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Le Caire, Amman, Sanaa : La révolution en direct
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Publié dans El Watan le 04 - 02 - 2011

Le vent de la colère souffle. El Watan Week-end a donné la parole à des citoyens au Caire, à Amman et à Sanaa pour mieux cerner les enjeux et vivre de près le prometteur «printemps arabe».
On sort la grosse artillerie au sommet du pouvoir égyptien. Le président Moubarak a accordé, hier, une interview à la chaîne américaine ABC dans laquelle il affirmait qu'il aimerait quitter le pouvoir mais que son départ provoquerait le chaos dans le pays.Le raïs a aussi affirmé qu'il ne voulait pas voir les Egyptiens se battre entre eux. Cette interview fait suite à celle accordée, toujours hier par le vice-président Omar Souleimane à la télévision égyptienne. Au cours de l'entretien, M. Souleimane a soutenu que les violences observées entre les manifestants favorables et hostiles au président égyptien Hosni Moubarak sont le résultat «d'un complot» fomenté par des gens en Egypte même ou bien à l'étranger. Pour l'ancien responsable des moukhabarate, ceux qui manifestent à la place Tahrir ont des desseins spécifiques. Les opposants au président Moubarak ont appelé, pour aujourd'hui vendredi, à une nouvelle mobilisation générale qui devrait réunir un million de personnes, afin de chasser le raïs égyptien au pouvoir depuis près de 30 ans. Cette manifestation baptisée «le vendredi du départ» par les organisateurs, irrite fortement Omar Souleimane. Celui-ci considère que le départ du président Hosni Moubarak était un appel au «chaos».
Durant son interview, M. Souleimane a aussi révélé que les Frères musulmans, principale force d'opposition dans le pays et bête noire du régime, ont été invités à participer au dialogue entre le pouvoir et l'opposition mais que le mouvement semblait hésiter à accepter la main tendue par le pouvoir. Les Frères musulmans, qui participent aux manifestations anti-Moubarak, sont officiellement bannis de la sphère politique et font régulièrement l'objet d'arrestations, mais sont tolérés dans les faits et disposent d'influents réseaux d'aide sociale. Considérés comme la principale force d'opposition en Egypte, ils avaient remporté 20% des sièges aux législatives de 2005. Ils ont boycotté le second tour des dernières législatives de novembre-décembre 2010 en accusant le régime de fraudes et de violences. La confrérie islamiste qui a rejoint la coalition nationale pour le changement, qui s'est constituée autour de Mohamed El Baradei avec le mouvement Kefaya (assez), a rejeté tout dialogue avant le départ du président Hosni Moubarak.
Cette annonce est intervenue alors que des représentants des jeunes manifestants de la place Tahrir avaient participé à la première séance du dialogue hier matin. M. Souleimane a précisé que d'autres partis politiques, ainsi que des «personnalités» et des «indépendants» ont accepté de participer à ce dialogue sauf deux partis de l'opposition de gauche, Wafd (libéral) et le Tagammou (gauche). Les violences ont fait au moins huit morts, selon un nouveau bilan du ministère égyptien de la Santé, cité par l'agence officielle Mena, alors que des sources médicales ont révélé que les heurts ont fait plus de 1 000 blessés. Cette situation a provoqué la réaction de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, qui dans un appel téléphonique au vice-président égyptien Omar Souleimane, lui a indiqué que les violences de mercredi «étaient un développement choquant après plusieurs jours de manifestations constamment pacifiques». Elle a demandé au gouvernement égyptien de sanctionner ceux qui sont responsables d'actes violents et a également souligné le rôle important que les forces armées égyptiennes ont joué en agissant avec modération lors des manifestations pacifiques.
La peur de la contagion
Les derniers développements en Egypte ont poussé certains pays de la région menacés de contagion à prendre des mesures préventives. Le roi Abdallah II de Jordanie a nommé un nouveau Premier ministre, Maarouf Bakhit, et reçu hier une délégation du Front de l'action islamique (FAI), la branche politique des Frères musulmans. Le souverain a reconnu lors de l'entretien que les réformes avaient connu un ralentissement qui«ont fait perdre de nombreuses opportunités à la nation pour progresser». Autre régime menacé, le Yémen qui connaît des manifestations pour réclamer le départ du président Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978. Ces troubles ont contraint M. Saleh à annoncer qu'il renonce à briguer un nouveau mandat et s'est déclaré contre la transmission héréditaire du pouvoir.

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-Hala Kamal. Professeur à l'université du Caire.
Ce qui s'est produit, c'est que le système au pouvoir continue son jeu : c'est-à-dire à constituer des bandes de voyous alliées au ministère de l'Intérieur qu'on a pris l'habitude de voir dans toutes les marches et manifestations qu'on organise, que ce soit par solidarité à l'Irak, à la Palestine ou même pour nos propres problèmes. On a vu hier, en début de journée, des manifestations pro-Moubarak guidées des artistes de deuxième ou troisième degrés et des footballeurs qui soutiennent le système ; très vite remplacés par des voyous qu'on reconnaît facilement.
Pour semer la zizanie, terroriser et frapper. L'armée et les jeunes révolutionnaires ont tenté de fermé les issus pour les empêcher de se mêler aux manifestants, ils ont réussi à se faufiler par un accès proche du musée qu'ils ont d ailleurs attaqué. Aujourd'hui, en allant à Maydan El Tahrir, l'armée et les jeunes fouillent tout le monde, pour vérifier que ce ne sont pas des voyous. Le but de la manœuvre a échoué, il faut dire qu'ils voulaient donner l'image que c'était un conflit au sein même de l'opposition. A mon avis, c'est une tentative vaine, d'un régime en fin de course qui tente désespérément de réduire à l'échec une révolution réussie et ingénieuse. Le slogan de tout le monde était au départ «Le peuple veut faire tomber le régime» et qui est inspiré de la Révolution du jasmin, qui est devenu «Le peuple veut faire tomber Moubarak» après son discours qui n'a convaincu personne. Et depuis les événements de mercredi c'est devenu «Le peuple veut juger Moubarak».
Le rôle de l'armée est très respectable, et ce, depuis le premier jour de la révolution. Il a promis de ne pas tirer sur la population, il a protégé les jeunes révolutionnaires de la place Maydan El Tahrir. Les gens ne demandent pas officiellement à l'armée d'intervenir, car cela voudrait dire un coup d'état que l'armée aurait d ailleurs très bien pu faire, mais la position de l'armée égyptienne rappelle la position du général Rachid Amar en Tunisie. L'armée égyptienne a prouvé qu'elle appartenait au peuple. Que c'est une force nationale qui sait rester neutre et qui ne se retourne pas contre sa population. Aujourd'hui, le nouveau Premier ministre est sorti demander des excuses sur ce qui s'est déroulé et déclare déclencher une enquête sur les agressions d'hier… mais le plus raisonnable, c'est que le président Moubarak parte avant le jour de la colère ultime.

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-Nasser Arrabyee. Journaliste. Sanaa. Yémen.
Le taux élevé d'alphabétisation a fait qu'au Yémen, la révolution tarde à se déclencher, en dépit des manifestations quotidiennes. C'est là la grande différence entre notre pays, la Tunisie et l'Egypte. Avec cet obstacle, la société civile ne peut pas jouer son rôle parfaitement. La conscience populaire reste encore faible. Les partis politiques sont comme un cautère sur une jambe de bois. Ce sont les chefs de tribu et les chouyoukh de religion qui font l'opinion et qui ne sont, malheureusement, pas impliqués dans cette nouvelle vague de protestation. Le rôle de la presse reste également faible devant 80% d'analphabètes. Toutefois, nous sommes très ambitieux au Yémen. Nous suivons de près ce qui se passe en Egypte. C'est notre guide. Cette révolution arabe a ouvert une nouvelle ère démocratique pour tous les peuples. C'est une ère meilleure et une démocratie majeure que nous cherchons désormais. Nous y arrivons. La leçon est donnée par la Tunisie, et je crois qu'on ne peut plus reculer. C'est l'heure du changement. Je vois que grâce à cette révolte que les choses commencent à bouger chez nous. L'annonce du président reste tout de même une surprise pour nous.

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-Riham Fakhoury. Journaliste au journal Al Ra'i. Amman. Jordanie.
L'ampleur est moindre chez nous. Moi-même tant que journaliste j'ai marché et j'ai protesté, j'ai vécu les manifestations de l'intérieur. Je suis citoyenne et toutes les revendications soulevées me concernent. A l'heure où je vous parle (mardi, nldr), le gouvernement vient d'être changé. Certes, c'est un résultat positif, mais ne calmera pas les esprits. Ce n'est pas la seule solution. Actuellement, il n'y a pas de marche annoncée, et nous ne marcherons pas demain (vendredi), puisqu'une revendication est déjà prise en considération. Mais, il y en a d'autres qui attendent d'être satisfaites : nous demandons l'abrogation de la loi sur l'Assemblé nationale, l'amélioration de la situation économique… la révision des prix des carburants. Nous attendons plus que cette démarche. L'avenir que nous nous réservons est ambitieux. Ce sont les jeunes révoltés qui se sont soulevés, suivis plus tard de la société civile et des partis politiques. La machine est déjà enclenchée, et nous ne pouvons pas l'arrêter sans résultat.

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-Rita Chemaly. Auteure et chercheuse. Beyrouth, Liban.
Nous n'avions pas de liberté avant 2005 en Liban. L'opposition qui s'est soulevée contre la présence syrienne au Liban a toujours été réprimée. Ce n'est qu'après la mort de Hariri que les choses ont commencé à bouger. C'est à ce moment-là que la classe politique s'est révoltée pour demander le changement du régime. Nous organisons chaque lundi des protestations pour demander notre indépendance… Mais tout a été acquis à l'arrivée et à la mobilisation des politiciens pour échafauder le soulèvement populaire et créer ce qui est désormais appelé le Printemps libanais. Et si je fais une comparaison avec la situation en Egypte, je vous dirais que la révolution est beaucoup plus spontanée mais qui n'est pas assez structurée. Les manifestants demandent le changement du régime sans qu'il prépare une plate-forme et l'après-Moubarak. Contrairement au Yémen et au Soudan, Moubarak ne lâche pas. Je souhaite que les manifestants égyptiens puissent continuer leur mouvement et de s'organiser d'une meilleure façon. Il est impératif de continuer sans s'entraîner dans le chaos. A mon avis, c'est la plus belle manifestation que j'ai jamais vue, enclenchée par des jeunes sur facebook. Si elle dure, Moubarak jettera certainement l'éponge. Mais il faudrait également une pression internationale. Je comprendrais également la crainte des Américains par rapport au changement de régime égyptien et son influence sur les accords avec Israël.

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-Basil Okoor, journaliste jordanien à Ammonnews : «La nomination d'un nouveau Premier ministre est une première victoire»

-Quelle est la nature du mouvement que connaît la Jordanie?
Il s'agit d'un mouvement de protestation, parti, il y a trois semaines, de la ville de Dhiban où vivent des tribus et qui a été déclenché par la hausse constante des prix. Les manifestations ont par la suite atteint les principales villes du pays, Irbd, Kerk, Maan et Amman. Les partis de l'opposition ainsi que les syndicats se sont joints au mouvement, les revendications politiques ont alors fait leur apparition. Les manifestants ont appelé à une réforme du système politique actuel, ce qui apportera une situation économique meilleure. Ils ont également ouvertement appelé le gouvernement de Rifai à démissionner.
-C'est ce qui a été fait. Le roi Abdallah II a nommé un nouveau Premier ministre, Maarouf Al Bakhit. Comment est-il perçu par la population ?
Il a déjà occupé ce poste par le passé (2005-2007) et n'avait rien réalisé de particulier. Tout ce qu'on retient de lui ce sont les fraudes massives et flagrantes qui ont entaché les élections parlementaires et qu'il a lui-même avouées après son départ. Mais, en même temps, c'est une figure politique très importante car il représente les Jordaniens de l'Est, considérés comme des Jordaniens «pures». Ces derniers, tout comme El Bakhit, sont très attachés à leur identité et œuvrent pour qu'elle reste l'identité de l'Etat. Ils refusent notamment la naturalisation et l'attribution de la nationalité jordanienne aux réfugiés palestiniens. Il est également connu pour son opposition au système libéral et au capitalisme sauvage, ce qui le rend très populaire, surtout au sein de cette communauté. L'ancien Premier ministre Rifai était lui le symbole du libéralisme, il devait partir.
-Quelle est la mission du nouveau Premier ministre Al Bakhit ?
Son premier challenge sera la constitution de son gouvernement. S'il réussit à choisir des personnes justes, compétentes et habilitées à occuper ce poste, il aura réussi le premier test. Mais s'il nomme encore une fois les mêmes noms, que nous connaissons pour être tout sauf compétents, alors on tournera dans un cercle vicieux. Le mouvement populaire pourra prendre d'autres directions et nous ne pouvons pas savoir où cela va mener. La situation est très complexe.
-Si l'on compare ce qui se passe en Jordanie à ce qui s'est passé en Tunisie ou en Egypte, un remaniement ministériel ne réussit pas à éteindre la contestation…
La comparaison n'est pas très juste. En Jordanie, le peuple proteste contre un gouvernement qui ne les représente pas, contre la corruption, la mauvaise gestion et la mauvaise distribution de l'argent public. Les revendications n'ont pas dépassé ce cercle. La monarchie n'est en aucun cas visée. Nous ne voulons pas changer de gouvernance, nous voulons la rationalisation de cette gouvernance. Nous voulons participer à la vie politique, c'est pourquoi nous demandons la révision de la Constitution et des différents textes de loi afin que le gouvernement puisse être élu par le peuple, représenter le peuple et rendre des comptes au peuple. Nous voulons un vrai pluralisme et plus de liberté. Les élections doivent être libres et transparentes et le mode de vote moderne. Contrairement à Ben Ali et Moubarak, en nommant un nouveau Premier ministre, le roi Adballah II répond à la principale revendication des manifestants car, selon eux, la réforme passe obligatoirement par cela. Reste à savoir si ce nouveau gouvernement réussira à répondre aux autres exigences du peuple.
-La nature de la protestation en Tunisie et en Jordanie n'est pas la même. Mais les Jordaniens se sont-ils inspirés des Tunisiens ?
Le message que les Tunisiens ont envoyé aux autres peuples est très fort : oui, un peuple peut reverser un régime. Même si le Jordanien n'aspire pas à cela, et je dis cela en toute objectivité, on peut dire que dans l'inconscient collectif des Jordaniens, cela a dû jouer. Il faut du courage pour que le peuple sorte dans la rue et demande la démission d'un ministre. Cela s'est rarement produit en Jordanie. Mais c'est surtout le ras-le-bol général qui a fait sortir les gens dans la rue. Nous sommes fatigués et voulons du changement. C'est pourquoi nous considérons la décision du roi de nommer un nouveau Premier ministre qu'il a officiellement chargé de répondre à toutes les revendications du peuple, comme une première victoire. Maintenant, le gouvernement doit nous montrer qu'il nous a compris.
-Beaucoup estiment que la décision du roi a été dictée de l'extérieur. Vous êtes le deuxième pays arabe ayant signé un traité de paix avec Israël après l'Egypte, où la révolte prend de l'ampleur…
Il est normal que cette décision ait été motivée par des raisons objectives et d'autres subjectives. On ne peut pas isoler la Jordanie de ce qui se passe dans la région. Beaucoup craignent que cet esprit de libération atteigne d'autres pays. Mais cette décision signifie surtout que le peuple a réussi à se faire entendre.

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-Lina Attallah. Cyber dissidente. Le Caire.
Le régime de Moubarak essaie de déclencher une sorte de terreur chez les manifestants. A la place Maydan El Tahrir, devant toute la planète, il y a eu violence contre des civils. Aujourd'hui, la revendication essentielle est que Moubarak dégage. En agissant de la sorte contre des manifestants pacifiques, il a perdu le peu de soutien qu'il lui restait après son discours de la veille. L'avenir est encore difficile à cerner, une chose est sûre, c'est qu'il faut impérativement aujourd'hui organiser un front de négociations. Il faut qu'une action politique s'établisse le plus rapidement possible pour bien gérer la situation et trouver des solutions.

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-Philippe Rizk. Blogueur. Le Caire.
Ce qui est arrivé hier à la place Maydan El Tahrir on s y est habitué en Egypte. La police utilise les voyous qu'elles paient pour qu'ils frappent. La plupart des pseudos pro-Moubarak étaient des policiers en civil. Il y a avait aussi sans doute des jeunes inquiets car le seul média qui reflétait la réalité était Al Jazeera, après la censure d'internet et la fermeture d'Al Jazeera en Egypte, les gens ont uniquement droit à la chaîne nationale qui fait tout pour dramatiser la situation en disant que l'économie est en train de subir les conséquences du soulèvement national à cause du départ des touristes. La revendication aujourd'hui dans la rue c'est que Moubarak quitte le pouvoir ; la plupart des manifestants demandent son départ sans concession. Le scénario d'après n'est pas encore prévisible, mais le premier pas c'est le départ de Moubarek. 30 ans de dictature ont affaibli toute l'opposition qui n'est pas assez mature aujourd'hui pour se distinguer. Mais le changement nous permettra de faire des erreurs et de reconstruire notre démocratie.

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-Amine. Le Caire.
Mercredi, à la place Maydan El Tahrir, c'était un véritable bain de sang. Le pouvoir a démontré une fois de plus qu'il est illogique et fasciste. Les revendications des gens dans la rue étaient entre autres : le changement de la Constitution, du Parlement et la levée de l'état d'urgence. Ces revendications ont évolué, à savoir le départ de Moubarak, et surtout qu'il soit jugé pour le bain de sang qu'il a provoqué. Je pense que la prochaine étape est l'appel de la population à l'armée pour qu'elle intervienne au profit du peuple. L'armée égyptienne est parmi les rares institutions qui n'a pas été infectée par la corruption et il est encore en son pouvoir de préserver la sécurité de la patrie.

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-Salma Jlassi. Journaliste et membre de l'Union générale des travailleurs tunisiens : «Plus jamais un mouvement ne prendra le monopole»

-Quel est le climat qui règne dans le pays depuis la nomination du gouvernement de transition ? Parle-t-on d'actions de pillage et de saccage ?
Toutes les révolutions qu'a connues le monde ont été accompagnées de tentatives de certains groupes, n'adhérant pas au mouvement populaire, de défendre leur point de vue dissident. Ces derniers ont généralement recours à la violence et cherchent à répandre le chaos. Et c'est bien ce qui s'est produit, les vestiges de l'ancien régime ont eu recours à des voyous et ont profité de la situation sécuritaire dans le pays pour répandre la peur. Mais cela ne durera plus pour longtemps. Depuis mardi dernier, on note un retour progressif à la normale. De hauts responsables de la sécurité appartenant à l'ancien régime ont été limogés, l'armée est rentrée et la police a repris l'exercice de ses fonctions dans l'espoir d'une amélioration graduelle de la situation.
-Il semble que le nouveau gouvernement ait été plus accepté que le gouvernement «d'union nationale», le peuple conteste-t-il toujours la présence de figures de l'ancien régime ?
Le gouvernement actuel compte plus de technocrates et d'opposants que des membres de l'ancien régime. Le peuple conteste surtout la personne du Premier ministre,
M. El Ghannouchi. On se questionne sur la nature des tâches qu'il doit accomplir secrètement. Certains disent qu'il est là afin de faire disparaître des dossiers prouvant l'implication des membres de l'ancien régime dans différentes affaires de corruption et autres, et qui pourraient mener à leur condamnation. Cependant, une grande partie du peuple est convaincue que ce gouvernement est temporaire et chargé des affaires en cours. Le plus important maintenant ce sont les travaux des commissions de réformes politique et juridique qui mèneront à des élections libres et transparentes.
-L'UGTT a joué un rôle majeur durant la révolution et a gagné la confiance du peuple. Pourquoi refuse-t-elle maintenant de faire partie du gouvernement après y être entrée ?
L'Union générale des travailleurs tunisiens ne peut aller à l'encontre de la volonté de ses adhérents. Elle a joué un rôle très important dans l'encadrement du mouvement populaire qui s'est transformé par la suite en révolution. Ses positions ont toujours été compatibles avec le choix du peuple. La démission des membres de l'UGTT de ce gouvernement est une réponse au fait que les principaux portefeuilles soient attribués à des symboles de l'ancien régime.
-Pourtant l'UGTT a déclaré «accepter» M. El Ghannouchi au poste de Premier ministre du gouvernement de transition, pourquoi ?
Je pense que la décision de l'UGTT est raisonnable et préserve l'intérêt du pays dans ce moment crucial. L'UGTT compte un nombre important d'experts et de compétences lui permettant de prendre les bonnes décisions. Elle fait partie du peuple tunisien et aspire, au même titre que lui, à plus de liberté et de dignité et à combattre la corruption. De manière générale, des discussions sont toujours en cours au sein des structures de l'union et s'il s'avère que le gouvernement se détourne de ses objectifs, elle reprendra son action afin de protéger cette révolution. Je dis cela en toute objectivité et non au nom de l'union.
-La Révolutiondu jasmin a été à cent pour cent tunisienne et a pris de cours l'Occident et la France en particulier. Pensez-vous que «la rue tunisienne» a été sous-estimée ?
Le peuple tunisien a réalisé d'importantes avancées par le passé. Il est le premier peuple arabe à avoir adopté une constitution. Il est le premier à avoir abrogé l'esclavagisme avant même la France et l'Angleterre. Il a mené le mouvement d'émancipation des femmes dans les années vingt du siècle passé. Il est normal que ce peuple bouge et de façon civilisée, surprenant à la fois le régime et les puissances occidentales. Cette révolution s'est inscrite dans l'histoire.
-La position de la France a été très critiquée. Ses intérêts sont-ils menacés ?
Le peuple tunisien a suffisamment d'indulgence pour dépasser la position de la France qui a soutenu le dictateur dans son oppression du peuple. Mais il n'oubliera pas, tout comme il n'a pas oublié les crimes de la colonisation. Ceci dit, parler d'intérêts menacés me semble loin de la réalité, la politique est un jeu d'équilibre des pouvoirs et des intérêts mutuels.
-Qu'en est-il de la «menace islamiste» dont parlent les médias étrangers ?
Le peuple tunisien compte beaucoup de croyants et de pratiquants laïcs qui n'embrassent pas l'idéologie islamiste. La décennie noire qu'a connue votre pays nous a montré comment s'en protéger. Aussi, pendant la révolution, les islamistes créaient des coalitions avec l'ancien régime alors que le peuple faisait face à une répression sanglante. De toute façon, la démocratie montrera l'ampleur réelle de ce dont la France craignait. Nous mettrons fin à cette alarme donnée par la France démocratique insultant le peuple tunisien et le traitant de terroriste. Et l'espace politique est suffisamment grand pour abriter toutes les mouvances, une chose est sûre, nous ne permettrons plus jamais à un mouvement de monopoliser la scène politique.

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-Mohamed B. Bouebdelli. Président de la Fondation universitaire Bouebdelli. Le Caire.
Cette révolution est un rêve qui devient réalité. Personne ne s'attendait à ce que Ben Ali s'enfuie après moins d'un mois de révolte. C'est comme si on rêvait la nuit de liberté, et au matin, cette liberté est là. On disait qu'on était incapable d'une telle chose, qu'on ne pouvait que prier pour que les choses changent, mais on l'a fait, et tout dictateur potentiel est maintenant averti. La vie reprend, nos écoles sont ouvertes et les mesures prises par le gouvernement ont réussi à apaiser les choses. C'est une période de transition, il reste beaucoup de challenges : rétablir l'ordre, tenir des élections libres et se débarrasser des restes de la dictature.

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-Mona Prince. Ecrivaine et universitaire. Le Caire
Je suis fière d'être égyptienne, et pour le restant de mes jours, je serai fière de ceux qui ont sacrifié leur sang pour que nous ayons une vie nouvelle. Nous les honorerons par de larges funérailles nationales après que nous nous eûmes débarrassés de ce régime. Et pour tous ceux qui ont peur que l'Egypte soit aux mains des Frères musulmans, ceci n'arrivera jamais. Si vous étiez à la place Tahrir ou dans les quartiers et les rues qui l'entourent, vous auriez vu comment les Egyptiens de différentes mouvances et de tout âge, hommes et femmes, étaient ensemble main dans la main. Quelques heures seulement nous séparent de vendredi. Le vendredi où le grand peuple d'Egypte célèbrera sa liberté et sa dignité.


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