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«Mettre du bonheur dans nos villes»
Brainstorming pour repenser l'urbain au MaMa
Publié dans El Watan le 29 - 01 - 2019

Dans cette deuxième et dernière partie de notre compte-rendu sur «La Rencontre d'Alger», qui s'est tenue samedi dernier au MaMa, l'accent est mis sur le développement durable, l'énergie, l'état de la baie d'Alger et le vœu de voir figurer le mot «bonheur» dans les appels d'offres.
Samedi dernier, le Musée d'art moderne et contemporain d'Alger (MaMa) a accueilli un débat passionnant sous le titre : «La Rencontre d'Alger : vers un urbanisme disruptif». Cette rencontre a été initiée, rappelle-t-on, par deux architectes de talent : Nacym et Sihem Baghli. Leur nom est viscéralement associé à un projet exceptionnel : Djisr El Djazaïr (voir El Watan d'hier).
Des architectes et urbanistes très en vue ont pris part à cette rencontre, mais également des opérateurs économiques, des polytechniciens, des artistes, des critiques, des experts de tout bord en somme, pour interroger ensemble nos espaces de vie et repenser l'urbain dans une démarche participative. «Pour nous, l'architecture doit se confronter à toutes ces disciplines.
C'est quelque chose de primordial. Un architecte, ce n'est pas quelqu'un qui est enfermé dans son bureau, en train de fabuler ou fantasmer tout seul. Il doit pouvoir partager sa passion et partager sa vision et son ambition avec toute la société. La Rencontre d'Alger, c'est exactement ça», résume Nacym Baghli.
«La baie d'Alger est malade»
L'un des thèmes centraux qui ont dominé les débats, c'est la notion de «Ville durable». La tribune ainsi offerte a été l'occasion d'alerter sur un certain nombre d'urgences. Intervenant dans le panel «Enseignement, développement durable, jeunesse», l'océanographe Abdelhafid Chalabi a tiré la sonnette d'alarme sur l'état de la baie d'Alger.
Il a indiqué qu'après les intempéries de ces derniers jours, «les eaux usées, les eaux sales qui d'habitude sont limitées à la pointe est de Cap Matifou, à Tamentfoust, sont arrivées pratiquement jusqu'à l'île Agueli (qui fait face au lac de Reghaïa, ndlr)». Il poursuit : «J'ai travaillé sur la baie d'Alger. La baie est dans un état lamentable. Il y a eu de très gros travaux, de très gros investissements, des analyses ont été faites, des études d'actualisation des données, mais indépendamment de la connaissance, on n'a même pas besoin d'être un très grand spécialiste.
Quand on goûte un vin, on n'a pas besoin d'être un œnologue pour savoir s'il est bon ou mauvais. La baie, c'est exactement la même chose, on la regarde, on sait si elle est en bonne santé ou pas. Et quand vous regardez la baie, c'est évident qu'elle est malade.» M. Chalabi livre cet autre témoignage : «R'mila est un cloaque. En se baignant dans l'eau, c'est comme si on se baignait dans un égout. Il m'est arrivé d'y aller pour des raisons professionnelles.
Chaque fois qu'on sortait de l'eau, on jetait notre combinaison à la poubelle.» L'expert international préconise de faire un travail de «monitoring» pour surveiller la baie. «Il n'existe pas de surveillance, d'évaluation régulière», déplore-t-il. Abdelhafid Chalabi insiste sur le fait que «toute activité qui doit se développer aujourd'hui doit s'inscrire dans le développement durable».
Il ajoute : «Si on s'inscrit dans la durabilité, la méthodologie est connue, c'est l'approche écosystémique. 90% du boulot, on sait le faire en Algérie.» «Le gros du travail, c'est l'acceptabilité sociale», dit-il. L'océanographe assure que la mise en route d'un projet proche du domaine maritime a souvent constitué une opportunité de mener une étude approfondie sur le segment de littoral concerné. «S'il n'y a pas d'initiative sociale, il n'y aura pas d'étude», soutient-il.
Le bâtiment représente 42% de la consommation énergétique
Dans ce même panel, il a été question d'un autre sujet brûlant : l'énergie. Tahar Moussaoui, spécialiste de l'utilisation de l'énergie dans le bâtiment, a centré son intervention sur «L'efficacité énergétique». «La ville de demain doit pouvoir consommer moins d'énergie, voire en produire», dit-il. Dans la foulée, il avance ce chiffre édifiant : «Le bâtiment consomme à lui seul 42% de la consommation énergétique totale de l'Algérie, ce qui est énorme. Le résidentiel consomme 32% d'énergie, le reste va au tertiaire.»
Mourad Louadah, PDG d'IRIS JC Industrial, un des fleurons du solaire dans notre pays, complète le tableau en affirmant : «En Italie, 75% de la consommation énergétique, c'est pour l'industrie. En Algérie, elle représente seulement 8%. C'est très grave.» D'après lui, il y a un problème d'isolation thermique, qui occasionne une déperdition d'énergie et celle-ci accentue à son tour l'effet de serre.
M. Louadah a évoqué un programme que mène son entreprise pour équiper des écoles de panneaux photovoltaïques, citant en particulier une école à Hydra et une autre à Gué de Constantine, qui marchent à l'énergie solaire «à 100%». Mourad Louadah incite les pouvoirs publics à repenser leur politique énergétique en indiquant que «80% du budget communal est dépensé dans l'énergie, entre les écoles, l'administration et les mosquées».
Parlant de la durabilité des architectures contemporaines, Yasmine Terki, directrice du Centre algérien du patrimoine culturel bâti en terre (Cap Terre), confie d'emblée : «J'ai été étudiante en architecture, et quand j'ai cherché des modèles intelligents, que ce soit du point de vue construction, du point de vue esthétique ou en termes de réponse aux besoins, je ne les ai trouvés que dans le patrimoine et dans les centres historiques.»
«On parle de développement durable et justement, ce que j'ai trouvé absolument fabuleux dans le patrimoine, c'est qu'il est le produit de notre culture et il respecte notre environnement.» En considérant le paysage urbain dominant, Yasmine Terki observe qu'«on est totalement sortis de tout ça, et c'est pour cela qu'on est en train de produire des villes complètement folles qui sont en train de manger notre planète et de nous détruire, nous».
«Nous ne sommes plus en mesure de produire du patrimoine»
Selon elle, «cette volonté de retour au développement durable, c'est parce que nous n'avons plus le choix. Nous avons fait des dégâts colossaux en un siècle et demi. Aujourd'hui, cette volonté de retour au développement durable passe par le retour à cette intelligence simple, au bon sens, qui nous a fait produire nos villes anciennes». Et de faire remarquer : «Le patrimoine nous arrive après des siècles, voire des millénaires, de durabilité.
Aujourd'hui, tout ce que nous produisons, c'est du jetable. Les architectures qui utilisent les matériaux industriels sont des architectures qui ne pourront jamais être patrimoniales parce qu'elles utilisent des matériaux jetables et donc qui ne tiendront pas dans le temps.» «Nous ne sommes plus en mesure de produire du patrimoine parce que nous sommes sortis du bon sens qui a fait utiliser à nos ancêtres des matériaux locaux», dissèque la directrice de Cap Terre.
Le dernier panel de cette rencontre a été consacré au thème : «Art, design, médias». La critique d'art et directrice du MaMa, Nadira Laggoune, a développé sous ce chapitre une réflexion sur l'évolution des «Postures urbaines» en confrontant la vision passéiste d'Alger et les usages contemporains de la ville, à l'exemple du Street Art.
Elle interroge le besoin de se «tourner vers le passé» dans certaines représentations. «C'est parce que ce sont des images idylliques», dit-elle. Elle cite Hegel qui prévient : «Attention au passé, il peut être fossoyeur du présent.» Mme Laggoune perçoit chez les jeunes générations l'émergence de nouvelles modalités de «consommation» de l'urbain, une génération «qui maîtrise la manipulation des nouvelles technologies».
«Nous avons une culture urbaine qui se développe. On voit des artistes du Street Art qui interviennent sur l'espace urbain, et ça, c'est une forme d'appropriation de la ville», note-t-elle. «Alors de quelle ville rêvons-nous ?» se demande la directrice du MaMa. Pour elle, «c'est la culture de la ville qui, une fois qu'on a fait la ville, va façonner la ville et va la transformer. Je pense qu'il faut tenir compte de cette culture urbaine et du mode de consommation des espaces», conclut-elle.
Manifeste
Pour sa part, la designer Feriel Gasmi Issiakhem regrette que les artistes soient un peu mis sur la touche. «On est les derniers à être consultés», déplore-t-elle. Elle-même fille d'un grand architecte-urbaniste, Feriel confie : «J'ai baigné dans cette histoire, j'ai grandi avec un urbaniste, j'ai vu toute ma vie ces projets d'Alger, de baie d'Alger, autour de moi. Pour moi, ils représentaient une utopie.
Je crois que c'est pour cela que j'ai tracé ma voie autrement.» S'agissant spécifiquement de la place du design sous nos latitudes, elle constate : «En Algérie, le design est complètement marginalisé dans le sens où il est très mal compris, peut être mal abordé» alors qu'il prend «de plus en plus d'essor dans les pays qui ont compris qu'il représente une force économique à tous les niveaux».
Celle qui a laissé remarquablement son empreinte sur un lieu comme Les Ateliers Sauvages de Wassyla Tamzali espère vivement que Djisr El Djazaïr «verra le jour». «Et même s'il ne verra pas le jour, il porte pour moi un nouveau souffle dans le sens où ça représente presqu'un monde parallèle comparé au monde réel des donneurs d'ordre».
Feriel se dit impressionnée par la qualité des interventions qui ont été au menu de cette Rencontre d'Alger et relève : «Toutes les pensées convergent vers la même volonté de faire quelque chose de cette baie d'Alger, avec tous les acteurs, avec les jeunes, avec les artistes, les architectes, les urbanistes, les designers, les habitants… Et à côté de ça, il y a ce monde parallèle qui nous impose des choses laides à mourir.
On n'arrive plus à se projeter, à se reconnaître dans cette ville, parce que culturellement, ce n'est plus possible de vivre ça.» Feriel Gasmi Issiakhem pense que la passerelle jetée par Djisr El Djazaïr «lance un nouveau débat et une nouvelle concertation pour aller carrément vers une sorte de manifeste». «Il y a un désir unanime de concilier tous ces acteurs pour dire qu'il y a des têtes pensantes qui savent très bien ce qu'elles veulent faire de leur ville.» Enfin, Feriel exhorte les porteurs de ce projet à «foncer et aller vers les décideurs».
«On ne projette pas le bonheur dans nos villes»
Pour boucler la boucle, c'est à Fathallah Baghli qu'est revenu le mot de la fin. L'éminent architecte ne cache pas son aversion pour le mot «pont» et lui préfère «passerelle». Pour le reste, il estime que ce «djisr» «va être une opportunité pour installer une estrade pour mieux admirer la baie. Il y a une hésitation à propos de ce projet. On croit que cela va détruire la baie. Au contraire, on inverse le regard pour voir cette baie dans toute sa splendeur», argue-t-il.
Il relève au passage une habitude de pensée qui nous fait voir l'urbanisme comme quelque chose qui «exclut» le domaine maritime et ne concerne que la terre. Fathallah Baghli convoque ensuite Vitruve, architecte romain du Ier siècle de notre ère qui avait fixé les règles d'une bonne architecture. L'art de bâtir doit tenir compte de trois critères «qui sont toujours d'actualité», souligne l'orateur. «Il a parlé de ‘‘firmitas''» qui évoque la «robustesse, la solidité, la pérennité de l'ouvrage».
«Quand on construit quelque chose, ça doit résister au temps sur le plan structurel d'abord.» «Ensuite il a parlé d'‘‘utilitas''», autrement dit l'aspect fonctionnel. Le troisième critère est «venustas» qui réfère à «l'esthétique, la beauté de l'ouvrage». «Il y a quelque chose qui n'est pas dit, c'est le côté satisfaction, émerveillement. C'est quelque chose qui manque aujourd'hui. On ne projette pas le bonheur dans nos villes (…). Je souhaiterais ajouter ce paramètre dans les programmes : mettre du bonheur dans les villes», plaide Fathallah Baghli.
Il ajoute dans la foulée un quatrième critère que Vitruve n'aurait pas renié, selon lui, c'est «rentabilitas», glisse-t-il dans un sourire. Il s'empresse de préciser : «La rentabilité n'est pas seulement financière. Elle n'est pas qu'au niveau de l'argent. Elle est aussi au niveau de la santé, au niveau du mental, au niveau des générations qui arrivent, au niveau de la nature…»
Fathallah Baghli prend tout le monde de court en proclamant, loin des formules rituelles généralement usitées pour clore poliment les débats : «Une conclusion, c'est partir, c'est finir, c'est quelque part mourir, donc je ne conclus pas. Je dis que le débat n'est pas fini, qu'il a été entamé depuis longtemps et qu'il ne fait que continuer aujourd'hui. Il doit se poursuivre, et pour le poursuivre, il faut passer le relais et demander aux autres villes de faire des propositions sur ce thème général que nous avons traité en n'oubliant jamais d'inclure cette notion de bonheur dans le débat.»


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