Misère de la politique face aux attentes de la population. Tout ce qui agite le microcosme des grandes villes, c'est le déroulé de l'affreux feuilleton de la crise du FLN et la rumeur montante sur l'étrange retour du projet de parti de Saïd Bouteflika, un véritable ovni. Chaque jour qui passe apporte son lot d'invectives, de plus en plus violentes, entre caciques et demi-caciques du FLN, formation proclamée par la grâce du pouvoir premier parti politique d'Algérie, mais en réalité le plus grand panier à crabes du pays. A l'Algérien qui ne voit surgir nulle solution à sa détresse quotidienne n'est même pas épargné le spectacle d'une guerre ouverte et impitoyable pour les postes et les privilèges. Plus que jamais est d'actualité le vœu, resté lettre morte, du regretté président Boudiaf de voir le FLN entrer au panthéon de l'Algérie combattante : au moins les trois lettres du sigle retrouveront leur noble signification et ce sera bien pour les nouvelles générations. Mais la mise à mort du FLN n'est envisageable que dans un climat de saine compétition politique, seule à même de mettre à nu ses agissements et les carences de ses chefs. Or, ce climat est inexistant, ce qui laisse à Belkhadem et à ses troupes de beaux jours de grenouillage. Hasard ou résultat d'un calcul froid d'une quelconque officine, le nom de Saïd Bouteflika ressort aujourd'hui accolé au projet déjà ancien de prendre la tête d'un rassemblement politique qui le porterait au sommet de l'Etat le moment voulu : bribes dans la presse, réactions évasives de personnalités, plans sur la comète tirés par les observateurs. Et surtout une double évidence : pourquoi le pouvoir créerait-il un autre parti satellite, alors que trois autres formations se bousculent et rivalisent d'ingéniosité pour servir au mieux le président de la République ? Qu'est-ce qui pousse le propre frère du chef de l'Etat à se lancer dans une entreprise hasardeuse et périlleuse vite assimilable à une succession dynastique, ce qui n'a pas bonne presse de nos jours dans le monde arabe et autres contrées sous-développées. Rien ne doit cependant nous étonner dans notre pays où tout fonctionne par le jeu des clans, des régions et des familles et où tout est orchestré par la distribution de la rente. Ces dernières années et lors des décennies écoulées se sont tissées des alliances politiques les plus étranges et prises d'invraisemblables mesures politiques, plus particulièrement à la veille et au moment d'échéances électorales cruciales, telle la présidentielle. Certes, on est loin de celle de 2014, mais l'usure du pouvoir, la gravité de la crise politique et économique et la santé précaire du chef de l'Etat peuvent inciter les tenants du pouvoir à bousculer les calendriers et précipiter le jeu des alliances. Comme le pays est en retard d'une démocratie, la guerre n'opposera pas le pouvoir et l'opposition comme il est de coutume dans les nations développées. Dans la continuité d'une tradition établie depuis l'indépendance, ce sont les loups qui vont s'entredéchirer. Ce sera une confrontation au sein même du système entre les différentes fractions du pouvoir, civil et militaire. Et il semble même que l'on soit déjà entré dans ce scénario.