, encadré par de grands arbres. A gauche, l'esplanade centrale, celle des historiques. A droite, les autres carrés, ceux des moudjahidine. Dans lesquels on trouve ministres, poètes ou patrons des services secrets, pas forcément liés à l'histoire mais dont le régime est reconnaissant. Tout droit, le côté officiel disparaît peu à peu. Le goudron s'efface. Le cimetière chrétien. Puis des tombes anonymes à perte de vue, des stèles écrites en caractères chinois, l'une agrémentée d'un « USMA » tracé en rouge. Des ouvriers morts sur les chantiers des « indjazate » présidentielles. Puis un carré d'enfants, avec ses toutes petites tombes. A gauche, le carré anglais, avec son gazon tellement bien entretenu que c'est là que les gamins jouent au foot. Puis encore, des tombes par milliers. Sur un petit chemin de terre, une chaise est plantée sous un cyprès ombrageux. C'est celle de ammi Ali, le plus ancien de la quarantaine de fossoyeurs qui travaillent ici. « Vingt ans que je demande un logement ». En riant, il désigne son guennour, chèche enroulé autour de sa tête : « C'est sûrement à cause de ça. »
Ali Ayach, de son vrai nom, est originaire de Aïn Bessem, et a atterri comme fossoyeur ici il y a trente-trois ans. Il y est resté, y a fondé une famille. « On ne se plaint pas, j'ai l'eau et l'électricité et je gagne 10 400 dinars. » Ammi Ali offre même le café. Dégustation, dans un silence si plein que le moindre son s'entend. Un bruit derrière. Surgissant des tombes, une adorable fillette, cartable sur le dos. C'est la petite-fille de ammi Ali qui revient de l'école. Elle est née dans ce cimetière, il y a neuf ans. « A l'école, ils se moquent de moi et disent que je suis née avec les morts. » Mais elle dit cela en souriant. La mort ? « Regarde », fait ammi Ali en désignant de sa main calleuse un grand carré d'herbes folles. « El irhab. » Il s'en rappelle, après Bentalha et Raïs, des camions sont venus, déversant des victimes par centaines. Ils ont creusé et creusé, dans l'urgence, « et dans l'horrible odeur de décomposition qui venait du frigo », c'est-à-dire la morgue juste à côté, qui n'a qu'une capacité de cent cadavres. Une larme à l'œil, il se rappelle de cet enfant dont il a creusé la tombe, la gorge tranchée mais avec un sourire accroché aux lèvres. Ammi Ali pleure, lui qui a enterré des milliers de personnes. Il a même creusé la tombe de Boudiaf.
Il y a une vie pendant la mort
Des tombes par milliers, qui ne sont d'ailleurs pas alignées dans la même direction comme le veut la tradition, vers la Qibla. « Il y a bien longtemps, un Egyptien est venu tracer la Qibla », explique ammi Ali. « Il s'est trompé de direction et on a dû la retracer, d'où ce désordre. » Il faut partir, reprendre le chemin des morts à l'envers pour se diriger vers la sortie. Le temps de s'apercevoir que ce cimetière est vivant. Des joggers qui font leur sport quotidien, des enfants qui circulent à vélo ou un père qui apprend à sa fille à conduire une voiture. En plus de ammi Ali et de sa famille, 500 personnes vivent ici, dans un bidonville situé à l'angle sud-est. Il faut ressortir, pour retrouver la grande allée des officiels, le temps de s'apercevoir que c'est un régime vieux et finissant.
Ils vont bientôt tous atterrir ici. L'année dernière, des travaux ont été engagés sur l'esplanade, et le carré des martyrs a été rénové. Pour plus de place, « en prévision de la mort de Bouteflika, malade en 2008 », affirme un autre fossoyeur. Il n'est pas mort mais l'espace est resté. Et il y a encore de la place, les 22 de la Révolution n'étant pas tous morts. Et les autres non plus, où mettre les barons du régime ? Car l'Algérie des officiels s'enterre ici, mixée à l'Algérie des héros. On a envie de chanter Qassamen mais où est Moufdi Zakarya ? En fait, le cimetière ibadite est à l'extérieur du mur d'enceinte d'El Alia. Quand même injuste quand on sait que les chrétiens et même les Chinois sont à l'intérieur du cimetière. De toutes les façons, Moufdi Zakarya n'est pas là, il a été enterré là où il est né, à Ghardaïa. On va tous finir quelque part, aurait dit ammi Ali. Il a d'ailleurs un sérieux diabète, lui aussi va mourir et il le sait. A-t-il défini sa tombe à El Alia ? Non. « Je n'ai pas choisi ma vie, avait-il dit. Comment pourrais-je choisir ma mort ? »


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