Je tiens à remercier l'Association France Algérie et sa présidente Mme Ségolène Royal, amie de l'Algérie, qui en visite en Algérie a été reçue, le 27 janvier 2026, par le président Abdelmadjid Tebboune, de cette aimable invitation en tant qu'expert international indépendant au sein de ce prestigieux Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), afin d'atténuer les tensions entre l'Algérie et la France, conciliant le devoir de mémoire et de préparer l'avenir afin d'entreprendre ensemble. C'est pourquoi, comme le souhaitent les autorités algériennes et européennes, il s'agit de revoir les dispositions de l'accord d'association avec l'Union européenne (UE), en fonction d'une vision souveraine et d'une approche «gagnant-gagnant». Selon l'UE, il faut inclure les importations européennes de pétrole et de gaz et dans ce cas le déséquilibre commercial est en défaveur de l'Europe et, bien que des efforts aient été faits, d'importantes réformes structurelles sont nécessaires pour rendre l'économie algérienne compétitive, qu'il n'est pas question de modifier l'accord-cadre, l'UE ayant signé des accords avec de nombreux pays, l'Algérie ne pouvant faire exception. Aussi, l'Europe n'est pas contre une révision de certains articles de l'accord mais souhaiterait la création d'un cadre juridique stable et transparent, propice à l'investissement, ainsi que la réduction des subventions, la modernisation du secteur financier, la levée des entraves au secteur privé, le développement du potentiel des partenariats public-privé qui font partie des réformes structurelles nécessaires qui doivent encore être menées. L'Europe se félicite de l'assouplissement introduit récemment par les autorités algériennes de la règle 51/49 pour cent, au moins pour les secteurs non-stratégiques, encore qu'il faille définir avec exactitude ce qui est stratégique et ce qui ne l'est pas ». Sur le plan géostratégique, pour l'Europe, l'Algérie est un acteur déterminant de la stabilité régionale et de l'approvisionnement en énergie et dans le cadre de l'arbitrage de Bruxelles, annoncé le 16 juillet 2025, il s'agit de trouver une solution mutuellement acceptable, l'accord reconnaissant à l'Algérie un droit de prendre des mesures de protection, dont l'article 24 qui lui donne le droit de prendre des mesures de sauvegarde, en arrêtant l'importation d'une catégorie de produits si elle porte préjudice à la production nationale, mesures qui doivent être renégociés pour rendre son champ d'application plus efficace et avantageux. Pour l'Algérie, l'objectif de cet accord est de « densifier » cette coopération, dont la démarche d'évaluation réclamée ne vise nullement à remettre en cause le cadre global de l'Accord, mais, bien au contraire, à l'utiliser pleinement dans le sens d'une interprétation positive de ses dispositions permettant un rééquilibrage des liens de coopération et que seules des négociations constructives permettraient de relancer la coopération entre l'Algérie et l'UE dans le but de mettre les relations économiques au centre de cette coopération, de donner à cet accord toute son importance et d'utiliser tout son énorme potentiel dans ses trois composantes politique, économique et humaine. En conclusion, chaque nation est souveraine dans ses décisions et chaque pays défend sa souveraineté, n'existant pas de sentiments dans les relations internationales mais que des intérêts, étant entendu que la politique des affaires étrangères doit être pragmatique étant est appelé à évoluer en fonction des évolutions géostratégiques. En conclusion, l'enjeu majeur du XXIe siècle sera le continent Afrique avec des richesses colossales qui abritera dans une décennie le quart de la population mondiale qui sous réserve d'une bonne gouvernance et la valorisation du savoir pourrait devenir, à horizon 2040, la locomotive de l'économie mondiale. C'est dans ce cadre que des relations apaisées entre l'Algérie et la France ainsi qu'une coopération fructueuse avec l'Union européenne sont les facteurs de la prospérité et la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, notamment au Sahel à la porte de l'Europe et donc privilégier le dialogue au lieu de la confrontation. L'Algérie, de Saint-Augustin à l'Emir Abdelkader, a toujours contribué à la spiritualité, à la tolérance et à la culture universelle. Rappelons-nous que lors des massacres massifs de chrétiens en 1860 en Syrie, il s'interposa par la force, abrita et sauva des milliers de chrétiens. Cela lui a valu une reconnaissance mondiale dont celle du pape Pie IX, de Napoléon III, de la reine Victoria du Royaume Uni, d'Abraham Lincoln des Etats-Unis et des dirigeants de la Russie. C'est que l'histoire a tissé entre la France et l'Algérie des liens humains, culturels et économiques d'une densité unique avec une importante diaspora dynamique qui peut être un vecteur puissant de rapprochement au profit des deux nations. Dans ce monde turbulent et instable, le dialogue des civilisations conditionne notre conscience commune, devant combattre tout extrémisme entravant les relations apaisées économiques et sécuritaires Algérie-Europe via la France, qui sont les facteurs déterminants de la stabilité des espaces euro-méditerranéens et africains. En cette année 2026, souhaitons à notre monde paix et prospérité. Epris de paix, musulmans, chrétiens, juifs ou non croyants, nous devons combattre ensemble le racisme sous toutes ses formes. L'histoire millénaire a montré que juifs, chrétiens et musulmans ont toujours tissé des relations fécondes. Dans ce monde turbulent et instable en perpétuel devenir, le dialogue des civilisations conditionne notre conscience commune car les confrontations prévalent lorsque les extrémistes dominent dans un environnement fait de suspicion et d'exclusion. (Suite et fin) Abderrahmane Mebtoul Professeur des universités,