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«En 1981, les Américains ont proposé l'Algérie pour le prix Nobel»
Abdelkrim Ghrieb. Médersien, ancien président de l'Amicale des Algériens en Europe, ancien ambassadeur
Publié dans El Watan le 21 - 01 - 2021

«L'injustice ne se trouve jamais dans les droits inégaux, elle se trouve dans la prétention à des droits égaux.» Nietzsche
Parfois, on ne sent pas assez le poids de l'Histoire que l'actualité nous assène continuellement. Aujourd'hui, j'ai envie de vous raconter le parcours d'un homme, ancien diplomate, qui a convoqué sa mémoire pour nous relater la crise qui a éclaté entre
Washington et Téhéran le 4 novembre 1979. Et s'est terminée le 20 janvier 1981. Quarante ans sont passés.
Aujourd'hui, c'est le 41e anniversaire de cet événement qui avait défrayé la chronique et tenu en haleine le monde. Notre homme, Abdelkrim Ghrieb, était à cette époque en poste à Téhéran en qualité d'ambassadeur.
A la date sus-indiquée, 400 étudiants islamiques avaient pris d'assaut l'ambassade américaine à Téhéran et séquestré son personnel diplomatique, composé de 52 Américains.
Le Premier ministre iranien, Ali Reza Benzargan, se trouvait à la tête d'une importante délégation à Alger, pour assister à la célébration des commémorations du 1er Novembre. Aussitôt la nouvelle parvenue, les Américains m'ont contacté. J'ai pris l'avion et je suis rentré à Téhéran.
Les étudiants ont demandé à me voir au sein de l'ambassade assiégée. J'ai refusé, sans pour autant couper les ponts. Benyahia m'avait dit d'être prudent, de ne pas trop me mêler de cette affaire et de préserver la neutralité.
Néanmoins, et en signe d'apaisement, comme nous l'enseigne notre religion, et à l'approche de la fête chrétienne de Noël, je leur ai suggéré la venue de Monseigneur Duval pour célébrer la messe de Noël avec les otages.
J'ai essuyé un refus ferme, puisqu'ils disaient n'avoir confiance en personne, y compris les religieux. Je leur ai donné des garanties, afin que l'ecclésiastique vienne à l'invitation de l'Algérie.
Ils ont fini par accepter. Duval a tout délaissé à Alger, ses invités venus de France, même ses affaires pressantes, pour être présent dans la capitale iranienne auprès des détenus avec lesquels il a célébré la cérémonie. Puis il a longuement débattu avec l'ayatollah Montazeri.
Mission difficile à Téhéran
On a obtenu des Iraniens des négociations indirectes avec les Américains, par l'intermédiaire de l'Algérie, sans que les deux parties se rencontrent.
D'ailleurs, les Américains ont délégué leur représentant en Suisse pour les représenter. Avec l'heureux dénouement, grâce à l'Algérie, notre pays a été proposé au prix Nobel, dans une pétition signée par le président américain et des dizaines de sommités américaines. Tout fier, j'ai envoyé un message à notre ministre auquel il n'a pas répondu.
Quand je suis venu à Alger, j'ai interpellé Benyahia à ce propos, il m'a dit qu'il n'a rien reçu. En fait, il a volontairement oublié le message. Sans doute avait-il anticipé les conséquences de l'attitude ambivalente, au cas où… J'ai compris son message. D'un côté, on fustige l'impérialisme américain et, de l'autre, on cède à ses intentions, à notre égard, aussi généreuses soient-elles.
Dans ce cas précis, il faut être conséquent avec soi-même, tel était le message caché du redoutable stratège, qu'était Benyahia, qui l'a échappé belle, le 30 mai 1981, lorsque son appareil s'est écrasé près de Bamako, où il a prévu une escale technique, avant de rallier Freetown, où les sages de l'OUA devaient discuter des conflits du Sahara occidental et du Tchad et préparer le sommet de Nairobi. Il s'en est sorti miraculeusement.
On l'avait cru mort, les drapeaux avaient été mis en berne et les programmes de la radio algérienne remplacés par la lecture de versets du Coran.
L'Iran change de statut
Quelques mois plus tôt, en février 1979, l'administration Carter fait face à la nouvelle République de Khomeini, qui avait chassé le Shah, solidement soutenu, durant tout son règne par les Américains. Téhéran avait exigé son extradition pour être jugé, mais sans résultat.
C'est le refus américain, en plus du tracé des frontières, qui sont à l'origine de la crise et de la colère iranienne. La représentation américaine sera assiégée du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, date à laquelle les otages ont recouvré leur liberté, grâce aux efforts de l'Algérie et la maestria de sa diplomatie, dirigée par le regretté Mohamed Seddik Benyahia et son équipe, dont Si Abdelkrim.
Un homme attachant, calme, qui prend le temps de se souvenir et d'exhiber, pour nous, les volumineuses archives personnelles.
Mais qui, par-delà son job, ne semble pas négliger les autres domaines de la vie, y compris le football, et ne croyez pas qu'il en est un néophyte, en tout cas, il n'est sûrement pas de ceux qui pensent que jouer à l'extérieur signifie jouer à ciel ouvert, même s'il a passé le plus clair de sa vie à l'extérieur ! Abdelkrim est né le 30 juillet 1935 à Tébessa, au sein d'une famille révolutionnaire très connue.
Il y a fait l'école primaire, le secondaire, puis le concours, réussi, d'entrée à la médersa de Constantine, qu'il a dû quitter en raison de la grève des étudiants, qu'il a ralliée avec ses camarades. Avant de rejoindre l'ALN, non loin de son patelin Tébessa, à la frontière avec la Tunisie, par laquelle il faisait traverser les nouveaux arrivants, venus renflouer les rangs de l'armée algérienne.
Un jour, j'ai été arrêté par les gendarmes, avec des membres de la famille Sayada, dont le frère était recherché. Les gens qui m'avaient dénoncé se trouvaient à Meskiana, où nous avons été déplacés pour la confrontation. On nous a jetés dans des réduits sales et froids.
Le lendemain, on a subi des interrogatoires, avant d'être interdits de séjour et déportés à la commune mixte de Oued Souf, zone militaire.
Deux fois par semaine, on était astreints à marquer notre présence au commissariat. Comme j'étais diplômé, j'ai été nommé en tant qu'enseignant d'histoire et d'arabe, à titre précaire et révocable.
Malgré l'amnistie décrétée par de Gaulle en 1958, je pouvais aller partout sauf à Tébessa. J'ai choisi de m'établir à Alger, où j'ai préparé mes diplômes en lettres et sciences politiques, en plus de mon inscription à l'Institut d'études islamiques, qui est la continuation de la médersa.
Pour survivre, j'ai enseigné à Douéra, puis au lycée Guillemin jusqu'à l'indépendance. Mais avant, en décembre 1960, j'ai pris part aux manifestations, à partir de La Casbah, avec une étudiante originaire de ce quartier, qui deviendra mon épouse. Nous avons fait un rassemblement pour l'enterrement des chouhada au cimetière d'El Kettar, à la sortie duquel nous avons été embarqués, dans un camion par les militaires, et conduits à la caserne d'Orléans, où nous avons été jetés dans une cave.
En mars 1962, je retourne à Tébessa pour diriger la commission chargée de gérer le cessez-le-feu, avec Kouch Younès, un intellectuel communiste, qui a passé une bonne partie de sa vie en prison. C'est à ce titre que j'ai accueilli Ferhat Abbas, qui rentrait de Tunisie par route.
A mon retour à Alger, je suis nommé au lycée Hassiba Ben Bouali, puis directeur à l'hôpital Mustapha, que j'ai quitté assez rapidement. A l'avènement de l'Assemblée nationale, et comme je connaissais la majorité des leaders de la lutte de libération, on a proposé mon nom à Ferhat Abbas qui m'a nommé à la tête d'un département de l'institution. J'y suis resté deux années.
Après le 19 juin 1965, Boumediène m'a demandé d'aller en mission en France, au sein de l'Amicale des Algériens en Europe, aux côtés de Mahmoud Guennez, pour notre émigration et pour tâter le pouls de la classe politique française, qui nous était hostile. Guennez, nommé ministre des Moudjahidine, j'ai pris la direction de l'Amicale jusqu'à la mort de Boumediène en 1978. Après cette date, je ne pouvais plus continuer, mais on m' a forcé la main.
Après deux mois, la Révolution est en marche en Iran et Khomeini en est le guide suprême. Parmi les chefs de délégation venus le féliciter, à l'occasion du premier anniversaire de ce bouleversement, le représentant de Chadli, le ministre Mouloud Kacem, qui ne s'attendait sûrement pas à ce que Khomeini lui demande de mes nouvelles, allant même jusqu'à solliciter l'Etat algérien «pour que Abdelkrim vienne travailler ici et donner un coup de main à la Révolution». A son retour, Mouloud Kacem en fit part au président Chadli qui contacta Benyahia.
Celui-ci eut cette réaction : «Comment ça travailler chez eux ? Abdelkrim va travailler à la nouvelle ambassade d'Algérie qu'on va ouvrir et il y va représenter son pays», martela l'inégalable chef de la diplomatie. Beaucoup se demandent, à juste titre, qu'est-ce qui rapproche Abdelkrim de Khomeini ?
Khomeini, Kotb Zada et les autres…
Même à un âge avancé, les yeux scrutateurs de Abdelkrim n'ont pas perdu de leur vivacité pétillante. Son regard lointain va chasser au début des années soixante-dix : «Les Iraniens, je les ai aidés en France bien avant l'arrivée de Khomeini. J'étais en contact avec Kotb Zada et Beni Sadr qui incarnaient le mieux l'opposition au Shah. Ils deviendront respectivement ministre des Affaires étrangères et Président. Je leur ai montré la sympathie et la caution de l'Algérie à leur mouvement.
Quand Khomeini est venu, je lui ai rendu des visites à Neauphfle-le-Château où il résidait. Mais je dois dire qu'au départ, Giscard et la France étaient peu enthousiastes à le recevoir, le Shah ayant fait jouer ses alliances. Beni Sadr et Kotb Zada sont venus me voir pour me signifier l'opposition des Français.
Seule l'Algérie pouvait l'accueillir, supputait-t-on ici et là, car le vieil imam devait obligatoirement quitter l'Irak. J'ai pris contact avec Alger pour les informer de cette nouvelle donne. Comme le président Boumediène était malade, mes interlocuteurs sont restés dans le «ni oui ni non».
Finalement, le Shah acculé et constatant que son sort est bel et bien scellé, a fini par lâcher du lest et s'est arrangé avec Giscard pour que ses services surveillent de très près le célèbre arrivant, que j'allais voir souvent. Khomeini parle parfaitement l'arabe. Il m'avait affirmé qu'il ne distinguait pas l'islam de l'arabité. Il a apprécié notre position de neutralité. Et les négociations se sont faites à la demande de Saddam qui n'en pouvait plus.
Visiblement, cette guerre, avec ses certitudes, ses renoncements et ses volte-face, Abdelkrim a dû, lui aussi, en pâtir tout comme les arbitres, en l'occurrence les médiateurs algériens, dans la guerre qui a opposé Irakiens et Iraniens (juillet 1980/août 1988) qui fera 800 000 morts. L'attaque de Saddam est motivée pour deux raisons : le tracé de la frontière entre l'Irak et l'Iran et la menace que représente la révolution iranienne sur Saddam qui craint une contagion chiite.
D'une façon inattendue, Saddam nous a le premier sollicités pour négocier. J'ai alors contacté Khamenei, l'actuel guide suprême, que je connaissais lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères, pour lui dire qu'il y a des démarches, que nous sommes sollicités de part et d'autre pour mettre fin à ce conflit, dont les deux peuples sont les premières victimes.
Khamenei m'a envoyé les 5 conditions du Majliss echoura, dont une était irréalisable, à savoir le départ du pouvoir de Saddam. Nous avons répondu que c'est à son peuple de décider.
A cette période, Benyahia comptait, parmi la délégation présidentielle qui effectuait une visite officielle en Asie, à l'issue de laquelle elle est rentrée à Alger, pour célébrer les festivités du 1er Mai 1982.
Juste après, Benyahia effectue sa première visite officielle en Iran, dans le cadre des efforts de médiation proposés par l'Algérie, le 7 avril, pour tenter de mettre fin à la guerre du Golfe. Son avion Grumman 2 fait escale à Djeddah et devait joindre Téhéran.
Le 3 mai 1982, à l'aéroport de Téhéran, Vilayati, le ministre des Affaires étrangères ainsi que les membres du corps diplomatique attendaient avec nous l'arrivée de l'avion. Comme l'attente se faisait longue, le ministre a pris des contacts.
On a vu des attaques à la frontière turco-iranienne. L'avion était obligé de rebrousser chemin pour se diriger sur Damas. On l'attend pour le lendemain.
Dans la nuit, Velayati m'invite au ministère pour faire le point. Il me demande de contacter Damas où notre ambassadeur, le regretté Abdelkader Bensalah, informé, se précipite à l'aéroport, où il constate la présence d'un Grumman, mais libyen. Très tard, Velayati convoque les ambassadeurs de Syrie, de Turquie et de l'URSS dans l'espoir de localiser l'avion.
Première info. Un corps, celui de l'hôtesse, a été découvert, dans une contrée lointaine dénommée Qottour, à 10 km de la frontière irano-turque. De nuit, j'ai fait des centaines de kilomètres, à l'intérieur du pays. On a trouvé le corps et on a conclu que l'avion a été abattu. La tv iranienne le confirmera, en précisant que le Grumman a été pris en chasse par deux chasseurs irakiens.
Toute la délégation a péri. Dont de nombreux cadres du ministère et notre confrère de l'APS Aït Kaci, que Dieu ait leurs âmes. Benyahia, décidément, poursuivi par le mauvais sort, avec ses compagnons, martyrs du devoir, nous quittent dans des conditions dramatiques. Il avait 50 ans.
Parcours
Destiné peut-être à l'enseignement, le sort de Si Abdelkrim a basculé et c'est tant mieux, puisqu'il a fait son sillon dans la diplomatie, en assumant des tâches redoutables.
Son baptême du feu n'a pas été un long fleuve tranquille, avec la crise américano-irannienne, dégoupillée avec brio, ce qui a valu à l'Algérie le satisfecit unanime de la communauté internationale.
Notre diplomate sera successivement ambassadeur en Iran de 1979 à 1982, puis en Chine, au Liban, en Arabie Saoudite à deux reprises, en Grande-Bretagne et au Mali par deux fois, en faisant partie de la délégation qui a signé l'accord d'Alger.
Si Abdelkrim coule une retraite paisible au milieu des siens.
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