Générosité exceptionnelle    AADL: Dernière opération de choix du site au profit des souscripteurs    L'asymétrie des idioties    LE DECOMPTE DES MORTS    Iran: Rohani accuse Israël de vouloir semer le «chaos» en tuant un scientifique    Ligue des champions d'Afrique : CRB - Al Nasr, aujourd'hui à 17h00: Le Chabab pour renouer avec la tradition    Football - Ligue 1: L'ESS, la JSS, l'USB et le NCM s'installent    Ligue des champions d'Afrique: Le MCA impose le nul aux Buffles du Bénin    Chlef: Le deuxième pôle universitaire réceptionné fin janvier    Bouira: Un policier retrouvé pendu    Mercuriale: Des hauts et des bas    Arènes d'Oran: La rénovation des tribunes en phase d'achèvement    Droits de l'homme en Algérie: des partis et des organisations nationales condamnent le contenu de la résolution du PE    L'impuissance de la communauté internationale    Les souscripteurs invités à choisir leurssites    Les vaccins anti Covid-19 dopent le marché des hydrocarbures    Des tests PCR à moins de 9.000 DA    1.044 nouveaux cas et 21 mortsen 24 heures    La pénurie persiste    Le gouvernement déterminé à instaurer un "modèle énergétique durable"    Premier League : Everton chute face à Leeds    Covid-19: des contacts en cours pour l'acquisition du vaccin dés sa disponibilité    15 ans de prison requis contre Zoukh pour octroi d'indus privilèges à la famille Hamel    Le documentaire "Objectif Hirak" primé en Inde    Football / Ligue 1 : cinq autres clubs signent la convention tripartite    Le Maroc veut perturber une manifestation dénonçant l'agression à El Guerguerat    Zetchi donne des nouvelles de Belmadi    Groupe parlementaire FLN : la résolution du Parlement européen dépourvue du moindre fondement diplomatique    Energie: le gouvernement déterminé à instaurer un modèle énergétique durable    Lutte contre l'Islamophobie: L'Algérie réaffirme sa position "immuable"    PSG : Les mots forts de Neymar en hommage à Diego Maradona    Abiy Ahmed rencontre les envoyés spéciaux de l'UA    L'affaire de l'automobile sera rejugée    «Tant que le virus est là, il n'y aura pas de reprise»    «À Omar-Hamadi pour un résultat positif»    La semaine des procès en appel à la cour d'Alger    Beyoncé en tête avec 9 nominations aux Grammys, devant Taylor Swift et Dua Lipa    Réparation du grand orgue de Notre-Dame, un chantier très délicat    Cambridge lance un appel pour retrouver des carnets de Darwin «volés»    "La persistance des déficits éliminera toute marge de manœuvre"    Abdelkader Ouali placé en détention provisoire    L'armée s'implique dans la lutte anti-Covid    Parfaite lune de miel dans un climat de tempête géopolitique    Sit-in de soutien à Walid Nekkiche et aux détenus d'opinion    Vers la réalisation d'un théâtre de verdure et d'une bibliothèque    Lancement du concours "Ungal" du meilleur roman en tamazight    Les actrices intensifient la sensibilisation citoyenne    Suppression de visas pour les Emirats: Le ministère des Affaires étrangères dément    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Les étudiants ne lâchent pas prise : «Vous ne volerez pas notre futur»
Publié dans El Watan le 15 - 05 - 2019

Alger, 14 mai 2019. 10h30. Sous un soleil printanier, le cortège composé de plusieurs dizaines d'étudiants de différentes universités s'ébranle depuis la Fac centrale en direction de la Grande-Poste.
Les marcheurs commencent par entonner Qassaman, l'hymne national est suivi d'applaudissements nourris. La foule enchaîne par des salves de «Dégage !» en tapant dans les mains. Les étudiants scandent ensuite «Makache intikhabate ya el issabate» (Pas d'élections avec les gangs), suivi de «Djazair horra dimocratia» (Algérie libre et démocratique), «Dawla madania, machi askaria» (Etat civil, pas militaire), avant de chanter en chœur Min Djibalina.
Un sublime étendard à l'effigie de Taleb Abderrahmane revient flotter avec grâce, comme mardi passé. L'histoire est également sur plusieurs banderoles. «République démocratique et sociale. Appel du 1er Novembre 54», proclame l'une d'elles.
Une étudiante parade avec ce slogan : «Primauté du civil sur le militaire. Congrès de la Soummam». L'une des banderoles-clés brandies, signée USTHB (étudiants de Bab Ezzouar) précise très clairement : «La transition est l'affaire du peuple».
D'autres bannières complètent le tableau : «L'université est en grève pour le hirak», «Nous demandons l'indépendance de la justice et des élections honnêtes», «Nouvelle République, Etat de droit, justice indépendante», «Pour une justice indépendante. Halte aux arrestations pour délit d'opinion».
«Vous ne nous faites pas peur»
Comme à chaque mardi, on se régale à la lecture des pancartes composées par nos flamboyants frondeurs. Le thème du rejet de l'élection présidentielle revient avec force : «Pas d'élection présidentielle le 4 juillet, pas de marche arrière», «Vote 4 juillet avec Bedoui et Bensalah = 5e mandat», «Non à l'élection du 4 juillet, oui à la technocratie pour notre phase de transition».
Comme lors des dernières manifs du vendredi, Gaïd Salah est le personnage de l'Etat le plus fréquemment interpellé : «Gaïd refuse une période de transition qui l'emportera lui et le système.
Le peuple n'est pas dupe !», «Message à Gaïd Salah : ce n'est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu'il faut espérer les résoudre (Albert Einstein)», «Un Etat civil, pas militaire. Résistants», «Ceux qui ont fait la dictature ne peuvent pas faire la démocratie», «L'Etat et l'armée n'ont jamais été la patrie».
Certains ont réagi par rapport au retour de la répression et les interdictions qui se multiplient : «Vous ne nous faites pas peur», clame un étudiant qui, sur l'autre face de sa pancarte a écrit : «Gaïd Salah dégage !». Un autre brandit cette pancarte lyrique : «Nous sommes ici pour donner un sens au mot liberté».
La persévérance dans la lutte est célébrée sur nombre d'écriteaux : «Saimoun, samidoun, li nidhami rafidhoune» (A jeun et résistants, le système rejetons), «Nous allons faire de ce Ramadhan de notre hirak un Aïd, et nous réécrirons l'histoire» ; «Ceux qui rêvent sont ceux qui luttent», «Unité, détermination, persévérance, telle est notre devise, maranache talguine».
Certains manifestants y vont de leurs propositions, à l'instar de cet étudiant de l'ENS de Bouzaréah qui préconise : «Pour une transition démocratique avec une Assemblée constituante souveraine. Redonnez la parole au peuple, avec un pouvoir civil, pas militaire.»
Dans le tas, nous avons repéré nombre de slogans originaux : «Election 4 juillet : ramenez vos mouches électroniques pour voter», «La rue dit tout haut ce que les gens pensent tout bas»… Un citoyen s'en prend à la voracité des commerçants en écrivant «Klitou lebled ya ettoudjar» (Vous avez bouffé le pays, commerçants).
Une jeune femme arbore une pancarte avec ces mots ironiques : «Qolna majliss taessissi machi majliss taâ Sissi» (On a dit Assemblée constituante, pas Conseil façon Sissi). Une étudiante défile avec une pancarte assortie d'un texte dense, très touchant : «Etant l'avenir du pays, je me dois de réagir.
Ni vos vacances forcées ni vos menaces, ne m'isoleront du hirak. On rêve d'un diplôme reconnu, de labos équipés ; on rêve de matériel dans les hôpitaux. Y en a marre de ‘‘makache''. Vous nous avez volé le passé mais pas le futur.»
Un tollé devant l'APN
A noter que les manifs étudiantes d'hier ont été marquées par un long parcours dans la capitale. Jusqu'à présent, l'itinéraire emprunté consistait en une boucle partant de la Fac centrale puis faisant une longue halte à la Grande-Poste avant de remonter l'avenue Pasteur pour revenir à la Fac centrale. Hier, les brigades antiémeute ont hermétiquement cadenassé le périmètre de la Grande-Poste. Les étudiants se sont rabattus alors sur la rue Asselah Hocine.
Un autre cordon de police s'est formé à hauteur du commissariat de Cavaignac. Les clameurs des étudiants étaient formidablement répercutées par l'effet du corridor d'immeubles qui donnent une autre résonance aux chants entonnés, et qui disaient : «Djazair horra dimocratia», «Dawla madania, machi askaria», «Hé, viva l'Algérie, yetnahaw ga3 !» (Qu'ils partent tous !), «Makache intikhabate, ya el issabate», «Pouvoir assassin !», «Lebled bladna wendirou rayna» (Ce pays est le nôtre et nous ferons ce qui nous plaît).
Aux forces antiémeute, les étudiants rétorquaient : «Silmiya, silmiya, massira tolabia» (Pacifique, pacifique, marche estudiantine). Le cortège tente de forcer le passage. Enervés, les policiers poussent de leur côté, si bien que nous nous sommes retrouvés pris en sandwich. Les haies de la police se reformaient à chaque fois pour endiguer les manifestants et pour fractionner la foule.
Quelques grosses bousculades ont failli causer des dégâts. C'était chaud, en tout cas. Mais les étudiants ont tenu bon. Ils ont ensuite filé par une ruelle (la rue Mohamed Labib) avant de rejaillir sur le boulevard Zighoud Youcef. La marée humaine se dirige vers l'APN.
Les manifestants sont cantonnés par un imposant dispositif antiémeute sur le trottoir faisant face à l'Assemblée, avant de céder sous la poussée de la foule. Des clameurs indignées fusent de partout en accablant les députés.
Tonnerre de huées et de sifflements. La foule répète : «FLN khawana» (FLN, traîtres), «Klitou lebled ya esseraquine» (Vous avez pillé le pays bande de voleurs).
«Le peuple veut une justice indépendante»
La foule reprend sa marche et tourne à présent à hauteur de l'hôtel Essafir avec l'intention de reprendre par Asselah Hocine, mais un autre cordon de police empêche les manifestants de remonter vers la Grande-Poste.
Ils bifurquent alors vers la rue Abane en direction du tribunal de Sidi M'hamed, qui a vu défiler une bonne tripotée de personnalités depuis la chute de Bouteflika. Ici, le thème s'imposait de lui-même : «Echaab yourid qadhae moustaqil», scande la foule «Le peuple veut une justice indépendante». «Wine rahi el adala», (Où est la justice) hurlent d'autres citoyens.
Un soleil cuisant tape sur les nuques, des volontaires aspergent la foule avec des bouteilles d'eau. Les riverains perchés à leurs balcons proposent leur assistance. Des secouristes du Croissant-Rouge, véritables anges gardiens, accourent au moindre signe de malaise. 12h20.
Le cortège rebrousse chemin vers la Grande-Poste. La police a libéré le passage côté Asselah Hocine. En passant devant la wilaya d'Alger, les manifestants avertissent : «Maranache habssine, di Ramdhane khardjine», «Echaab yourid yetnahaw ga3» (le peuple veut qu'ils partent tous), «Mada 7, solta li echaâb» (Article 7, pouvoir au peuple)… La police occupe toujours les marches de la Grande-Poste.
Un groupe de manifestants improvise un slogan en criant : «Echari'e milk echaâb, makache er-roâb» (La rue appartient au peuple, nous n'avons pas peur).
Ce n'est qu'à 13h passées que les marches de la Grande-Poste, la Mecque des manifestants, ont été libérées. Encore un pari gagné. Vivent les jeunes, vivent les étudiants !


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.