Edité par les études publicitaires d'Alger cette année, cet ouvrage retrace le parcours laborieux de l'auteur lié au contentieux qui l'oppose à Yves Lesclavec pour la contrefaçon du Phenix, sous le nom de Takemo. Chabani évoque «la scandaleuse spoliation dont il a été victime de la part des juges français». Selon lui, son livre a pour unique objectif de «dénoncer publiquement cette spoliation». Pourtant, sa rancœur, voire sa frustration, qui bien sûr peuvent s'entendre dans une certaine mesure, le conduisent à l'aveuglement, c'est-à-dire qu'il amalgame ainsi plusieurs choses, aveuglé qu'il est par l'injustice dont il a sans doute été victime. Il joue la carte de l'humilité sans grande crédibilité. Ce qui est dommage, c'est que le jeu dont il est à l'origine est en effet très intéressant, intelligent et novateur. Kamel Bouchama le souligne en préface, citant un commentaire du livre d'or du Phenix, lors des salons internationaux auxquels a participé l'auteur : «jeu qui réunit cette bonne façon de jouer à la fois aux échecs et au scrabble, un nouveau moyen d'évasion intellectuelle, un jeu intéressant pour les littéraires et scientifiques». A l'origine de ce jeu, l'interdiction de fabrication du scrabble en Algérie. Le Phenix vient ainsi enrichir la gamme des jeux éducatifs. Ce n'est donc ni la qualité du jeu ni la légitimité de l'indignation de M. Chabani que nous mettons en cause ici, ce qui dérange en revanche, c'est la lecture raccourcie et réductrice du fonctionnement de la justice qui est faite par l'auteur. Par ailleurs, sa dénonciation semble inviter à la haine de l'autre, ce qui ne s'avère guère productif, même s'il tente parfois de nuancer ses propos. Lorsqu'il parle de «sous-homme dans la culture raciste», ou n'entrevoit son problème qu'à travers le prisme du «contexte de lutte que livrent désespérément les pays du tiers-monde contre la domination des pays développés», il perd de vue la réalité. Oui, le racisme existe bel et bien, personne ne peut le nier sans mauvaise foi, mais il semble ridicule de tout réduire à cela, d'autant que le dialogue et l'entente franco-algérienne n'avanceront pas avec de tels discours. L'indignation de Chabani se comprend, sa pugnacité aussi, comme son droit à la justice. La cour d'appel s'est par exemple attachée à trouver les différences entre le Phenix et le Takemo, alors qu'on observe normalement les ressemblances. L'auteur a été jusqu'à porter un recours auprès de la Cour européenne des droits de l'homme, recours rejeté d'ailleurs, et a adressé une lettre au président de l'époque, Jacques Chirac, en vain. Des revendications quant au respect des droits de chacun, une belle plume, mais des propos qui pourraient contribuer justement à alimenter le racisme que l'auteur prétend combattre. L'occasion, malgré tout, de prendre connaissance d'un jeu très intéressant (médailles au Concours Lépine en 1996 et au Salon international de Genève en 1997.)