Arrêté le 11 février 2013 suite à une banale bagarre entre jeunes, Islam Khoualed a connu les affres des geôles marocaines et les méthodes très spéciales du makhzen. Une expérience qui l'a marqué à vie, selon son père. Après onze long mois de détention au Maroc, l'athlète junior, Islam Khoualed, est rentré hier en Algérie à bord d'un vol Agadir-Casablanca-Alger de la compagnie marocaine. Libéré vendredi dernier par les autorités judiciaires du royaume, il a attendu quelques jours pour obtenir les documents de voyage nécessaires pour regagner Alger en compagnie de son père, Azzedine, dont les premières déclarations, à son arrivée à l'aéroport, renseignent sur les terribles souffrances qu'il a subies. «Mon fils n'est plus l'enfant qui était parti au Maroc, un an plus tôt, pour un entraînement de voile. On lui a confisqué son innocence. Il me parle de manifestation, du Polisario, de la politique, alors qu'il ne s'est jamais intéressé à ces questions. Il est terriblement affecté par les mois passés en prison», nous a-t-il déclaré, très ému mais «soulagé» de voir son fils rentrer avec lui. «Le makhzen ne m'a pas fait de cadeau. A trois mois de la fin de leur peine, les justiciables ont le droit de bénéficier d'une grâce. Dans le cas de mon fils, toutes les procédures que j'ai introduites se sont avérées vaines. Je ne voulais pas qu'il perde sa deuxième année scolaire, alors j'ai encore demandé une grâce. N'étaient ses études, je ne l'aurai pas fait. J'aurai attendu jusqu'à ce que mon fils purge totalement sa peine. Ils l'ont privé de sa scolarité. Toutes mes démarches pour lui remettre les cahiers et les livres nécessaires ont été refusées. Leur but était de briser Islam, un enfant de 14 ans, et de lui faire payer un crime qu'il n'a pas commis», nous a-t-il déclaré, précisant qu'aujourd'hui son «seul souci» est de faire en sorte que son fils puisse rattraper le temps qu'il a perdu. «Je suis très content parce que je viens d'apprendre que le ministre de la Jeunesse et des Sports a signé une dérogation pour Islam afin qu'il soit inscrit au lycée sportif de Draria, où il bénéficiera d'un programme spécial qui lui permettra de rattraper le retard. Pour moi, c'est vraiment inespéré», affirme le père d'Islam. Encore sous le coup de l'émotion, il lance : «Durant les onze mois de va-et-vient au Maroc, j'étais sous la colère et je ne pensais qu'à mon fils qui était en prison. J'ai dû m'emporter contre nos représentants diplomatiques à Rabat, sans comprendre ce qui se tramait derrière cette affaire. L'expérience de mon fils m'a appris ce que voulait dire le makhzen et ce dont il est capable. Toutes les décisions passent par lui, comme celle de gracier un Espagnol, auteur de viols sur 14 enfants marocains. Le makhzen a fait d'une petite dispute entre deux gamins une affaire d'Etat. Il a condamné mon fils à une peine aussi lourde et l'a privé de son droit à la scolarité alors que le dossier était vide de toute preuve. Je n'ai rien à dire au sujet des responsables qui dirigent le centre de détention pour mineurs à Agadir, qui étaient très compréhensifs. Ils me permettaient de faire sortir de temps à autre mon fils, en contrepartie du dépôt de mon passeport, et se montraient très compréhensifs à son égard. Et surtout je ne parle pas des Marocains auprès desquels j'ai trouvé beaucoup de compassion et de solidarité. Mais que pouvaient-ils faire de plus, tout comme ces juges qui n'ont pas le pouvoir de décider d'eux-mêmes, surtout lorsqu'il s'agit d'un Algérien ?» En fait, Islam Khoualed était en séance d'entraînement officielle avec son équipe de voile, lorsque le 11 février 2013 il a été accusé par le père d'un des athlètes marocains. Le tribunal de première instance l'a condamné à un an de prison ferme et 40 000 dirhams de dommages et intérêts et le 6 mai 2013, la chambre criminelle de la cour d'appel a confirmé la décision, suscitant «le regret de l'Algérie», exprimé dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères.