C'est la grogne et l'effervescence dans le secteur de la santé. Les médecins, toutes spécialités confondues, et les paramédicaux accusent le ministre de la Santé, Djamel Ould Abbès, d'être «incompétent» et de vouloir pousser à l'émeute. «Ould Abbès souffle le chaud et le froid. Il n'a réglé aucun problème et n'a pris en charge aucune doléance. Il nous pousse à investir une fois de plus la rue et c'est ce qu'on va faire, face à toute cette cacophonie», expliquent les syndicats du secteur de la santé. Si le Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) attend le feu vert du conseil national pour reprendre la protestation, le syndicat des paramédicaux a déjà tranché la question et envisage de déposer incessamment un préavis de grève auprès des institutions concernées. Si les «infirmiers», dont le nombre dépasse les 90 000, rejoints par les biologistes, les sages-femmes, les praticiens, les spécialistes et les hospitalo-universitaires, entrent en grève, ce sera la paralysie des hôpitaux et le chaos total. Mais quels sont les éléments qui incitent à la protestation ? Selon le docteur Merabet, porte-parole du SNPSP, le ministre de la Santé n'a pas tenu ses engagements : «Il n'y a eu aucune avancée par rapport à notre statut ni sur le dossier du régime indemnitaire. Nous sommes le seul secteur qui reste à la traîne. A mon avis, nous ne sommes plus dans une situation de négociation. Tout échappe au ministre, qui pivote au milieu de nulle part et n'arrive pas à régler les problèmes du secteur.» La Fédération nationale des travailleurs de la santé, affiliée à l'UGTA, est sortie également de sa réserve pour tirer à boulets rouges sur le département de Ould Abbès. Ce dernier, d'après eux, a refusé de signer un procès-verbal conclu entre les deux parties, comme il a refusé d'associer le partenaire social pour la finalisation du statut particulier des paramédicaux. Refus du dialogue Dans une correspondance adressée à chaque direction de la santé des 48 wilayas, les services du ministre de la Santé reconnaissent ouvertement que le statut particulier des paramédicaux n'a pas encore été déposé auprès de la direction de la Fonction publique, ils demandent, à cet effet, la désignation d'un paramédical non affilié à aucun syndicat pour participer à la réunion sur les statuts des fonctionnaires de ce corps. «Un ministre de la République qui ne reconnaît pas le partenaire social et refuse de l'associer à la négociation, sous prétexte de divergences entre certains syndicats, est inadmissible. Il s'agit là d'un recul en matière d'acquis syndical et de fabulation pure et simple», déplorent les syndicats affiliés à cette fédération. Dans le détail, les syndicats reviennent sur la genèse du problème et font remarquer que suite à la série de réunions communes entre le ministère de la Santé et les membres de la fédération, une rencontre commune d'évaluation s'est tenue le 10 janvier dernier, sous la présidence de M. Ould Abbès. Les deux parties ont passé en revue l'état d'avancement des travaux des groupes de travail en place et ont convenu, dans un communiqué commun, de déposer les trois avant-projets de statut particulier relatifs aux paramédicaux, aux biologistes et aux sages-femmes au niveau de la direction générale de la Fonction publique en vue de leur promulgation dans les meilleurs délais, ainsi que la mise en place d'une commission pour la relance de l'avant-projet de statut particulier des praticiens médicaux titulaires d'un certificat d'études spécialisées (CES). Concernant le régime indemnitaire, les deux parties ont décidé d'installer une commission mixte chargée d'élaborer les projets de décrets relatifs au régime indemnitaire des corps des praticiens médicaux généralistes et des praticiens inspecteurs, ainsi que ceux des autres corps dès la promulgation de leurs statuts particuliers. Toutefois, une fois le communiqué finalisé, le ministère de la Santé a refusé de le signer et a demandé, en parallèle, aux directions de la santé de désigner un paramédical non affilié à aucun syndicat pour prendre part à la réunion sur les statuts des paramédicaux prévu pour demain. «Le ministre nous pousse à la révolte et à l'émeute. Dans le contexte actuel, il aurait pu jouer la carte de l'apaisement et non celle du pourrissement», préviennent les syndicalistes.