Les mendiants intègrent l'informel pour contourner la loi et privent des enfants en bas âge de leur dignité et leur innocence. Etre mendiant aujourd'hui dans notre pays n'est plus un tabou. Tendre la main, annoncer qu'on est dans le besoin et solliciter la charité des passants, tout cela ne touche plus l'amour-propre de ceux qui le font. Même si cela ne s'applique pas au commun des Algériens, ce constat ne cesse de se confirmer sur le terrain par la multiplication évidente des mendiants dans la capitale. Dans les rues — les plus fréquentées surtout —, aux portes des mosquées, des boulangeries, dans les cimetières, les marchés et les moyens de transport public, ils sont là. Des hommes, des femmes et des enfants implorent et quémandent quelques dinars. Bien que la plus ancienne pratique dans le monde, la mendicité a évolué. Les mendiants sales aux vêtement en lambeaux sont un lointain souvenir. Tenir un certificat médical ou une ordonnance pour susciter la pitié des passants est devenu aussi un vieux jeu. De nouvelles techniques sont nées. Parmi ces dernières, le porte-à-porte, où des enfants bien habillés et propres viennent demander quelques dinars pour s'acheter quelque chose à manger. «Impossible de faire l'indifférente. Même s'il est bien habillé, j'incrimine ses parents qui l'ont privé de ressources pour manger à sa faim», s'exclame Nawel, une trentenaire, fonctionnaire, rencontrée au Boulevard Mohamed V. Une autre nouvelle méthode de mendicité cachée a récemment fait son apparition. A la rue Hassiba Ben Bouali, au cœur d'Alger, ou près de la Grande-Poste, des dames du 3e âge sont là toute la journée et supplient les passants de leur acheter un paquet de papiers mouchoirs. Hassina, 50 ans, en est une. Dans son hidjab bleu marine, le visage à demi-voilé, elle a choisi la Grande-Poste comme lieu de vente et surtout de mendicité. Avec ses mots touchants, mélangés de larmes, elle réussit son coup à chaque fois. La plupart des passants ne peuvent rester indifférents à son SOS et achètent parfois deux ou trois paquets, le double du prix demandé. Certains, voyant en elle l'image de leur mère, lui donnent de l'argent sans pour autant acheter ces fameux papiers mouchoirs. Une excellente manière aussi de contourner la loi qui interdit la mendicité, mais pas le vendeur informel. Pour marquer les esprits des passants, certaines de ces mendiantes-vendeuses utilisent des enfants de moins de 5 ans comme outil de travail. Loués, nés sous x ou enfantés légalement, ces petits innocents sont loin de savoir qu'ils ont le droit de vivre dignement.