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La pénurie de liquidités en Algérie : Un défi macroéconomique qui requiert un plan global et cohérent de mesures
Publié dans El Watan le 21 - 09 - 2020


Introduction
Depuis avril 2020, l'Algérie fait face à une pénurie de liquidité au niveau du réseau postal et du système bancaire qui affecte négativement environ 50 % de la population. Cette pénurie exacerbe les difficultés des ménages, des entreprises et des institutions d'Etat durement touchés par une super crise économique déclenchée par les chocs sanitaire et pétrolier de mars 2020.
La question que tous les acteurs économiques se posent est de comprendre les raisons qui sont derrière cette pénurie et de déterminer si cette dernière est liée à une simple rupture de la chaîne d'approvisionnement en billets et pièces du système postal ou est le reflet d'un problème plus profond de nature systémique. Pour répondre à ces questions fondamentales, il faut tout d'abord clarifier le cadre général de l'analyse, à savoir définir les concepts, saisir les origines des pénuries, distinguer les différentes catégories, préciser le rôle des intervenants officiels en charge de cette question et passer en revue les outils utilisés à travers le monde pour y remédier. Une fois le cadre général situé, nous analyserons en second lieu les origines de la pénurie de liquidité affectant le pays, identifier les facteurs temporaires et les causes structurelles et proposer des mesures correctives à court et moyen terme dans le contexte d'un plan global et cohérent.
Les termes généraux du problème de liquidité
Deux questions fondamentales se posent : (1) les agents qui créent la liquidité ; et (2) les voies de création de la liquidité.
Pour ce qui est du point 1 : la liquidité est le résultat de la création monétaire. Les agents à l'origine de cette création monétaire sont (i) les agents non financiers qui demandent des crédits bancaires ; (ii) les banques commerciales ; et (iii) les banques centrales (représentant l'aspect légal de la monnaie) qui mettent en circulation pièces et billets et émettent la monnaie banque centrale avec laquelle les banques effectuent leurs opérations sur le marché interbancaire (marché où les banques se prêtent et empruntent des liquidités).
Pour ce qui est du point 2, la création monétaire se fait à travers : (i) l'octroi d'un crédit ; (ii) l'acquisition par la banque de titres publics ; (iii) les opérations de change ; et (iv) l'acquisition par la banque d'actifs réels. Le pouvoir de création de la monnaie n'est pas illimité et il est sous le contrôle de la banque centrale qui régule ce pouvoir au moyen du niveau des réserves obligatoires (montants déposés par les banques et les établissements financiers à la banque centrale).
Les différents types de liquidité et de pénurie
Deux grands points à clarifier à ce niveau : (1) Les types de liquidité ; et (2) les types de pénuries : (1) Les types de liquidité : (i) la liquidité de la banque centrale couvre les dépôts des institutions financières auprès de la Banque centrale appelés réserves ou de soldes de règlement détenus par les institutions financières pour répondre aux exigences de réserves et effectuer le règlement final de toutes les transactions financières dans le système de paiement ; (ii) la liquidité à des fins de financement d'une institution particulière décrit la capacité d'une institution donnée à lever des liquidités en quantités raisonnablement importantes, soit par la vente d'actifs, soit par l'emprunt pour conduire ses opérations quotidiennes ; et (iii) la liquidité du marché qui fait référence à la capacité des intervenants d'acheter et de vendre des actifs en volumes raisonnablement importantes (sans affecter de manière significative le prix) pour les convertir en moyen de paiement liquide ; et (2) les types de pénurie de liquidité : si les deux dernières formes de liquidité sont étroitement liées, il n'en demeure pas moins qu'il y a trois types de pénurie de liquidité à distinguer pour des raisons opérationnelles :
– (i) Pénurie de liquidités banque centrale : se produit lorsque les établissements se trouvent à court de soldes de réserves, soit en raison d'insuffisance de l'offre globale de réserves, soit du fait de problèmes de répartition au sein du système bancaire. Dans ce cas, les institutions financières risquent de ne pas être en mesure de s'acquitter de leurs obligations de paiement immédiates, créant ainsi un risque de blocage du système de paiement. En plus des raisons mentionnées ci-dessus, ces pénuries peuvent refléter une mauvaise prévision par la banque centrale des facteurs autonomes affectant les conditions de liquidité (changements inattendus des soldes du Trésor ou de la Poste avec la banque centrale) ou un changement soudain et imprévu de la demande ou les deux. En réponse à cette pénurie, la banque centrale doit augmenter immédiatement l'offre de réserves ;
– (ii) Pénurie au niveau d'une institution particulière : survient lorsque cette institution fait face à une grave pénurie de liquidités en raison de problèmes de liquidité/solvabilité résultant d'une stratégie de gestion inefficiente en raison d'une analyse erronée de l'environnement économique. Pour y faire face, il est nécessaire de mobiliser un financement relais dans le contexte d'une restructuration fondamentale de l'institution. Si l'institution est d'une importance systémique, le risque de contagion est réel et peut mettre en danger l'ensemble du système financier ;
– (iii) Pénurie systémique de financement et liquidité du marché : cette dernière est potentiellement la plus destructrice et peut provenir d'une perte de confiance et/ou d'une mauvaise coordination entre les acteurs du marché qui conduisent à un effondrement des principaux marchés financiers, une déstabilisation du système financier et à une chute de l'activité économique.
Le rôle de la banque centrale et ses instruments d'intervention pour régler les problèmes de pénurie
de liquidité
Outre la conduite de la politique monétaire, la banque centrale joue le rôle de préteur de dernier recours en fournissant de la liquidité aux institutions financières individuelles ou aux marchés financiers. Le but est d'éviter des défaillances au niveau des établissements et d'enrayer une contagion qui peut menacer le système financier et l'économie réelle. Les banques centrales disposent essentiellement de trois outils pour agir sur la liquidité dans le système financier :
– (i) En cas de pénurie de réserves banque centrale : causée par des problèmes de distribution au sein du système bancaire, un soutien ciblé doit être envisagé par le biais des facilités permanentes existantes à des taux prédéfinis.
– (ii) En cas de pénurie sévère au niveau d'une institution particulière : qui peut faire peser un risque systémique, il revient à la banque centrale de fournir une assistance de prêt d'urgence à une institution particulière (simple financement relais) en accompagnement d'une restructuration majeure de l'institution bénéficiaire.
– (iii) En cas de pénurie systémique et de problème de liquidité du marché, la Banque centrale se doit de financer les institutions qui ont du mal à emprunter sur le marché. Dans certains cas, il peut être nécessaire de contourner le système bancaire et de fournir un financement directement aux emprunteurs et aux investisseurs sur les principaux marchés du crédit.
Eléments factuels de la pénurie actuelle de liquidité en Algérie et réponses des autorités
Trois questions se posent concernant : (1) les éléments factuels de la pénurie actuelle de liquidité et les réponses apportées par les autorités ; et (2) le système postal (centre financier d'apparition de la pénurie) dans le système financier algérien (SFA) ;
(1) Pour le premier point, une pénurie de liquidité affecte le réseau postal en Algérie depuis avril 2020 conduisant les autorités de ce secteur à prendre des mesures restrictives (plafonnements des retraits à 100,000 DA, suspension des retraits pour les personnes morales et encouragement des clients à recourir aux moyens de paiement de paiement électroniques à travers différentes applications électroniques). En raison de l'extension inévitable de la pénurie au système bancaire, les autorités monétaires ont pris le relais en adoptant le 15 septembre un second train de mesures de politique monétaire (incluant la réduction du taux de réserve obligatoire de 6% à 3 % et l'activation des opérations principales de refinancement à un mois) pour accroître la liquidité du système bancaire ; et (2)
Pour le second point, l'importance du système postal dans le SFA, est illustrée par les données suivantes indicatives : (i) environ 674 milliards de DA d'actifs, soit environ 6,5 % des actifs totaux du SFA, venant en deuxième position après le système bancaire (90,4 % des actifs totaux) ; (ii) 24 millions de comptes dont 15 millions en activité (soit 35 % de la population algérienne) ; (iii) environ les 2/3 des détenteurs sont des salariés, des fonctionnaires et des retraités et le 1/3 restant des femmes, des adultes pauvres et des habitants des zones rurales. Ces données soulignent le rôle important des bureaux de poste dans la fourniture de services financiers à des segments de la population particulièrement susceptibles d'être exclus du SFA.
Analyse d'une pénurie
La pénurie de liquidité actuelle n'est pas un problème technique temporaire mais représente un défi macroéconomique majeur du fait de l'état de récession économique dans lequel est plongé le pays depuis le début de 2020. En effet, les données préliminaires et partielles à fin juin 2020 font apparaître : (1) un recul net de la croissance économique de 6% en raison d'une baisse marquée de la consommation (publique et privée), de la chute des investissements et de la baisse des exportations ; (2) une inflation en hausse (2,8%) par rapport à la même période en 2019 reflétant essentiellement une remontée des prix des produits alimentaires ; (3) un déficit du compte courant de la balance des paiements de 8,0 % du PIB ; (4) un déficit du budget de 18% du PIB, reflétant une chute des recettes et le maintien de niveau élevé de dépenses ; (5) un taux de change moyen du DA vis-à-vis du dollar de 128.6, soit une dépréciation de 8,4 % par rapport au niveau de décembre 2019 ; et (5) surtout une stagnation des indicateurs monétaires qui soulignent l'absence de création monétaire et donc de tension sur la liquidité : (i) la masse monétaire est restée inchangée à environ 17,213 milliards de DA ; (ii) le crédit au secteur privé est en recul de 2,8 % par rapport à décembre 2019 ; et (iii) le crédit net à l'Etat est plat au niveau de 65,598 milliard de DA par rapport à décembre 2019. Tous ces indicateurs économiques de base montrent clairement que l'économie algérienne est en crise profonde. Par ailleurs, sur le trend actuel, et à titre indicatif à fin 2020, les principaux indicateurs évolueront dans le sens : (1) d'une croissance négative de 6% % ; (ii) d'une inflation de 5% ; (3) d'un déficit budgétaire de 15,3 % du PIB ; (4) d'un déficit du compte courant de la balance des paiements de 16,3 % du PIB ; et (5) d'une baisse des réserves internationales de change à environ $43 milliards. Le pays pourra tenir encore 12 mois.
Par Abdelrahmi Bessaha , macroéconomiste, spécialiste des pays en post-conflits et fragilités


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