La Ligue arabe soutient la Palestine    Attaque lancée par Haftar.. Le chef du gouvernement déçu par Paris    Belfodil le choix inéluctable de Belmadi !    Juventus - Tardelli : "Certains joueurs souffrent avec Cristiano Ronaldo"    Affaire de faux billets à Oran.. Deux étrangers arrêtés    Cinéma à Alger.. L'Onci récupère trois salles    LE MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS ET DES TRANSPORTS A MOSTAGANEM : Inauguration de la trémie et du 1er tronçon de l'autoroute Est-Ouest    CONSULTATIONS POLITIQUES : Bensalah absent!    TROIS CHEFS D'ACCUSATION PESENT CONTRE LUI : Rebrab embarqué par la gendarmerie    Plusieurs hauts responsables à la barre des accusés    ANSEJ ET CNAC : Haddam décide de lever le gel sur certains projets    PROTECTION CIVILE A MOSTAGANEM : 196 interventions en 72 heures !    EFFONDREMENT D'UN IMMEUBLE A LA CASBAH : Un enfant de 3 ans et son père tués    SIDI BEL ABBES : La Sonelgaz organise une campagne de collecte de sang    1ERE REGION MILITAIRE A BLIDA : Gaïd Salah en visite de travail aujourd'hui    L'Algérie domine l'Islande et décroche la 7e place    Le bilan de l'agression sur Tripoli s'élève à 254 morts    6e édition de la Fête du fromage traditionnel de Bouhezza    Pour garantir la sécurité nationale, dépasser rapidement l'entropie actuelle    La 26e journée de Ligue 1 toute proche d'un bilan très contesté    Saisie de près de 11 kg de kif traité à khemis Miliana    Le retour au système «HLM » redevient inévitable !    Treize médailles dont cinq en or pour l'Algérie    «Irfane» ou l'histoire d'une reconnaissance    Célébration du Mois du patrimoine à Médéa    JSE Skikda-GS Pétroliers en finale    FABB-présidents des clubs    Changement à la tête de la Direction de la sécurité intérieure    Vive indignation et condamnations unanimes    Le Soudan vire en tête    Un comédien favori face à l'impopulaire Porochenko    Belahcel convoque une session extraordinaire du conseil national    Des citoyens ont fait le guet devant le tribunal de Sidi-M'hamed    La Confédération des syndicats autonomes prévoit une marche à Alger    Une policière tuée par son ex-époux    Le congrès aura lieu les 21 et 22 juin    Les robes noires boycottent les audiences    Saïd Barkat : «Il faut que justice se fasse»    Evocation du séjour à Oran de Cervantès    La meurtre d'une journaliste enflamme l'Irlande du Nord    "Attention aux règlements de comptes!"    Daesh revendique l'attaque meurtrière contre un ministère    Les bus de l'Etub ne circulent plus    Le vent du Hirak souffle sur le sport algérien    Spécialiste de l'Algérie : L'historienne Annie-Rey Goldzeiguer, tire sa révérence    13 réalisatrices au festival de Cannes 2019    Tamazight prochainement disponible sur Google traduction    Deux livres pour revisiter le printemps berbère    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Rues et édifices : Les noms… ont une mémoire
Publié dans El Watan le 10 - 04 - 2010

« Les noms de nos rues, boulevards, édifices incarnent une symbolique mémorielle à fertiliser et à perpétuer pour les générations futures. » Lounès Aït Aoudia prend résolument à cœur les problèmes que suscite l'état de la microtoponymie urbaine.
Le président de l'association des Amis de la rampe Louni Arezki (anciennement rampe du maréchal Valée, Basse Casbah), après avoir honoré, dans la matinée de jeudi dernier, la mémoire des guillotinés de la Révolution – dépôt d'une gerbe de fleurs dans l'enceinte de la prison Serkadji, en hommage à 58 martyrs guillotinés – a convoqué une conférence-débat organisée au siège de l'association, à La Casbah, traitant de « La toponymie et la mémoire ».
L'uniformisation et la normalisation toponymique revêtent, selon lui, le caractère de l'« urgence ». « Il s'agit d'un fait de société, déterminant pour les générations montantes. Hélas, nous ne sommes pas encore conscients de cela… Les noms de nos rues et boulevards se doivent de réveiller les neurones des jeunes générations. C'est une thérapie d'éveil qu'il nous faut, car que serait le devenir d'enfants sans mémoire dans une guerre des mémoires  ? », dit-il. Présent à la conférence, Yacef Saâdi, le héros de la Bataille d'Alger, a fustigé la politique aux relents amnésiques pratiquée par les gouvernants depuis l'indépendance. Lors de son témoignage sur la vie du baroudeur Louni Arezki, religieusement suivi par une assistance nombreuse, Yacef Saâdi a déploré l'ostracisme qui frappe de plein fouet les héros de la Bataille d'Alger. « Après l'indépendance, affirme-t-il, nous avions créé la Fédération du Grand-Alger. Nous connaissions les hommes qui se sont véritablement sacrifiés pour ce pays, nous pensions pouvoir honorer leurs mémoires. Hélas, les dirigeants ont abusé de nous. Ils se sont ramenés avec leur propre liste de héros et de martyrs qu'ils ont imposés chez nous. Ils ont pris la place de nos héros… Mais qu'ils ne vous bernent pas  : si la guerre a été gagnée, c'est grâce à vous  !
Une bombinette à Alger valait, en échos, des milliers explosant dans les maquis… Même La Casbah a été démolie délibérément pour que jamais l'odeur d'Alger n'imprègne la Révolution (…) ». L'assistance, qui buvait dans un silence de cathédrale les paroles de son héros légendaire, fond en une assourdissante ovation. « Censés être les réceptacles de la mémoire, les reflets de la culture, de la langue, de la civilisation d'un peuple, les noms donnés aux rues, boulevards, stèles et places d'Algérie ne véhiculent auprès des jeunes que le néant. Une forme de dépréciation de soi. Les dénominations ne transmettent ni culture, ni mémoire, ni civilisation », regrette pour sa part Ouardia Yermeche, professeur de linguistique à l'université de Bouzaréah (Alger). Le chercheur en toponymie insiste dans son exposé sur le rôle prépondérant des nominations, les fonctions économiques, sociales, culturelles qu'elles remplissent, déplorant au passage que toutes les recommandations faites ces dernières années par la communauté scientifique à l'endroit des autorités politiques et administratives, notamment le ministère de l'Intérieur, n'aient pas été prises en compte. « Il n'y a pas eu de répondant du côté des pouvoirs publics. » Le processus présidant à la nomination des personnes et des lieux est biaisé, vidé de son sens, entaché d'anarchie, d'arbitraire, d'incohérences. Cette situation, explique le professeur Yermeche, née d'un vide juridique, d'absence de rigueur, d'exclusion de la population, a favorisé la multiplication des nominations « spontanées ». Des chiffres en guise de noms pour désigner de nouvelles cités (les fameuses cités numériques)  ; des repères physiques servant d'appellation à des lieudits. Elle cite le cas (cocasse) d'un quartier nommé par la population « Dodanna ». « Nous avons posé la question pour savoir qui est cet illustre personnage  ; on nous répond que ce n'est pas le nom d'une personne, mais que c'est une déformation (linguistique) de dos d'âne. Le ralentisseur a donné son nom au lieudit. »
Pourtant, ajoute-t-elle, « le pays ne manque pas de martyrs à honorer, d'événements importants à célébrer, ni d'une histoire, d'une civilisation plusieurs fois millénaires que les autres nations nous envient. De grands noms de l'histoire de ce pays – qui, faut-il le rappeler, ne se réduisent pas à la seule guerre de Libération ni a commencé au VIIe siècle – sont méconnus comme Jugurtha, Massinissa, etc. On a l'impression qu'on ne veut pas voir cette identité plurielle, qu'on préfère calquer des identités autres que la nôtre, qu'on fait en sorte pour que les gens ne soient pas fiers de leurs racines, etc. »Autre aspect, non moins important car il accentue la confusion générale et est à l'origine de dysfonctionnement institutionnel  : la multiplicité des transcriptions graphiques des noms de lieux et de personnes. L'universitaire cite à ce titre les nombreux travaux de recherche faits par les Centres de recherche d'Alger (CNRPH) et d'Oran (CRASC) portant sur l'anthroponymie (étude des noms de personnes) et sur la toponymie algérienne, qui révèlent une foultitude de variantes de transcription. L'enseignant et chercheur à l'université d'Alger plaide pour l'« algérianisation », l'uniformisation de la transcription des toponymes et anthroponymes  ; la conception d'un répertoire national qui puisse aider les institutions à le faire, etc. Le professeur Yermeche rappelle à ce titre le contexte dans lequel a été institué l'état civil algérien sous l'ère coloniale. Des noms dégradants ont été attribués aux Algériens par les officiers français de l'état civil. L'enjeu étant de falsifier l'histoire des autochtones, de les réduire à la servilité. « Faut-il algérianiser le nom de l'Algérie dès lors qu'il s'agit d'un nom français  ? », l'interroge un participant. « Impossible  ! », rétorque l'universitaire. « On ne peut pas faire aussi facilement table rase de notre histoire, car le cas échéant, il faudrait aussi envisager de changer tous les anthroponymes donnés arbitrairement aux Algériens… »


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.