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Une année et demie après le naufrage du Béchar et du Batna
Des cadres de la Cnan devant le juge
Publié dans El Watan le 13 - 05 - 2006

Vingt-deux personnes sont depuis jeudi dans le box des accusés du tribunal criminel, près la cour d'Alger, pour répondre de leur présumée responsabilité dans le naufrage du navire Béchar, avec à son bord 16 marins emportés par les vagues, au port d'Alger, durant la nuit du 13 novembre 2004, ainsi que l'échouage du vraquier le Batna, la même journée.
La salle d'audience était bondée, notamment les familles des marins disparus, les amis et les collègues des accusés, dont huit, en l'occurrence les cadres dirigeants de la Cnan, sont en détention provisoire depuis plus d'une année. La présidente du tribunal a appelé à la barre le premier accusé, l'ex-PDG de Cnan Groupe, Ali Koudil. « De par mon expérience dans la restructuration des entreprises, j'ai été appelé à revoir le fonctionnement et la gestion de la compagnie, devenue Cnan Groupe, avec ses huit filiales, dont six à l'étranger. Je n'ai ni l'expérience ni le profil de marin pour connaître les détails de la gestion de la flotte. Ma mission est de faire et de suivre la politique générale de l'entreprise. A mon arrivée, celle-ci était en situation de faillite. Trois résolutions ont été prises par le Conseil de participation de l'Etat. La première est la disparition de l'ancienne Cnan, après règlement de sa dette, puis la vente de l'ensemble des navires, soit 24, dans un délai de trois ans, et le renouvellement de la flotte », a-t-il déclaré. L'ex- PDG de la Cnan est revenu sur le drame du 13 novembre 2004. « C'est un syndicaliste, M.Habchi qui m'a informé par téléphone sur la situation du Béchar. Il était à Alger et voyait de loin comment le navire chavirait. Il était 17h30. Je suis descendu au port. Il y avait avec moi aussi l'inspecteur général, M. Benramdani et le directeur d'armement et technique, M. Ammour. J'ai appelé le ministre des Transports et le patron du port , M. Farah. La cellule de crise était déjà installée. Je suis resté à la capitainerie sur conseil de M.Farah pour mieux suivre la situation des navires. » L'accusé a indiqué avoir appelé par VHS le commandant du Béchar, qui lui a demandé un hélicoptère. La juge lui a rappelé qu'à cette heure-ci, c'était la fin des appels de SOS. « Qu'avez-vous fait entre 17h30 et 19h, à la fin des appels de secours ? », lui a-t-elle lancé. Ali Koudil lui a répondu : « Je ne savais pas ce qui se passait. J'apprenais au fur et à mesure de la crise. » Une réponse qui a fait sortir la présidente de ses gonds. « J'ai ici des enregistrements audio de tous les appels du commandant du Béchar vers la capitainerie et l'un d'eux est très significatif. L'officier réclame les secours en disant que l'équipage va couler, et de la capitainerie on lui répond yarham oualdikoum attendez un peu. » M .Koudil a déclaré que la décision de faire appel aux autorités espagnoles a été prise vers 20 h. Les hélicoptères de l'Algérie ne sont pas équipés pour les secours dans ce genre de conditions. Mais, a-t-il noté, la réponse du Centre de secours de Madrid est venue vers 23 h. Le navire Béchar avait déjà sombré et à son bord les 17 marins. L'appareil est arrivé à 4 h, le lendemain. « Comment se fait-il que le bateau allemand qui avait un moteur à l'arrêt a été sauvé du naufrage et le Béchar non ? », lui a demandé la présidente. L'accusé n'a pas donné de réponse. « Je ne peux vous dire pourquoi. Personne ne nous a avisés sur le danger qui pesait sur ces navires. » Une réflexion qui a poussé la juge à faire rebondir la question de la gestion de la flotte. « Lorsque vous avez été désigné à la tête de la compagnie, vous n'avez pas été informé de la situation de sa flotte ? » M.Koudil a rappelé que le Béchar était en exploitation, mais son certificat de navigabilité était arrivé à terme. « Non pas parce qu'il n'était pas apte à naviguer mais pour subir une révision technique », a-t-il expliqué. Il devait être vendu à un armateur égyptien, a-t-il ajouté, avec lequel les négociations ont finalement échoué du fait du refus de ce dernier de refaire le certificat auprès d'un des deux bureaux d'expertise de la Cnan. « Etant donné que le prix de l'acier a flambé durant cette période, nous avions décidé de l'exploiter. » La présidente a insisté beaucoup sur la responsabilité de l'accusé dans les actes de gestion de la flotte. « Ce sont des détails qui ne m'incombent pas. Moi je gère la politique de la compagnie », a-t-il lancé. La magistrate lui a rétorqué : « Des détails qui ont coûté la vie à 16 personnes. Qui est donc responsable des bateaux, de la malvie et de la malnutrition des marins à bord des navires. » La réponse de l'accusé a été : « Je ne peux vous répondre. Si on m'avait dit que le Béchar était un danger public, j'aurais tout fait pour trouver une solution. » Réponse que la présidente n'a pas laissé passer. « Vous reconnaissez donc que le Béchar était un danger public. » L'accusé s'est ressaisi et a déclaré : « Je l'ai appris après la catastrophe. » A la question de savoir pourquoi seul le navire Béchar a coulé durant la tempête, l'ancien PDG a déclaré : « La réponse peut être donnée par les responsables de l'armement et du technique. » La présidente est revenue encore une fois sur la gestion des navires. « J'ai des rapports qui ont été faits sur la situation de ces navires, mais ils n'ont pas eu de suite... » L'accusé a affirmé : « Ce sont les marins qui disent cela, mais pas les structures. » La magistrate lui a alors posé une question piège. « A votre avis pourquoi et comment 16 marins sont morts ? »
Secours défaillants
M.Koudil a répondu : « Il y a eu certainement un problème, moi-même j'aimerais bien comprendre pourquoi et comment sont-ils morts. » La présidente n'a pas lâché prise. « J'aimerais avoir votre avis personnel. » M. Koudil, imperturbable, lui a déclaré : « L'avis revient aux plus qualifiés (...) Il y avait les vents violents, l'emplacement du bateau qui n'était pas à la zone destinée aux navires à l'arrêt. Ce n'est qu'après la catastrophe que j'ai su tout cela. C'était trop tard. Je tiens à préciser devant tout le monde que nous n'avions pas été négligents. » Un temps de réflexion, puis une autre question : « Selon vous, le commandant de bord est-il responsable ? » Visiblement gêné, l'accusé a juste précisé que l'officier se devait de l'informer en cas de problèmes importants. La juge lui a rappelé les différents rapports écrits dans ce sens, mais restés sans suite. « Ils ne m'étaient pas adressés. Les gardes-côtes ont également pour mission de veiller au respect de la bonne santé des navires. », a-t-il noté. « Est-ce que vous saviez que le Batna était à l'arrêt ? », a demandé la juge. L'accusé : « Oui mais le détail. Je n'ai eu connaissance de la situation qu'après le sinistre... » M.Koudil, sentant que la présidente voulait à tout prix lui extirper des déclarations qui se retourneraient contre lui, a déclaré : « Le seul problème qui a causé cette catastrophe est le sauvetage. La mort des 16 marins est due à l'absence de secours. Nous nous sommes rendu compte que les moyens de sauver des vies humaines étaient inexistants. Les gardes-côtes ont reçu les SOS, mais ne pouvaient pas intervenir. Entre le début de la tempête et le naufrage des navires, il y avait suffisamment de temps pour éviter le drame. C'est cela l'origine de la catastrophe. La preuve, vous l'aviez donnée tout à l'heure, un navire étranger qui avait le moteur en panne avait été assisté et secouru. S'il n'avait pas été traîné par les remorqueurs, il aurait connu le même sort que le Béchar. La Cnan était impuissante. Dès que j'ai été informé des premiers SOS des navires, j'ai appelé la direction des moyens au niveau du ministère des Transports, mais rien. A 23 h, les téléphones portables des marins ne répondaient plus. Le remorqueur de l'Epal était à 40 m du Béchar, il a tout filmé. Mais c'était trop tard. Je vous pose une question, dans une clinique, un chirurgien commet une erreur médicale et son malade meurt sur la table d'opération. Va-t-on incriminer le directeur de la clinique ? » La présidente a préféré mettre un terme aux questions pour donner la parole au représentant du ministère public. Celui-ci a tenté de perturber l'accusé en l'interrogeant d'une voix inaudible et parfois en précipitant les réponses. Ce qui a poussé la défense à réagir. « Saviez-vous que le Batna était piloté par un marin non qualifié, parce que le commandant était absent le jour du drame ? », a demandé le procureur général. M.Koudil, lui a répondu : « Je ne l'ai su qu'après la catastrophe. J'ai su aussi que les membres de l'équipage rentraient chez eux puis revenaient et ramenaient de la nourriture, etc. » La présidente lui a lancé : « Ils ont même ramené la gale. » Le représentant du ministère public a demandé à l'accusé s'il était au courant du fait qu'à bord du Batna, les marins n'avaient pas d'eau depuis trois semaines, et manquaient de provisions. L'ancien PDG a déclaré n'avoir été informé de cette situation qu'après le drame. Le deuxième accusé, appelé à la barre, était le directeur de l'armement technique, Ammour Mohand Ouramdane. Lui aussi a préféré revenir d'abord sur les circonstances de sa désignation au mois de mars 2003 à la tête de cette direction. Il s'est longuement étalé sur la situation financière catastrophique qu'a connue la compagnie et qui a été, selon lui, à l'origine de tous les problèmes survenus par la suite. « La situation du Béchar et du Batna, est le résultat du manque de moyens financiers. » Les déclarations de l'accusé sont presque les mêmes que celles du PDG, estimant que dans cette affaire, ce sont les secours qui ont été défaillants. Les auditions se sont poursuivies durant la journée d'hier et reprendront aujourd'hui.


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