La pièce théâtrale Kariat El Aman (Le village de la quiétude) a drainé des ribambelles d'enfants accompagnés de leurs parents au Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi. Aussi, le TNA s'est transformé en récréation extra-scolaire. Car le mardi, c'est permis. Kariat El Aman, dont le texte est signé Yazid Sahraoui, est une pièce pour enfants mise en scène par Souad Sabki, produite par le TNA et interprétée par Fouad Zahed, Abdellah Namiche, Boussaâd Amine, Tarek Bouaâraâra, Samah Benchatou, Yacine Djouzi, Leila Touchi et aussi Yazid Sahraoui officiant avec deux casquettes. Du coup, les enfants sont transportés dans leur monde merveilleux. «Il était une fois Kariat El Aman.» Les petites têtes brunes sont toutes ouïes. Un paisible village. Ses habitants aiment la nature, ont la main verte, exercent leur métier avec abnégation et dévouement, sont généreux et hospitaliers. Bref, ils œuvrent pour le bien. Mais il y a un voisin hostile et maléfique. El Ghaba El Kahla (la forêt noire), où est tapi M'charchar, le malfaisant. Et qui va venir perturber la quiétude de Kariat El Aman. Et c'est le sempiternel et manichéen conflit entre le bien et le mal. La défaite au village Aussi, la trame de la pièce Kariat El Aman s'articule sur le schéma de Propp. Le Russe Vladimir Iakovlevitch Propp (1895-1970) ayant structuré la morphologie du conte d'une manière sommaire en trois phases. La situation initiale, le déséquilibre et puis l'équilibre. Le dénouement, l'issue ne peut aboutir qu'avec la confrontation entre les opposants et les adjuvants de ce village idéal émaillé, la transgression de l'interdit, la tentative de tromperie, la mise à l'épreuve, le don du pouvoir magique et puis la défaite du «vilain». M'charchar impose sa loi et sa terreur, l'homme-corbeau est un drôle d'oiseau de mauvais augure et la vieille femme Oum El Khir porte bien son nom, une fée surgissant à la rescousse pour le salut de Kariat El Aman. Les enfants sont éberlués par cette histoire. Tout en se fendant la poire face aux gags hilarants de l'homme-corbeau et son maître à penser mal, M'charchar. Kariat El Aman a non seulement décoincé les zygomatiques des enfants, mais aussi leur a dispensé une belle leçon, certes ludique, mais aussi pédagogique, voire civique. Des valeurs universelles, le pardon, la tolérance, la paix, la générosité, la solidarité et le don de soi. Le bien, quoi ! Cette pièce enfantine doit se faire rôder en vue de gagner en épaisseur scénographique et chorégraphique à travers les établissements scolaires, à travers le pays. Le public est là. A côté dans les écoles. Ainsi, le TNA assurera la programmation de 24 dates de spectacles de Kariat El Aman à travers le pays. On espère encore des dates pour le bonheur des enfants. Les 400 coups de théâtre Souad Sebki, comédienne et metteur en scène, expliquera sa motivation quant à réaliser une pièce pour enfants : «La mise en scène de la pièce Kariat El Aman, c'est ma quatrième expérience en matière de pièces pour enfants. Le domaine de l'enfant, surtout sur scène, me tente beaucoup. Et cela m'éloigne un peu de celui de l'adulte. Avec l'enfant, il faut beaucoup plus travailler sur le détail. Contrairement à ce qu'on croit, l'enfant d'aujourd'hui n'accepte pas n'importe quoi. Il est exigeant et éveillé. Aujourd'hui, c'est l'ère de l'internet, les dessins animés du monde entier, les consoles, les tablettes… J'aime bien faire, m'essayer à quelque chose de plus difficile, c'est vrai. La pièce pour enfants est ardue. L'enfant d'aujourd'hui ne peut accrocher facilement… Dans une pièce pour enfants, il y a toujours un message. Faire transmettre le message du bien contre le mal, il existe mille et une façons de le concevoir. Seulement, dans la démarche, il faut être vraiment sincère sur scène pour que l'enfant l'adopte.» Yazid Sahraoui, l'auteur du texte Kariat El Aman, étayera : «J'ai débuté au théâtre à l'âge de 14 ans. Donc, le théâtre pour enfants, cela m'a marqué. Kariat El Aman, c'est mon troisième texte théâtral pour enfants. Ce n'est pas qu'on a oublié les enfants dans le théâtre, mais il n'y a pas de beaux textes. Je suis contre le texte exprimé en ‘‘langage de la rue'' pour l'animation. J'œuvre pour les histoires captivantes et ayant un message positif pour les enfants. Et élevant son niveau, peut-être cet enfant, ce petit spectateur, deviendra auteur, créatif…»