Abir, Raja et Chahra, dorment l'une à côté de l'autre dans leur gourbi. Elles n'ont pas vu les rayons de soleil depuis plusieurs années déjà. La famille Bourtal vit dans d'insoutenables conditions au bidonville surplombant la cité des 500 Logements à la périphérie sud-ouest de Skikda. En plus de la pauvreté et des conditions de vie insalubres propres à ce bidonville -le plus crasseux de la ville-, cette famille vit aussi une autre déchirure : trois de ses enfants souffrent d'une étrange maladie neurologique qui affecte gravement leurs membres et les oblige à rester alités jour et nuit. «Mes trois filles sont nées en bonne santé. Elles ont même été à l'école primaire. C'est à partir de l'âge de 12 ans qu'elles ont commencé, une à une, à perdre l'usage de leurs pieds, puis de leurs membres supérieurs. Elles ne peuvent même pas s'asseoir. On n'arrive plus à les faire sortir de ce gourbi», raconte la mère de famille. Le père est occupé, lui, à faire face à un cancer déjà au stade final. Seul le frère aîné tente de subvenir aux besoins des siens en bricolant chez un tôlier. Les trois sœurs malades, Abir (30 ans), Raja (28 ans) et Chahra (23 ans), dorment l'une à côté de l'autre. Elles n'ont pas quitté leur gourbi depuis plusieurs années déjà. Abir est la plus lucide, Raja la plus sympathique et Chahra ne parle déjà plus. La mère, toujours au chevet de ses filles, reconnaît que ce n'est pas toujours si évident d'en prendre soin. «Elles ne peuvent même pas s'alimenter toutes seules. Il leur arrive même de se mettre à plat ventre pour prétendre ‘‘boire'' une soupe. Quand elles tombent malades, c'est encore plus contraignant, car aucun médecin ne veut venir ici dans ce bidonville infect et il nous est très difficile de les porter sans trébucher dans les sentiers sinueux du bidonville», témoigne la mère. Effectivement, les gourbis, bâtis avec de la bouse de vache, des roseaux et de l'argile, s'incrustent sur une pente très glissante, surtout quand la pluie vient s'en mêler. La mère poursuit : «Heureusement qu'on a retrouvé du réconfort auprès des membres de l'association des Amis du malade et de la direction des affaires sociales (DAS). Les premiers viennent souvent s'enquérir de notre situation et nous apportent des équipements sanitaires et la DAS nous aide avec des denrées alimentaires, et autres besoins», ajoute la mère. Néanmoins, estime cette dernière, «mes filles malades ont surtout besoin d'un cadre de vie décent. Elle n'ont pas vu les rayons de soleil voilà plusieurs années déjà.» Il est vrai que la chambre emplie d'humidité, dans laquelle ces trois sœurs survivent, ne dispose même pas d'une grande fenêtre pouvant assurer l'aération et l'ensoleillement. «Qu'on nous donne un F2 ou même un F1 juste pour permettre à ces filles de vivre ce qui leur reste à vivre dans de bonnes conditions. C'est un appel que je voudrais lancer à travers votre journal pour les responsables ou toute âme charitable. Ecrivez-le s'il vous plaîit», lance enfin la mère, en détresse.