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Rapatriements : «Je veux être enterré en algérie»
Publié dans El Watan le 11 - 08 - 2017

Juin 2017 : les réseaux sociaux relaient des appels pour aider une famille à rapatrier le corps d'un jeune Algérien de 30 ans renversé par un camion. Il fallait rassembler au moins 8000 dollars pour le rapatrier. Et ce n'est qu'à la fin de cette opération, une fois tout l'argent ramassé, que l'ambassade a décidé de prendre en charge le rapatriement.
Juillet 2017 : un autre appel est lancé, toujours sur les réseaux sociaux, pour aider au rapatriement d'une jeune femme décédée lors d'un vol Canada-Algérie via l'Italie. Les appels se multiplient et la galère est presque la même chez les Algériens établis à l'étranger. «Pour rapatrier mon frère de Paris, cela nous a coûté 4000 euros, sans compter la complexité des démarches administratives. Heureusement que nous avons un ami qui a tout pris en charge», témoigne Nadia de Birkhadem.
Une promesse du gouvernement qui est d'ailleurs restée à ce stade. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, à l'époque, a instruit le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, de prendre en charge le rapatriement des dépouilles des ressortissants algériens, et ce, à travers la création d'un Fonds dédié aux rapatriements, il s'agit de la «Caisse de solidarité de la communauté algérienne établie à l'étranger». Ce Fonds est placé sous la tutelle du département des Affaires étrangères.
Toutefois, les «bénéficiaires» de ce fonds devraient être impérativement inscrits aux consulats d'Algérie de leur lieu de résidence. Cette annonce devait être applicable dès janvier 2017. Mais selon d'autres sources (lire l'entretien de Omar Chikh), elle n'est toujours pas en vigueur et ne concernerait que les familles nécessiteuses ! Qu'en est-il des assurances. Depuis 2009, la SAA, la seule caisse d'ailleurs en Algérie, a lancé un produit d'assurance de rapatriement de corps des Algériens résidant à l'étranger.
Puis depuis 2011, le produit a été repris et commercialisé par Amana assurance. La formule, selon Mohand Outabet Abdi, directeur général adjoint de Amana assurance «garantit le rapatriement du corps de la personne assurée décédée, depuis son pays de résidence à l'étranger jusqu'au lieu d'inhumation en Algérie et la mise à disposition d'un proche parent d'un billet d'avion, aller-retour, pour accompagner le corps».
Cette assurance, qui est valable dans tous les pays du monde, délivrée sans limite d'âge et sans visite médicale, toujours selon notre interlocuteur, peut être souscrite en Algérie auprès du réseau de distribution de la SAA, soit individuellement par la personne assurée elle-même ou par une tierce personne autorisée, soit collectivement par des associations d'émigrés algériens. La souscription collective donne droit à une réduction sur le montant de la prime selon le nombre d'assurés. Combien ça coûte ? «Tout dépend de l'âge de l'assuré», explique le directeur général adjoint qui affirme que le produit est disponible à partir de 25 €.
Sensibilisation
Mais les Algériens sont peu attirés par cette assurance, particulièrement ceux qui ont la garantie d'une prise en charge par les caisses des comités de village. «Les cotisations des comités de village dans certains régions s'inspirent du même principe des formules assurance», explique encore notre interlocuteur qui affirme que Amana enregistre actuellement 15 000 contrats d'assurance rapatriement par an, ce qui reste très loin du potentiel des assurés (près de 2 millions d'Algériens sont établis à l'étranger).
Un manque de sensibilisation ? Probablement oui, mais M. Abdi affirme le contraire : «Des campagnes de sensibilisation sont menées dans tout le réseau, des affichages urbains, des émissions radiophoniques à l'étranger.» Mais, affirme-t-il, toute cette vulgarisation n'a pas eu l'effet escompté. D'ailleurs, l'assurance rapatriement ne détient pas une bonne part du marché, selon Amana : «Les chiffres des parts de marché ne sont pas au rendez-vous», explique M. Abdi. En France, si la mort est une fatalité, le rapatriement des corps des défunts au pays en est une autre.
On est dans le chacun pour soi. Dans la communauté algérienne, pourtant la plus importante des communautés étrangères en France, jamais rien n'a pu être organisé de façon à réduire les coûts qui s'ajoutent à la peine de perdre un être cher. Pour Abdallah Zekri, ancien responsable régional de l'ex-Amicale des Algériens en Europe, délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM), c'est un rêve jamais réalisé : «A un certain moment, l'administration avait annoncé une négociation avec AXA pour le transfert des corps. Cette compagnie a exigé deux choses.
Un minimum de 120 000 adhésions/an et une caution d'un million d'euros. Si on n'atteint pas le chiffre d'adhésions, la compagnie se sert sur ce pécule. Les associations d'Algériens n'ont jamais été consultées, les discussions se faisaient à Alger avec des gens qui n'y connaissaient rien. Ça a foiré. Alors, ils ont tenté de traiter avec la SAA et la proposition de 25 euros par personne.
Oubliant que pour les familles, cela fait plus de 100 euros. En plus, il fallait signer le contrat en Algérie… Vous vous imaginez ? Les ressortissants sont allés dans les consulats où il leur a été répondu que le consulat ne s'occupe pas de cette question.» Le directeur général adjoint de Amana répond à cette préoccupation : «Les assurés peuvent signer de n'importe quel endroit de leur lieu de résidence.» Il est loin le temps où on comptait au moins 300 000 adhérents de l'Amicale.
Marchandise au poids
L'institution a disparu et «actuellement, avec toutes les associations confondues qui pratiquent le transfert de corps, il n'y a guère plus de 100 000 assurés (femmes et enfants compris) et on enregistre autour de 60 000 adhérents». D'autres aspects compliquent la donne, indique M. Zekri : «Les assurances refusent de prendre les adhésions tardives des personnes âgées de plus de 65 ans, ce qui pose problème. Pour les personnes âgées qui cotisent depuis longtemps, il suffit qu'elles cessent de payer une année et elles sont rayées.»
Ce qui freine beaucoup, c'est le coût, autour de 100 euros et plus, d'où le recul tardif de la décision de s'assurer. Abdellah Zekri parle d'une proposition possible : inclure le prix de l'assurance dans le tarif du passeport ou de la carte d'immatriculation des ressortissants : 5 ou 6 euros pour tous : «Cela ferait une caisse pour la prise en charge des corps. Il y va de soi que pour cela il faudrait adapter la loi de finances.» L'idée sera-t-elle un jour évoquée par l'Etat ?
Le coût du rapatriement s'élève à 1800 et 2800 euros, billets des accompagnateurs compris, selon le lieu de résidence en France, la somme étant moindre à Marseille qu'à Paris ou Lille. De plus, ce qui fait réagir M. Zekri, c'est qu'«on ne transporte pas un corps mais du poids, de la ‘‘viande''. Au fret à l'aéroport, le cercueil est pesé. Pour quelqu'un de maigre, cela va coûter autour des 550 euros, pour un défunt de 120 kg, cela peut aller à plus de 800 euros !» Il ajoute, s'adressant à Air Algérie, compagnie habilitée : «Il ne faut pas que ce transport soit celui d'une marchandise.»
Cimetière musulman
Un nouveau phénomène est celui de l'enterrement en France dans les carrés musulmans, dont le nombre augmente et qui sont rapidement pleins. Il n'est d'ailleurs pas plus économique qu'un transfert, sachant qu'il faut payer en plus le prix de la concession. Ali El Ketroussi est l'un des responsables de l'Association de solidarité et d'entraide de la communauté algérienne qui a presque 8000 adhérents dans tout le pays. Parmi eux, certains paient 150 euros l'année l'assurance obsèques via un assureur mutualiste.
Pour lui, «les adhésions, par rapport à la communauté, ne dépassent pas les 2%. Il est sûr que chacun est libre de la contracter ou non.» Certains préférant s'organiser en «caisse de village, une sorte de régie qui renouvelle les cotisations tous les ans pour se renflouer». D'autres adhèrent à une assurance obsèques à titre privé ou via des pompes funèbres musulmanes de plus en plus nombreuses et qui sont organisées en réseaux.
Farid, gérant de pompes funèbres, nous explique qu'il y en a une vingtaine à Paris et une centaine en France et que chaque année il estime à au moins 10 000 le chiffre des rapatriements. «Il y a des margoulins et il y a des sérieux», prévient M. El Ketroussi : «Le rôle des pompes funèbres est d'enlever le souci du transfert. Dans la cotisation des adhérents figure la prise en charge du défunt depuis son domicile en France jusqu'au lieu d'inhumation au pays, avec tous les transports nécessaires.»


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