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Flagrant délit !
Publié dans El Watan le 22 - 09 - 2020

«Falsification de documents officiels ! Son mariage était tout faux, sa vie était toute fausse. Tout son monde était faux.» Nagib Mahfoudh : Le Caire Moderne, Dar Echourouq, Le Caire, 2005, (p. 123)

Ecouler des produits avariés, des médicaments dont la date d'expiration est dépassée, des voitures d'occasion dont le kilométrage à été falsifié, bref faire passer pour de bon aloi des produits inutilisables ou inconsommables, constitue des crimes dans toutes les législations du monde. Faut-il donner des preuves à cette affirmation quelque peu généralisatrice ? Ou doit-elle être considérée comme exagérée, sinon outrancière ? La nature humaine est la même et ce qui nuit à l'un nuit à tous les autres, quels que soient les différences de race, de religion, de nationalité, de régime politique ou de localisation géographique.

Le Replâtrage d'Un Système Politique En Phase Finale, Plus Grave et Plus Sérieux que l'Ecoulement de Marchandises Frelatées
Ce sont des crimes universels et nulle loi au monde ne défend le falsificateur qui porte préjudice à un autre être humain.
Cependant, ce sont des crimes qui profitent généralement à quelques personnes au plus, et qui nuisent également qu'à peu de gens, même si parfois leur nombre peut dépasser la centaine.
Perpétuer un système politique en tentant de le présenter comme «nouveau» et en utilisant, pour le qualifier, une terminologie qui cache sa vraie nature, et en perpétuer l'existence, est un crime autrement plus nocif que ceux énoncés plus haut. Car il s'agit là, non de nuire à quelques personnes en nombre infime par rapport à la masse de ceux qui n'en pâtissent pas, mais de porter atteinte à la vie de tout un pays, de tout un Etat, de toute une nation.
La Fourberie Politique accentue la Crise
En période de crise, quand apparaissent au vu et su de tout un chacun, tous les maux et tous les vices qui frappent une société dans la moindre de ses composantes, la fraude sur la marchandise, à savoir le système politique du pays en cause, a des conséquences autrement plus terribles.
Lorsqu'un pays est en crise, la fourberie, qui est une des ruses des gouvernants, devient contre productive, car, au lieu de contribuer à apaiser les esprits, à rendre la crédibilité aux gouvernants, elle accentue les tensions et éloigne encore plus les autorités publiques de la simple citoyenne et du simple citoyen, qui ne demandent rien d'autre que de vivre leur vie d'en bas dans des conditions supportables, et rien d'autre. Elles ou ils ne nourrissent aucune autre ambition que d'avoir l'assurance que leurs gouvernants gèrent les affaires du pays exclusivement et uniquement sur la base des intérêts de la communauté dont elles ou ils font partie.
On ne peut pas dire que cela a été le cas dans notre pays au cours de ces vingt dernières années, et rien n'indique que cela sera le cas dans un proche futur. Le projet de Constitution qui vient d'être adopté à main levée par une Assemblées dont on sait qu'elle ne représente que ceux qui lui donnent un semblant de représentativité pour faire passer leurs propres projets en leur donnant une légitimité frelatée ab initio.
Une Nouvelle Constitution à la «Mobutu»
Ce projet est loin de marquer une rupture avec les textes constitutionnels passés. On peut même affirmer qu'en fait, il représente une régression par rapport à la Constitution actuelle, elle-même non seulement discutable, mais encore plus, ayant perdu toutes ses dents du fait des coups que lui a porté l'ex-président démissionnaire, mais non encore déchu.
Le présent projet a la particularité de foisonner de dispositions dont le seul objectif est de cacher sa nature réelle.
Il ne vise nullement à tourner la page des pratiques constitutionnelles passées, mais uniquement à assurer la survie du système, en donnant au chef de l'Etat la liberté d'agir à sa guise sans être accusé de violation de la Constitution.
Puisque le grand reproche fait à l'ex-président est d'avoir violé la loi fondamentale du pays – et il ne l'a pas fait sans complices, y compris les prédateurs qui constituent la classe entrepreneuriale «spécifiquement algérienne» dans une économie de marché «spécifiquement algérienne» – on concocte une «Constitution inviolable» car, dans ses formulations emberlificotées, elle donne les pleins et entiers pouvoirs au chef de l'Etat.
Pour cacher cette évidence, on a rendu le texte si compliqué qu'il est incompréhensible, plein de clauses qui n'ont pas leur place dans un texte constitutionnel. Et l'animateur de ce scénario de fraude sur la marchandise a pris soin d'éviter que les failles visibles de ce texte soient mises à nu par des «législateurs» ayant des doutes et un reste de scrupules : Il veut simplement faire passer ce texte à une vitesse supérieure à celle du son, comme s'il y avait péril en la demeure.
Il reste à souligner que la dernière mouture des constitutions «bouteflikiennes» est autrement plus transparente, plus claire et plus honnête que ce projet, pourtant censé marquer la fin du système patrimonial qui a régné depuis juillet 1962, et veut, en fait, se redonner une nouvelle virginité pour continuer son règne. N'est nullement caricatural le rapprochement avec le système politique «mobutien» dont continue à souffrir l'un des pays les plus riches en ressources naturelles du continent. Et on sait ce qui est advenu de ce pays, plongé dans la misère, la violence en continu, et le pillage des multinationales.
«Les Trente Misérables»
Et si, à travers l'analyse du projet constitutionnel actuel, le soupçon d'une manœuvre dont l'objectif n'est nullement celui affiché et proclamé, à savoir une «Algérie nouvelle» n'est pas estompé, voici que s'y ajoute le refus obstiné des autorités actuelles d'aller jusqu'au bout de leur propre campagne de rupture avec les pratiques de gouvernance passées, perpétrées parce qu'elles appellent «la ‘issaba». Elles opposent le mur de l'inertie en se refusant à ouvrir la procédure touchant le lourd dossier judiciaire du chef de cette «issaba» dont il n'est nullement nécessaire de rappeler le titre officiel qu'il a détenu pendant deux décennies.
A rappeler que ces vingt années perdues se sont ajoutées aux dix années de guerre civile sanglante. Ailleurs on a eu les «Trente Glorieuses», les trois décennies de faste, de progrès rapide et de prospérité généralisée. En Algérie, on a les «Trente Misérables» de violence, de mauvaise gestion et de pillage des richesses du pays, sous le couvert de l'économie de marché et de la privatisation. Et comme si cela ne suffisait pas, on veut les prolonger en remettant le compteur du système à zéro par l'imposition d'une constitution qui n'a rien de consensuelle et qui accentue les dérives du «Bouteflikisme» pourtant stade suprême de l'Etat patrimonial «spécifiquement algérien».
On Ne Tourne Pas La Page, On La Réécrit à La Virgule Près !
Au vu du chemin pris par les autorités publiques, et qui devient de plus en plus clair, la page du passé est loin d'être tournée. Et la cause est loin d'être entendue. On a même l'impression du contraire, tellement est assourdissant le mutisme qui entoure le sort de Abdelaziz Bouteflika.
Pendant que ses comparses et complices croupissent dans les geôles de la République Algérienne Démocratique et Populaire, il continue à jouir, comme si de rien n'était, et comme s'il était aussi innocent que le bébé qui vient de voir le jour, de tous les privilèges accordés aux chefs d'Etat honorablement déchargés de leurs fonctions, après une longue vie consacrée à la défense de leur pays.
C'est là une situation juridique quelque peu inédite où l'instigateur des crimes commis par ses compères se trouve totalement absous de crimes dans lesquels ils ne se seraient pas engagés, sans son ordre fermement énoncé, son consentement clairement exprimé, son silence approbateur et son encouragement flatteur.
L'Ex-Président N'a Pas Droit à La Présomption d'Innocence
Et pourtant, aussi retors que soit son esprit, nulle personne, munie du plus petit brin de bonne foi et de sagesse, ne peut trouver les arguments pour défendre le minimum auquel tout accusé à droit, à savoir la présomption d'innocence. Car tous les crimes perpétrés par Abdelaziz Bouteflika l'ont été au vu et au su de tout un chacun, et les preuves de ces crimes ne manquent pas, car, qu'ils aient été commis en secret ou publiquement, leurs effets sur l'Algérie et son peuple sont visibles.
Tout ce que l'on couvre du qualificatif de «crise» multidimensionnelle ne peut être ramené qu'à des décisions prises unilatéralement par cet ex-président pendant les vingt années où il a régné en propriétaire et en maître absolu de l'Algérie, quel qu'ait été par ailleurs son état de santé physique et mentale, qu'il ait directement ou par frère ou proche interposé, pris ces décisions dont les effets sur la situation du pays sont loin même de s'atténuer.
En fait, toute la stratégie de sortie de la crise actuelle, qui touche tous les aspects de la vie du pays, ne peut tourner, en toute rationalité et en tout réalisme, qu'autour de l'effacement des traces des décisions que cet homme a prises, en respect ou en violation de la Constitution, conformément à ses attributions officielles ou en dépassement des termes de son pouvoir suprême constitutionnellement défini.
Tout un chacun le comprend et y adhère, sauf, malheureusement, les maîtres du pays. Jusqu'à quand vont-ils opposer le mur de leur refus à l'exigence de justice que dicte la loi, le bon sens et la sagesse politique ? Et pourtant, ces autorités gagneraient un capital de légitimité immense en reconnaissant que celui qui a mené ce pays à la crise existentielle actuelle doit recevoir la sanction de ses crimes, à savoir la déchéance de tous ses titres et les privilèges y attachés, sans compter les poursuites judiciaires que la loi appelle pour ses crimes contre le peuple, l'Etat, et la Nation algérienne.
En Conclusion
Le projet de Constitution actuel qui, en fait, aboutit à une consolidation de tous les défauts du système, ne mettra pas fin aux dérives passées qui ont débouché sur cette profonde crise existentielle que traverse le pays, et ne représente même pas un progrès par rapport au texte constitutionnel actuel, malgré les multiples violations dont ce dernier fait l'objet jusqu'à présent.
En fait, l'Algérie glisse vers un système politique «mobutien» dont on connaît les effets sur un pays doté de ressources naturelles autrement plus importantes que celles de notre pays, mais qui, néanmoins, ne réussit pas à se tirer de la situation de désordre, de pillage et de misère dans laquelle l'a plongé Mobutu, pourtant disparu depuis plusieurs décennies.
Finalement, preuve supplémentaire que les tenants de ce système veulent le perpétuer, il semble bien qu'il y a une volonté farouche de continuer à protéger celui par qui tous les malheurs de l'Algérie sont arrivés, et dont le procès est fait chaque jour à travers les personnes de ses complices et comparses.
Nul membre de la profession judiciaire ne peut justifier que le menu fretin de la «‘isaba» croupisse dans les geôles de la République, et que le chef attitré et exclusif de cette «‘isaba» jouisse de tous les privilèges de son ex-titre, dont il s'est démis volontairement et dont il n'a pas encore été officiellement déchu.
Pourtant,ses crimes contre le peuple algérien et son Etat sont visibles à travers tout le territoire national, et même à l'étranger, et tout autre «criminel» que lui aurait été jugé sur la base du «flagrant délit» et n'aurait donc même pas bénéficié de la présomption d'innocence.
Le débat sur le sort judiciaire de l'ex-président n'est ni facticement entretenu, ni remis sur le tapis par des esprits mal intentionnés, ni marginal dans le plus large débat plus ou moins clair sur l'avenir du pays, débat qui est loin d'être entamé, et qui, jusqu'à présent tourne autour de thèmes laissant poindre une volonté de retour aux manœuvres du passé.
Par Mourad Benachenhou


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