Un accueil digne d'un chef d'Etat. Hier à Oued Souf, aux portes de l'immensité dunaire de l'Erg oriental, Mouloud Hamrouche, le «père des réformes libérales», a été accueilli en quasi… président : comité d'accueil et haie d'honneur sur le tarmac de l'aéroport, cortège de berlines rutilantes estampillées de posters à l'effigie de l'ancien chef de gouvernement (septembre 1989-juin 1991), fanfares, trompettes, zorna, cavaliers de fantasia sur le parvis de la maison de la culture, pris d'assaut par des centaines de Soufis. Pour Mouloud Hamrouche, «les menaces extérieures, aussi dangereuses soient-elles, existent». «Les dangers immédiats ont une origine interne : l'Algérie d'aujourd'hui est dépourvue de toute volonté. C'est un péril encore plus grand que celui qui peut émaner des frontières.» Un air de campagne «hors saison» flottait sur cette ville du Sud-Est qui, comme le reste du pays, est suspendue aux nouvelles peu rassurantes provenant de l'hôpital de Grenoble où le président Bouteflika est de nouveau hospitalisé. Invité de l'association Voie du 1er Novembre 1954, pour animer une conférence sur les «Constantes nationales et impératifs démocratiques», Hamrouche a, en plus de savourer le bain de foule aux vertus consolantes, cassé du carcan, développé sa vision d'Etat, sa conception du «consensus national nouveau», appelant à la nécessaire reconstruction de ce «lien sacré» mais défait entre les Algériens et leur Etat. «Nous avons plus que jamais besoin, dit-il, d'un nouveau consensus national le seul à même de sauvegarder l'identité, l'unité, la sécurité nationales et réhabiliter l'Etat-nation.» «Quand j'ai fait appel à la construction d'un consensus nouveau, cela ne veut aucunement signifier que l'ancien soit devenu obsolète. Il faudrait sans doute le confirmer et le consolider, le préciser et l'enrichir pour instaurer la quiétude, diffuser la paix et la cohésion sociale, restaurer les libertés» sous peine de réels périls, fait-il remarquer. Hamrouche exprime ses peurs primaires quant à une désintégration, à terme, de l'Etat algérien : «Les menaces extérieures existent. Mais pas aux proportions et dangerosités qu'on leur prête.» Les dangers immédiats, d'un autre genre, ont, selon lui, une origine interne : «L'Algérie d'aujourd'hui est dépourvue de toute volonté. C'est un péril encore plus grand que celui qui peut émaner des frontières.» Cette menace «nous interpelle tous, en tant qu'individus, groupes sociaux, régionaux, minorités. L'Algérien de l'Est, du Sud (…) ne doit plus se sentir moins Algérien que celui du Nord ou de l'Ouest» et l'Etat doit assumer toutes ses responsabilités quant à la protection et la sauvegarde des droits et libertés de tous les citoyens, sans exclusion aucune. Dans son bref speech aux accents philosophiques, ode a été faite au triptyque «liberté, démocratie et Etat-nation». Les maîtres mots de son intervention, ressassés à l'envi, insistent sur l'impératif de mettre en œuvre des «mécanismes» pour les faire passer du discours à l'acte. «Il semble que nous ayons un complexe vis-à-vis de ces constantes nationales. Il ne suffit pas de les lister, de proclamer qu'elles font l'objet de consensus sans trancher la question de qui et comment les défendre et les promouvoir», souligne Hamrouche. Ton d'académicien par-ci, de rhéteur politique par là, Mouloud Hamrouche a fait le procès de la gouvernance Bouteflika sans prononcer, pas une seule fois, le nom de ce dernier. Et même lorsque la question lui a été posée de savoir s'il n'était pas temps d'appliquer l'article 88 de la Constitution, l'ancien directeur du protocole sous Boumediène et Chadli n'en étonnera pas moins la galerie : «Je voudrais bien savoir de quoi on parle au juste… Car techniquement, politiquement, idéologiquement (…), il n'existe nulle part un article dénommé article 88, et ce, pour la simple raison que cette Constitution n'offre pas les moyens de son application.»