Ceux qui ont pris la peine de lire attentivement les programmes économiques des candidats Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis ont certainement été surpris par la légèreté des diagnostics et l'inconsistance des remèdes proposés. L'état des lieux de l'économie algérienne semble remonter au début des années 2000 et la plupart des mesures de redressement proposées sont en déphasage avec les questions que se posent aujourd'hui les opérateurs économiques. Il y a, en effet, de nombreuses questions que passent sous silence ces programmes électoraux mais que les hommes d'affaires se posent avec acuité, notamment quand il s'agit d'investir ou de gérer du mieux possible les affaires en cours. L'arsenal juridique algérien est, en effet, incomplet, souvent contradictoire et, parfois même sujet à de brutaux changements. La question centrale de l'instabilité juridique est en effet passée sous silence ou à peine effleurée dans les programmes économiques proposés par ces deux poids lourds de la campagne électorale. Les rédacteurs des programmes électoraux savent pourtant pertinemment que la politique économique du pays est, depuis une quinzaine d'années, faite à coups de lois de finances complémentaires, que la concurrence exercée par les importateurs sur les entreprises de production locales est intenable et que le climat des affaires est à bien des égards peu favorable aux investisseurs porteurs de projets industriels. C'est pourquoi les chefs d'entreprise, notamment ceux qui relèvent du secteur privé, sont aujourd'hui nombreux à souscrire à l'idée d'un débat national à la faveur duquel ils pourraient débattre des problèmes récurrents qui entravent la bonne marche de leurs affaires. Une demande à laquelle ne répond malheureusement aucun des deux programmes électoraux dont la rédaction n'est certainement pas l'œuvre d'économistes mais d'hommes politiques. L'absolue nécessité d'une telle rencontre est pourtant reconnue par tous les acteurs économiques et sociaux du pays, tant les interférences politiques et les modes de gestion imposés au gré des changements de gouvernement ont brouillé la visibilité de notre économie et compromis la cohérence qu'avaient commencé à lui donner les réformes de 1988. Le développement économique continue à être perçu comme au temps de l'Algérie socialiste sous le seul angle de l'investissement au moyen du budget de l'Etat alimenté par la rente pétrolière. La promotion et le financement de grandes infrastructures par les forces du marché (banques, fonds d'investissement, entreprises privées nationales et étrangères etc.) n'est, à titre d'exemple, jamais évoqué alors que dans la plupart des pays les autoroutes, les équipements publics sont souvent promus sous forme de BOT et autres types de promotion privée. Tous les acteurs de l'économie, à commencer par les entrepreneurs publics, ont aujourd'hui besoin de savoir si les entreprises dont on leur a confié la gestion sont, comme on le proclame, des entités autonomes soumises à l'obligation de résultats ou pas, si les dirigeants des EPE sont d'authentiques managers dotés de vrais pouvoirs de décision ou de simples fonctionnaires aux ordres des tutelles, comme semble l'indiquer la réalité actuelle. Les entrepreneurs privés algériens, quotidiennement confrontés aux entraves bureaucratiques, ont, quant à eux, besoin de savoir s'ils disposent réellement de la liberté d'entreprendre que leur accorde pourtant expressément l'article 39 de la Constitution de 1989. Ces acteurs économiques ont également besoin de cette concertation multilatérale à haut niveau pour apporter des réponses ou, à défaut, sensibiliser les autorités politiques sur des thèmes aussi importants que les modalités d'octroi de crédits aux entreprises, la politique de change, l'accès au foncier, le régime des transferts appliqués aux franchises, le concours multiforme des élites expatriées et autres préoccupations majeures d'entrepreneurs en quête d'un meilleur climat possible des affaires. Les banquiers, certes tétanisés par le code pénal ultra répressif en vigueur, ne devraient-ils pas faire preuve davantage d'audace lorsqu'il s'agit de prendre des risques susceptibles de contribuer à la promotion de projets utiles pour le pays, quand bien même ils seraient initiés par des promoteurs privés ? Quelle place sera accordée à l'entreprise privée algérienne aujourd'hui encore confinée à la périphérie du secteur public économique ? Pourquoi la régulation exercée par les gouvernants sur les entreprises privées industrielles consistet-elle seulement à limiter l'importance de leurs investissements et par conséquent leur croissance ? Quelles actions précises l'Etat compte-t-il entreprendre pour éradiquer le marché parallèle qui gangrène l'économie et empêche les entreprises légalement constituées d'améliorer leurs résultats économiques et la qualité de leur gouvernance ? Autant de questions fondamentales que les programmes économiques des candidats Bouteflika et Benflis ont élaguées ou, pour le moins, refusé de clarifier. Car, comme on le constate, beaucoup de questions fondamentales continuent à se poser, aussi bien aux acteurs économiques (entreprises, banques, investisseurs, etc.) confrontés à d'inextricables difficultés de terrain qu'aux acteurs politiques, qui ont du mal à prendre des mesures législatives et réglementaires en cohérence avec la transition vers l'économie de marché qu'ils prétendent pourtant vouloir conduire. Toutes ces questions fondamentales méritaient d'être abordées par les rédacteurs des programmes tant il paraît évident que c'est de la qualité des réponses qui leur seront apportées que dépend la résurrection d'une économie en phase avancée de déclin.