Dans la matinée de samedi 28 février, Israël et les Etats-Unis ont lancé une série de frappes aériennes sur plusieurs zones stratégiques en Iran, y compris des sites militaires et des installations gouvernementales à Téhéran et ailleurs. Les autorités iraniennes font état d'au moins 200 morts et plus de 700 blessés à travers le pays. Une torche qu'on jette. Platon imaginait une Cité gouvernée par des sages, où la justice serait l'architecture même du pouvoir. Une Cité ordonnée par la raison, non par la force. L'Histoire moderne semble avoir retenu l'idée de gouverner — mais oublié la sagesse. L'Occident contemporain s'est construit dans la poudre et l'acier. 1914-1918 : la Première Guerre mondiale transforme l'Europe en laboratoire de mort industrielle.1939-1945 : la Seconde perfectionne la mécanique de l'anéUn des épisodes les plus tragiques signalés par les médias d'Etat iraniens est la frappe d'une école primaire de filles à Minab, dans le sud de l'Iran. Au moins 80 à 85 personnes sont mortes dans cette école, principalement des écolières, et des dizaines d'autres ont été blessées. Outre l'école de Minab, plusieurs autres zones civiles ont été frappées au cours des opérations. Des quartiers résidentiels et des zones urbaines de différentes provinces ont été touchés, causant des dizaines de décès parmi des civils de tous âges, selon les responsables locaux. Les hôpitaux ont été submergés par un afflux massif de blessés alors que les structures médicales tentaient de réagir à l'ampleur sans précédent des attaques. Encore une fois, au centre de cette tragédie, il y a une réalité trop souvent occultée par les calculs géopolitiques : le peuple iranien. Depuis presque un demi-siècle, les Iraniens vivent sous la férule d'un régime islamiste fasciste qui gouverne par la surveillance, la censure et la répression meurtrière. Les cycles de contestation ont été étouffés dans la violence. Arrestations massives, morts lors des manifestations, procès expéditifs, intimidation permanente. Une partie de la jeunesse iranienne a grandi dans la défiance et la peur. Une autre a appris à se taire pour survivre. Cette oppression interne, déjà lourde, formait le quotidien du peuple iranien. Et voilà qu'à cette oppression intérieure s'ajoute désormais la violence meurtrière extérieure. Les frappes menées par le régime fasciste d'Israël avec le soutien des Etats-Unis contre l'Iran ont causé plusieurs centaines de morts et de blessés. Derrière ces chiffres, des réalités concrètes : des immeubles éventrés, des écoles frappées, des services hospitaliers débordés, des familles cherchant des proches sous les gravats. La rhétorique stratégique évoque des infrastructures. La réalité, elle, montre des civils. Ce sont les mêmes habitants qui, il y a un mois, étaient massacrés par le régime fasciste des mollahs, qui se retrouvent aujourd'hui sous les bombes du régime fasciste et génocidaire israélien. Les mêmes familles qui redoutaient les forces de sécurité redoutent désormais les sirènes et les explosions. Le quotidien se fracture : à la peur politique s'ajoute la peur physique. Et l'ironie cruelle est là : les deux camps fascistes, les deux Etats terroristes iranien et israélien, prétendent agir au nom du peuple iranien. Le peuple iranien n'a pas choisi cette escalade militaire. Il n'a pas voté les frappes. Il n'a pas déclenché les missiles. Pourtant, c'est lui qui paie le prix le plus lourd. Pris en étau entre un pouvoir islamiste qui écrase les dissidences et des frappes américano-sionistes présentées comme stratégiques, il devient la variable d'ajustement d'une confrontation qui le dépasse. La logique des deux régimes terroristes s'affronte ; les civils iraniens tombent. Les autorités iraniennes invoquent la souveraineté pour resserrer les rangs et étouffer toute contestation interne. Les gouvernements américano-sionistes invoquent la menace stratégique pour justifier les bombardements. D'un côté, un système théocratique islamiste qui restreint les libertés et répond à la contestation par la répression meurtrière. De l'autre, une offensive militaire américano-sioniste qui prétend viser des capacités stratégiques mais frappe un territoire où vivent des millions de civils. Dans les deux cas, la constante est la même : ce ne sont pas les dirigeants qui meurent. Ce ne sont pas les décideurs qui sont mutilés. Ce sont des prolétaires iraniens. On voudrait nous imposer un choix : soit fermer les yeux sur la répression intérieure au nom de la souveraineté nationale et de l'anti-impérialisme campiste, soit fermer les yeux sur les bombes israélo-américaines au nom de l'exportation proclamée de la « démocratie ». Comme si la conscience devait s'aligner sur un camp et renoncer à voir les morts produits par l'autre. Ce chantage moral est une indécence. Soutenir le peuple iranien ne signifie pas absoudre un pouvoir théocratique qui écrase les prolétaires, les femmes, les dissidents. Dénoncer des frappes meurtrières ne signifie pas blanchir l'autoritarisme du régime des mollahs. Il n'y a pas à choisir ou à hiérarchiser entre deux violences meurtrières. Il y a à les nommer toutes les deux. Sans détour. Sans excuse. Sans alignement. Le régime terroriste des mollahs qui réprime son peuple doit être condamné et combattu. Les deux Etats terroristes, étatsunien et israélien, qui massacrent les peuples palestinien et iranien doivent être condamnés et combattus. Car derrière les discours de souveraineté et les rhétoriques de sécurité, il y a des morts iraniens. Toujours les mêmes. Des travailleurs, des mères, des enfants, des vies ordinaires broyées par des logiques d'Etat meurtrières. Refuser ce faux dilemme, ce n'est pas hésiter ni se réfugier dans une neutralité prudente : c'est tracer une ligne de classe claire, refuser que le peuple iranien serve de monnaie d'échange dans des stratégies d'Etat capitalistes qui le dépassent et l'écrasent, refuser qu'il soit l'otage de calculs géopolitiques menés au nom d'intérêts qui ne sont pas les siens. Et rappeler qu'au bout de ces calculs il y a le peuple iranien massacré par ses propres dirigeants islamistes et bombardé par les dirigeants américano-sionistes terroristes.