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Ici et maintenant
Publié dans El Watan le 26 - 03 - 2019

Qui eut cru, il y a seulement quelques semaines, à cette déferlante de la rue algérienne, actant dans la joie la fin d'un cycle politique qui semblait devoir s'éterniser ? Le fleuve avait été détourné si tôt, dès «l'indépendance confisquée», selon Ferhat Abbas, que la camisole de force nous était devenue une seconde nature. Le rêve né de la Guerre de libération a été brisé dès 1962 par le clan d'Oujda, avec à sa tête Ben Bella, qui prenait ses ordres chez Nasser.
Pourtant ce qui, hier encore, était impensable, s'impose aujourd'hui comme une évidence. C'est le propre des miracles.
Mais aussitôt, l'émerveillement s'est accompagné d'un questionnement, voire d'une inquiétude : sur quoi cela va-t-il déboucher ?
Ce rejet de l'ordre ancien ne porte-t-il pas en lui les germes d'une régression ? Plus précisément, ceux d'un retour à l'islamisme, seule alternative que le système a méthodiquement laissé prospérer et même nourri, dans tout l'appareil d'Etat (éducation nationale, presse, justice, mosquées…).
Quels signes, quels messages nous envoie le soulèvement en cours ? Que nous donne à voir cette rue redevenue mixte et joyeuse et qui est, peut-être, en train d'écrire sous nos yeux les plus belles pages de notre histoire ? A première vue, le profil des manifestants qui inondent les rues est plutôt celui de l'Algérie qui avait fait défaut aux élections de 1991.
Et les partis islamistes impliqués avec le pouvoir, comme ceux qui sont restés à l'écart, ne semblent pas mobiliser derrière eux des masses considérables.
Autre constat. A l'évidence, le peuple s'est libéré de l'épouvantail qui, jusque-là, neutralisait toute initiative en faveur du changement, au motif que ce dernier conduirait inéluctablement au chaos islamiste. Ce chantage-là ne fonctionne plus. La menace islamiste, qui vient encore d'être agitée à travers les spectres de l'Irak et de la Syrie brandis par les derniers porte-voix du système, avant qu'ils ne démissionnent, est restée sans écho. Le rejet du système est sans appel et la volonté de rupture profonde.
Que nous dit encore la rue avec ses images insolites, comme celles de ces femmes revêtues du haïk blanc de jadis, ou plus convenues, avec celles des drapeaux algériens et amazighs qui flottent dans l'air, et celles des banderoles qui fleurissent de mille slogans appelant à la liberté, au départ de cette caste au pouvoir qui découvre, éberluée, que le peuple pouvait parler ? Car les millions d'Algériens qui descendent dans les rues ne disent pas seulement «Système dégage». Ceci n'est que la première étape.
Ce que ce soulèvement offre sans doute de meilleur à l'Algérie, c'est la naissance d'un espoir. Un espoir qui ouvre d'autres horizons à notre jeunesse qui, hier encore, était la plus désabusée du monde et qui, pour échapper à un quotidien désespérant, n'avait d'autres perspectives que la chaloupe dans la Méditerranée ou la dérive islamiste.
Il faut avoir marché en ce mois de mars avec les manifestants pour sentir l'élan de fraternité et la communion qui portent les marcheurs. Et les femmes qui ont revêtu le haïk blanc avec sa voilette ont provoqué un choc. On est déstabilisé, interpellé par ces images qui charrient une kyrielle d'autres, enfouies dans nos mémoires.
Mais ces images ne renvoient pas seulement au passé et, en tout cas, n'appellent sûrement pas à y revenir ; elles bousculent, au contraire, une situation bien actuelle. Ce que rappellent ces haïks d'autrefois, c'est que les bâches où l'on veut ensevelir le corps des femmes sont étrangères à nos coutumes vestimentaires, fussent-elles du passé.
De même, ces drapeaux algérien et amazigh qui flottent ensemble dans les rues, parfois cousus l'un à l'autre, disent non à la fracture identitaire entretenue par le système pour nourrir la division entre Algériens et assurer sa pérennité. L'amazighité apparaît à la majorité comme notre fondement identitaire commun à tous, notre commune histoire. Nous sommes issus d'un même et grand peuple qui plonge ses racines dans la plus haute Antiquité. Notre pluralité linguistique d'aujourd'hui ne signifie pas division et nos différences présentes ne sont pas des antagonismes.
Quant au drapeau officiel, qui a longtemps été instrumentalisé pour étouffer toute contestation du régime et que la rue s'est réapproprié, il est devenu le symbole de la prise de pouvoir par le soulèvement populaire.
Certes, ce soulèvement sans direction, sans programme précis, est loin d'avoir atteint son but. Des forces néfastes s'emploieront à entraver sa course et recourront à toute une panoplie de procédés : noyautage, provocations, dénigrement, fausses informations propagées dans les réseaux sociaux, jouer la montre avec l'espoir que le mouvement explose dans l'intervalle et… la liste n'est pas close !
Pour garder le cap, il faut inlassablement et sereinement rappeler l'essentiel. Ne nourrissons pas de polémiques inutiles, voire destructrices. N'aggravons pas les dissensions en transformant en ennemi chaque jeune qui prononcerait une parole maladroite. Compte tenu d'une école qui a été livrée à la régression oulémiste sous la houlette d'Ahmed Taleb El Ibrahimi, il est miraculeux que la jeunesse fasse encore preuve de discernement.
Autrefois sujet confisqué et sous haute surveillance, car source de légitimité absolue dans le champ politique, la Guerre de Libération nationale est aujourd'hui convoquée dans le débat en cours pour légitimer des positions données. La controverse autour des textes de référence du FLN, qui oppose l'appel du 1er Novembre à la Plateforme de la Soummam, pose de vraies questions. Il faut donc s'atteler à y répondre sincèrement, sans animosité, mais clairement.
Aujourd'hui, nous avons à notre disposition l'information suffisante et le recul nécessaire pour être en mesure de conduire ce débat dans la sérénité.
La crise, disait Gramsci, c'est quand le vieux ne veut pas mourir et que le neuf tarde à naître. Nous y sommes. Le vieux qui ne veut pas mourir, c'est bien sûr ce qu'illustre jusqu'à la caricature ce Président impotent qui ne veut pas partir. Mais il y a aussi, et c'est plus grave, ce qui est ancré dans les esprits. On ne sort pas indemne de 57 ans de règne sans partage d'une idéologie dominée par un arabo-islamisme débridé. Les conflits qui agitent l'école de manière chronique en témoignent.
Il ne s'agit pas de refaire l'histoire, mais si l'on ne revisite pas les fondamentaux qui ont perdu l'Algérie, tout cela n'aura servi à rien, sinon comme baroud d'honneur avant la disparition de l'Algérie.
Mais, en dépit de cela, dans un monde qui change à une vitesse vertigineuse, il est nécessaire de saisir cette opportunité qui s'offre aujourd'hui à nous, pour la première fois depuis 1962. C'est, en effet, la première fois depuis l'indépendance que toutes les cartes sont rebattues et que le peuple algérien est de nouveau maître de son destin.
C'est la première fois qu'il a l'occasion de se débarrasser du régime, qui plus est sans effusion de sang, grâce à un soulèvement pacifique dont la force et l'union surprennent. C'est la première fois que toutes les questions peuvent être abordées, car une certaine maturité d'esprit est acquise et que des expériences douloureuses nous mettent en garde contre le sectarisme.
En dépit de toutes les réserves que nous pouvons formuler, de la nécessité de rester vigilants, la génération qui a vécu l'indépendance, connu la guerre de Libération nationale avec ses morts et ses prisons, la guerre civile avec ses crimes, la répression féroce a fait le plein de calamités. Il est temps d'assécher la source de nos communs malheurs. Ici et maintenant.

Par Hend Sadi , Opposant historique au régime


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